‹ La vie urbaine de Douai au moyen ageChapitre 959 sur 993 · QUATRIÈME PARTIE. LA VILLE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE. LA VILLE

se garder de l'exagérer et de le dévier et il importe d'en délimiter soigneusement l'imijortance et l'application. Le mstrum est assurément une chose complexe, mais, en vertu de son origine même, ses divers éléments sont nécessaires exclusivement à la vie publique de cette époque, à la reiirésentation et au développement des intérêts du prince, dans la région que cette, que « sa >i forteresse, est chargée de défendre. Dans cette dernière, qu'il soit question des monuments ou des agents, qu'il s'agisse d'ordre réel ou personnel, de fin laïque ou religieuse, qu'on veuille régir les corps ou gouverner les âmes, tout est uniquement de nature officielle et d'intérêt extérieur, mais nullement de caractère individuel et de profit local. Tout est administratif et l'administration, de quelque point de vue qu'on se place, vit pour elle-même, c'est-à-dire non pas pour l'agglomération qu'elle dirige, mais uniquement pour le pouvoir central qui l'a créée et établie. Elle n'est absolument (pi 'un intermédiaire entre l'autorité dont elle émane et le plat pays c^u'elle protège en faveur de la première. Ainsi, à ce moment, le centre naissant ne vaut que comme chef-lieu d'un district public et n'a. en quelque sorte, rien qui l'attache au sol sur lequel son fondateur l'a jjlacé dans son seul avantage personnel. S'il l'a mis à cet endroit, jjour certaines raisons spéciales qui ne disparaîtront même jamais, elles n'offrent à cette époque de valeur que pour lui. Les agents qui gouvernent la forteresse ne changent rien à son rôle, bien entendu. même et surtout après leur féodalisation, car s'ils modifient le but des droits existants, ils le rendent encore plus personnel, c'est-à-dire moins utile à l'ensemble qu'autrefois. Mais il importe peu : comme le castrum n'a pas d'existence par luimênie, jamais les représentants de l'autorité centrale, jjas plus qu'elle, n'ont pu lui en donner une.

L'élément tirbain qui, en général, vivra au contraire ])ar lui et pour lui, aura donc une origine et une fin essentiellement opposées à celles du précédent organisme. Dans ces conditions, il ne .saurait être une évolution du système publicoféodal^ d'autant moins que les deux régimes coexistent, et il ne

saurait davantage, comme on pourrait TobjeL^ter. en constituer une dérivation ou un rejeton, car une réduction, de lun à l'autre ne paraît pas avoir été possible. Dans l'organisation municipale, en raison de la nouveauté fondamentale du but à atteindre, il semble inadmissible que les éléments, la législation, les organes et les agents de l'association ne constituent pas un ensemble nouveau et, d'autre part, entre l'économie de la forteresse et celle de la ville, existe toute la différence qui sépare les régimes domestiques et urbains, (jui correspond à peu prés à la distinction que présentent entre elles les économies naturelles et pécuniaires. Par conséquent, du castrum à Yurhs. du fonctionnarisme à la communauté, il y a simplement succession ou coexistence, selon le point de vue duquel on se place, et nullement expansion et épanouissement. Cette forteresse non domaniale, tout au moins directement, car indirectement, on le verra, son action a pu être plus efficace, n'a rien fait de ])lus que de marquer le réel début matériel de l'agglomération : à tous égards, on peut préciser assez exactement son rôle, semble-t-il, en l'assimilant à celui qu'aurait rcin|)li dans son genre une ville romaine. En un mot, le castrum ne représente (piinK' j)i'emière pha,se de l'agglomération, dont le fond est administratif, la fin militaire, et la forme publique.

A vrai dire, à lui seul il ne constitue pas un tout absolument complet. Presque en même temps (jue cette forteresse sans doute, sous sa protection directe, de l'autre côté de la rivière, une seconde petite agglomération s'est créée. Par rapport à la ))récédente, dans l'ordre matériel, elle n"api)araît ]>lus comme un ensemble administratif, mais privé, composé d'habitations individuelles dis]iersées autour d'un marché. Du côté juridi(iui-. elle ne saurait donc plus être une ville de fonctionnaires embrigadés dans une hiérarchie ([uelcomiue, et ayant une utilité extérieure, mais elle est un rassemblement d'in<lividus. dont la majeure partie au moins, en raison de la nature jjublique de la forteresse, peut jouir de lindépendance : il est possible même qu'ils aient un vague rudiment

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