CHAPITRE II
Quand une population risque d'être décimée par la peste; quand unéquipage, surpris par la tempête, va rouler dans l'abîme; quand des soldats, tombés dans l'embuscade, ne voient plus autour d'eux que le fer et le feu; quand enfin, pour tout dire en un mot, des hommes se trouvent directement en face d'une mort prochaine, souvent alors il surgit parmi eux un héros que le dévouement a subitement illuminé sur les moyens d'arracher tout le monde au péril. Celui-là crie aux autres : Mes amis ! par ici! suivez-moi et vous êtes sauvés!
Ce libérateur nous rappelle les saints, les grands saints, qui se sont jetés dans la mêlée pour arracher leurs semblables à la mort éternelle. Le danger, l'horrible danger les a ■fait frissonner. Comme des pilotes veillant à leur barre tandis que les passagers dorment, ils ont vu l'abime. L'œil de leur foi a aperçu l'enfer ; cette vision les a saisis d'horreur pour le péril en même temps que d'amour pour leurs frères. Dieu, de son côté, leur a dit : Crie et ne cesse pas^l Et ils ont crié, sans se taire jamais.
Ce cri de détresse et de charité a été le même chez tous, et chez tous différent. Toujours, il s'est agi de ramener l'homme de la voie qui mène à la mort dans celle qui conduit à la vie; toujours aussi, chacun de ces sauveteurs a eu son éloquence et son système.