CHAPITRE III
LA FIN DE l'homme DANS LE COEUR DE DIEU.
Notre-Seigneur Jésus-Christ, quand il enseigna aux hommes la manière de prier, leur parla en ces termes : Lorsque vous prierez, dites : Notre Père qui êtes aux rieuxK La première et principale idée que ce bon Maître nous donna de la divinité fut donc celle-ci : Dieu est Père. Sans doute il est grand, juste et terrible; mais surtout il est bon, il est affectueux, il est miséricordieux, il est indulgent, il est patient, en un mot il est Père. Bien plus, il est la paternité même; et, pour parler avec l'Apôtre, tout ce qu'il Y a de paternel au ciel et sur la terre n'est qu'un rejlet de ce qui est en /ut-.
Rien donc de plus conforme aux intentions du Sauveur, quand on parle de Dieu, que de commencer par la bonté. L'auteur du livre de la Sagesse nous le recommande avant
1. Sic ergo vos orabilis : Paler nosler, qui es in ciclis (Malth. vi, 9).
2. Fleclo j^onua... ad Palrem noininl noslri Jcsii Chrisli, ex quo omnis palernilas in cxUs et in terra noininalur (Ki>li. m, l.'O-
toute autre chose : 0 hommes, s'écrie-t-il dès le premier verset, ayez sur le Seigneur des sentiments dignes de sa bonté*. En conformité avec cette doctrine, saint Denis l'Aréopagile nous parle à peu près en ces termes : Quoique la première idée qui se présente à l'esprit sur la divinité soit celle d'un être suprême et incréé, il convient cepetidant de s'arrêter dès le principe à, la pensée d'un être bon, infiniment bon, bon jusqu'à daigner être le Père de sa créature'-. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean a écrit : Voijez quelle charité notre Dieu a eue pour nous, puisque nous nous appelons ses enfants et que nous le sommes^. 0 Père, reprend le livre de la Sagesse, o Père, c'est ta Providence qui nous gouverne''. Donc, en toute vérité, Dieu est Père; comme les parents affectueux qui jouissent, quand leur petit enfant prononce une parole filiale, il s'écrie dans la tendresse de son grand cœur : 0 homme, je t'en prie, dis-moi cette parole : Mo7i Père ^! C'est même pour que nous la lui offrions que le Saint-Esprit est répandu en nous. Oui, proclame saint Paul, la paternité de notre Dieu Fa porté à nous communiquer l'esprit d'adoption, afin que nous poussions vers lui ce cri : Abba, Pater, Père, Père^l
Saint Alphonse est, parmi les saints, un de ceux qui se sont le plus attachés à cette notion fondamentale de la Paternité en Dieu. Pour lui, le Seigneur forme, dans sa parfaite unité, une famille vivante dont l'esprit est un esprit de tendre affection. Le culte des trois personnes divines a été très développé dans son âme. A chaque instant, il remonte de Jésus-Christ jusqu'au Père; ou bien, il descend du Père jusqu'au Fils; et entre le Père et le Fils, il