QUATRIÈ5IE PARTIE. LA VILLE
certains points de ce développement même peuvent cependant être précisés. Il ne semble pas inutile de chercher d'abord ciuel fut le principe dirigeant de croissance de la ville, la cause dominante de son expansion. Deux motifs généraux peuvent être supposés et mis en avant, l'un juridique, l'autre économique, le désir des libertés et l'ambition des richesses. Or, il est évident que, dès l'abord, les marchands n'avaient à s'émanciper d'aucune juridiction privée et ces dernières eussent-eUes existé, toute force manquant aux mtéressés, ils n'auraient pu se libérer de leurs entraves, mais, encore une fois, ce n'était pas le cas. Si, d'autre part, les immigrés, jouissant de l'indépendance, cherchèrent à obtenir davantage et à acquérir un ensemble de privUèges formant ce qu'on appelle une constitution et dont le plus important était peutêtre la propriété d'un tribunal spécial, cette ambition et cette conquête ne méritent d'être considérées que comme des résultats provenant d'un changement jîIus profond. L'augmentation de droits et d'organes n'était qu'une apparence et une conséquence tout à la fois. Il faut au contraire expressément se rappeler ciuels avaient été les fondateurs de la ville, leur nature sociale, le but de leur venue : ils étaient, dans le sens le plus général, des gens d'affaires voulant gagner de l'argent. On doit donc jiartir de ce principe comme base ])our exjiliquer la croissance douaisienne. Alors, l'activité commerçante et industrielle de la cité, se manifestant dans l'emploi des voies d'eau et de terre, dans la création d'entreprises de meunerie et de draperie, agit, enrichit les habitants, en attira d'autres, et permit peu à peu à cet ensemble d'individus, sous des formes variées et dans des intentions diverses, de ])rendre assez de force et d'en avoir suffisamment conscience pour |>i)uvoir demander et obtenir une organisation particuhère «jui, autrement, eut été un non sens : mais ce ne fut, en fait, (pi'ajjrès l'acquisition en qiuxntité suffisante des richesses qu'ils étaient vciuis chercher, qu'il fut naturel et légitime de les voir revendiquer et acquérir des libertés connexes au nouvel état i^i'ils rojn-ésentaient. L'argent ])ut
1174 LA ^^E urbaine de douai
devenir plus tard une cause de perte pour la ville, mais il fut sans doute au début sa véritable et unique source de vie : ce caractère découle donc naturellement de l'origine de la cité et s'explique par elle. En vertu de son ])()int de départ, sa formation, pas plus que sa fondation, ne peuvent reposer sur le droit abstrait, mais elles sont fondées sur réconomie concrète ^.
Il importe de chercher à préciser le rôle de cette dernière successivement dans l'état économique et dans l'état social. Si, d'une part, elle a certainement exercé une influence générale, jamais son action ne semble s'être manifestée spécialement par le marché. Evidemment, est-il besoin de le répéter, c'est autour d'un élément de cette nature que, matériellement, la ville i^araît s'être formée et on doit en conclure que dans l'histoire économique, ou en somme dans l'histoire de la cité, son rôle n'a pu qu'être essentiel et même fondamental. Cependant, jamais, du moins d'une façon directe, on n'indique ni ne mentionne d'institutions ni de droit de marché. A l'époque pré-documentaire, il est significatif d'ailleurs, et d'autant mieux que ce ne saurait être encore une fois que rap])lication d'une règle générale, que la première mention du marché principal le désigne non pas comme « mercatus », mais comme « forum ». non pas comme marché simple au sens étroit du mot. mais comme sorte de lieu de commerce en général. Rien ne dit que les autres documents, s'il en a existé ou si on les possédait, n'auraient pas été conformes à cette notion. En fait, au moment de l'apogée urbaine, aucim acte n'indi(|ue une influence juridique précise du marché. 11 est au contraire possible d'étudier liiistoire administrative tout entière et même une graiidc partie de l'histoire économicpie en fai.<4ant abstraction de cet élément : son action ne peut donc être considérée cpio comme latente ou indirecte. Si on veut préciser son rôle, m- .•<CTni)le-t-il jias hautement inléres-
1. Cf. Pironne, Hitluin, I, IS3, ot Hiir ce rôle clo l'argent on K'M"'''''''. op|>iM<S à l'c^rononiip nattin'llc. lire crint(!iri"»iBntoM r(>iniir<|iioK dniia Hnrtinnnn. Kin Knpilel.... 13 et 8iirtoiil la conoluBinii, 22-23.