‹ La vie vraiment chretienneChapitre 101 sur 309 · Clama! ne cesses (Is, i,viii · texte numérisé non relu

Clama! ne cesses (Is, i,viii

Parmi eux et avec eux, saint Alphonse s'est fait entendre. Que dit-il? Que crie-t-il à ses frères égarés? Quel est le chemin qu'il leur trace? Quel est le rivage qu'il leur montre? Ou plutôt, pour parler sans figures, au milieu de cette mullitude dévoyée, qu'enseigne-t-il à l'homme sur la fin de Thomme?

Avant de répondre, remarquons qu'il ne s'agit pas ici de la fin absolument dernière et immuable de la créature entrée dans son éternité; mais de la fin prochaine et actuelle de l'homme encore voyageur ici-bas.

Quand Moïse sortit de la Mer Rouge et entra dans le désert, si le peuple lui avait demandé : « Maître, où nous conduis-tu, et quel est notre but? » Le libérateur aurait pu répondre : « Le terme de ton voyage, ô Israël, c'est la Terre Promise. Toutefois, en attendant ce terme dernier, tu as une fin plus prochaine, c'est celle de l'exilé. Tu dois marcher, marcher toujours sans t'arrêter jamais. Car le désert n'est point ta patrie, mais seulement un passage. »

Ainsi en est-il de nous, qui, à travers le temps, marchons vers notre éternité. Si^ durant ce long voyage, il m'arrive, comme à tant d'autres, de perdre la route; si, ne connaissant plus ni le terme, ni le chemin, je m'arrête un instant pour demander à un guide où je dois aller : Au ciel! me dira-t-il. Pour peu que ce guide soit charitable et sage, il ajoutera aussitôt : « 0 toi qui m'interroges, je viens de t'indiquer le but, mais connais-tu la route? Sais-tu comment tu arriveras? Si tu l'ignores, apprends-le. Poui aborder un jour au rivage indiqué, il faut avant tout connaître les voies qui y conduisent : l'art d'arriver au port suppose l'art de voyager. »

Quelle est donc notre, fin de voyageur? C'est ici que les réponses varient, tout en se ressemblant.

Parmi les Moïses chargés de la conduite du peuple chrétien, les uns prêchent : 0 hommes, vous n'avez d'autre affaire ici-bas que celle de votre salut éternel. Opérez-le avec crainte et tremblement. Sauvez votre àmr ! sauvez volrcàmcl

D'autres, envisageant la vie sous un autre point de vue, répètent sans se lasser : 0 chrétiens, songez à celui qui vous créa et qui doit vous juger. Servez votre Dieu ! Servez voire Dieu!

Il en est qui, analysant plus complètement notre fin, enseignent que l'homme ici-bas doit servir son créateur, afin d'arriver ainsi à la vie éternelle. Dans leur bouche, cette un s'exprime par deux mots : Mon Dieu et mon étemilél

Il en est d'autres qui ramènent tout, soit à la crainte du Seigneur et à la pénitence, soit à son divin amour et aux œuvres de charité.

Tous ces organes de la vérité parlent sagement; et il plait au Saint-Esprit que chacun d'eux garde sa maxime, afin que toutes les âmes puissent choisir la voie qui leur convient. Généralement cependant, les saints qui ont parlé avec le plus de soin de la fin de l'homme, y ont introduit deux parties distinctes, quoique unies entre elles : une qui regarde l'homme et sa félicité, une autre qui regarde Dieu et sa gloire. Ils nous enseignent ainsi qu'ici-bas nous devons travailler et pour notre Créateur et pour nous-mêmes.

Cette double obligation se trouve figurée dans l'histoire de ce peuple hébreu dont nous venons de parler. Durant son long voyage de quarante ans, il eut constamment deux grands devoirs à remplir : celui d'avancer vers sa patrie en combattant pour la conquérir, et celui d'honorer son Dieu par un culte fidèle. G'estpourquoi Israël au désert ressemble à la fois à une armée de soldats toujours prêts à la guerre, et à une troupe de fidèles groupés autour du tabernacle. Dieu et la Terre Promise! la gloire de Jéhovah et les joies de la patrie! telle fut la destinée de ce peuple, telle est aussi la nôtre.

Cette pensée, soyons-en convaincus, fut la pensée-mère de toutes celles que saint Alphonse a prodiguées dans ses livres. Pour lui, comme pour tous lei^^ saints Docteurs ses confrères à l'école de la sagesse, la fin de l'homme icibas est double, quoique parfaitement simple. L'homme se

doit quelque chose à lui-même ; il doit aussi quelque chose à son Dieu. Il peut songer à son propre bonheur ; que dis-je ! il le doit. Mais les intérêts du Seigneur ne peuvent pas non plus lui être étrangers. Mon Dieu et mon âme! mon âme et mon Dieu! voilà les deux paroles de son cœur et les deux lois de sa vie.

Toutes les choses inférieures nous présentent, si l'on peut ainsi parler, ce dualisme dans la fin. Dans une famille, il n'est pas défendu aux enfants de penser à leur héritage, mais il leur est prescrit aussi de songer à leurs parents. Dans une patrie, le citoyen peut chercher son bien-être, mais il ne doit pas oublier Fintérêt du pays. Sur le champ de bataille, le soldat peut se battre pour conquérir un grade ambitionné, mais à condition que la patrie ne perde pas ses droits. Ainsi en est-il de l'homme en sa première patrie qui s'appelle la terre, en sa première existence qui est un temps d'épreuve. Qu'il vive pour sa félicité, soit! mais qu'il vive aussi pour son Dieu, c'est son devoir.

Telle est, répétons-le, la grande pensée de saint Alphonse. Cette pensée doit être approfondie, car même réduite à ces deux mots : Mon Dieu et mon bonheur! la lin de l'homme peut encore être envisagée sous différents aspects. En effet, mon Dieu! je puis le servir, je puis le craindre, je puis l'invoquer, je puis espérer en lui, je puis le louer, je puis l'aimer. Or, parmi tous ces hommages rendus à la Divinité, quel est celui qu'Alphonse m'indique comme étant le plus essentiel à ma fin?/i'/ mon bonheur ! oi\ le chercher? Comment y tendre? Sera-ce en le désirant? Sera-ce en le demandant? Sera-ce en le conquérant à la pointe de l'épée? Doisje me contenter de l'espérer? Puis-je aller jusqu'à me l'assurer? Encore une fois, où est ici l'objet spécilique de ma fin?

Pour ne pas vous tenir plus longtemps en suspens, âme chrétienne, nous vous répondons ainsi : Aux yeux de saint Alphonse, la partie essentielle de la On de l'homme ici-

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bas est : en ce qui concerne Dieu, Vamour, et en ce qui nous concerne nous-mêmes, le salut, mais le salut assuré par la persévérance. En d'autres termes, l'homme sur la terre a deux buts à poursuivre, non pas un, non pas trois, mais deux : sauver son âme, aimer son Dieu.

« 0 homme, s'écrie le saint Docteur, c'est Dieu qui t'a donné ton être, en te créant à son image sans que tu l'aies mérité. Il t'a aimé plus qu'un père; il t'a créé pour que tu l'aimes en cette vie, et que tu ailles ensuite jouir de lui dans le ciel. Tu n'es donc pas né et tu ne dois pas vivre pour te rendre riche et puissant ici-bas, pour te livrer aux plaisirs, pour manger, boire et dormir comme l'animal; mais uniquement pour aimer ton Dieu et te rendre heureux éternellement ^ »

Voilà, dans les dernières paroles surtout, la fin de l'homme, telle que la formule notre Saint. C'est la tienne, ô chrétien : Aimer ton Dieu et te rendre heureux.

Au cœur le plus dégradé par le péché, il a, nous l'avons vu, la hardiesse de parler de l'amour de Dieu, parce que Dieu reste Père, et parce qu'un fils, si vicieux soit-il, demeure toujours fils dont la première inclination est l'amour filial. Au saint le plus avancé dans l'amour, il a la sagesse de parler du salut, parce que l'avenir est incertain, et qu'un chrétien, quelque vertueux qu'il soit, est toujours homme, par conséquent toujours exposé à se perdre.

Y a-t-il quelque chose d'original et de particulier dans cette manière d'envisager la fin de l'homme? Pourquoi ne pas se contenter du salut, puisqu'on ne peut pas se sauver sans aimer Dieu ? Pourquoi ne pas s'en tenir à l'amour de Dieu, puisque aimer Dieu jusqu'à la fin, c'est se sauver? Pourquoi préférer ce mot : amour de Dieu, à celui-ci : service de Dieu? Quelle?, sont les conséquences pratiques de ce système si arrêté?

Avant d'entendre la réponse, reposons notre esprit dans

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