QUATRIÈME PARTIE. LA VILLE
ment au sol local et doué d'un caractère juridique et économique absolument opposé à celui de l'élément qui allait s'implanter à cet endroit. Le pouvoir qui laissa se fonder la ville véritable, pouvoir public, extérieur et civil, non seulement ne résidait pas sur place, mais ne possédait jjas une nature foncièrement différente de l'autorité urbaine : il avait même quelque iiîtérêt à sa naissance par suite de l'avantage fiscal qu'il y trouvait, comme il manquait de raisons, tout au moins essentielles, d'opposer un obstacle sérieux à son développement, en admettant qu'il ne l'ait pas d'abord directement favorisé, ce qu'il serait peut-être déj^lacé de supposer. Si avec des agents jjublics féodabsés, ayant localisé dans leur intérêt une partie d'anciens droits généraux du pouvoir central, la ville engagea une sorte de lutte qui ne se termina même pas complètement à son avantage, on ne peut exagérer, semble-t-il, la portée et le résultat de ces débats, car en raison précisément de l'origine de ces adversaires de l'association et des droits déjà possédés au contraire par cette dernière, le différent resta purement fiscal. H n'en fut pas autrement des difficultés avec le pouvoir religieux. Toutes ces divergences eurent une nature « réelle » et une intensité relative. On ne peut l'oublier, les membres de la future \ille, personnellement libres et possesseurs de terres, n'eurent d'abord, ni pour leurs cor^js ni pour leurs biens, à acquérir leur indépendance avant de faire des conquêtes positives : ils partirent d'une base solide. Ce n'est là encore, bien entendu, que l'aijplication d'un princi])e assez général pour les cités de même ordre que celle dont nous nous occupons.
Néainnoins. pendant plus dun siècle, l'organisme nouveau dut manquer de toute vie propre et demeurer dans la dépendance à peu près complète dvi pouvoir central. Le contraire eut été naturellement presque irréalisable. Les innnigrés ne possédaient pas encore assez de force pour agir vraiment par eux-mêmes. Ils composaient simplement un rassemblement de marchands indépendants et propriétaiies, dont les deux
actions caractéristiques étaient })eut-étre la tondation dun centre habité, bien différent par sa forme et son but de la partie existante de l'agglomération, et, en conséquence, Texécution de travaux de nature inconnue jusqu'à ce moment. Seulement, ils ne jouissaient ainsi que d'une liberté négative, sans droits réels, si bien qu'aucune communauté sociale et juridique véritable n'existait alors. Cependant, bien (]ue ce fût une juridiction étrangère aux intéressés qui réglât leurs affaires, il est ])ossible qu'ils n'aient ])as trouvé dans ce mode de rapports ([ue des désavantages. En effet, même si on fait abstraction de la politic^ue nullement défavorable par principe qui fut suivie à leur égard, non seulement au sujet des événements extérieurs, ils furent certainement mieux défendus, par exemple pendant les campagnes des empereurs germaniques du début du xii*^ siècle, grâce à l'appui du pouvoir central, ([ue s'ils avaient été laissés à leurs propres forces, mais, dans leur vie intérieure, peut-être serait-il intéressant de constater cju'avant le xiv'^' siècle, c'est à une époque fort reculée que seuls, certains travailleurs de la meunerie et du cuir obtinrent sans doute du pouvoir public des privilèges de caractère corporatif (|uc. à en juger par les événements postérieurs, ils n'auraient j)robablement pas reçus de leurs propres concito3ens, si ces derniers avaient déjà été en mesure de les gouverner. On semble ne pouvoir expliquer la )iropriété juridique de certaine formes privées d'assoiiation, quel ((u'ait été d'ailleurs leur point de départ d'ordre économicpie, <[u'en leur attrib\iant une origine publicjue et leur concession fut un profit évident pour les individus auxquels elles furent octroyées.
Cette première phase écoulée, la collectivité s'organisa en une association jouissant d'une autorité pro]ire. Si on ne commit guère encore (jue le résultai di' cette transformation,
1. .\u Biijpt Ut> ei'ttc Hticcosaion di' d(Mi.\ {ilmncH daiu) l'IiiHtoiro des villes. In vie iirhnine, et rrir^nnisatinn urbaine, cf. déjà t. I, 197-198 et joindre Sceligi-r, Zur KtUtleliungggeachichte der Stadl Kûln, § 5, 497-506, ot en particulier 503.