Deus charilas est (1 Joan. jv
3. Quis ill(! tiobis intellif^eiulus paler? Deus scilicel. Tarn paler nemo, tam (ilius nemo (De Pœnilentla,c. ix).
(l'un véritable père? Il y découvre une merveille aussi aimable qu'admirable. Cet homme, s'il a un flls, conçoit sur ce fruit de ses entrailles et, pour ainsi parler, jette sur lui deux sentiments à la fois. Le premier est celui-ci : Je veux que mon enfant soil heureux! Son bonheur sera le mien. Je l'aime, et c'est tout dire. Quand on aime, on jouit de la jouissance, on est joyeux de la joie, on est heureux du bonheur de celui qui est aimé. Or, je le répète, j'aime cet enfant. Il sera donc heureux, je le veux! Nuit et jour, à la sueur de mon front, je travaillerai pour lui; et lorsqu'au prix de ma vie, j'aurai pour son amour amassé un héritage, sur mon lit de mort, ma dernière joie sera de le laisser à ce fils bien-aimé. Car, encore une fois, je l'aime, et son bonheur fait mon bonheur. Voilà le premier cri de l'amour paternel.
Voici le second, aussi naturel, aussi profond que l'autre : Cet enfant, que f aime, il faut qu'il m'aime! Je lui donne tout, mais je demande son cœur. Qu'il me prenne ma vie; qu'il réclame mes soins, mes larmes, mon travail et mon sang, soit! Tout est à lui, mais je veux son affection. Le même amour paternel, qui me porte à lui donner, me force à lui demander. Car, si l'amour donne le bienfait, il demande l'amour. Je veux donc le cœur de mon enfant autant que je veux son bonheur. S'il veut me faire souffrir, il n'a qu'à me refuser l'un et l'autre, ou seulement, l'un ou l'autre. Qu'au lieu d'accepter mon héritage, il s'en aille mener une vie errante et misérable; oh oui! alors je souffrirai, et mes larmes ne tariront plus. Je serai le père malheureux d'un enfant malheureux. Si, au contraire, après avoir saisi des deux mains la fortune que je lui laisse, il jette sur moi un regard égoïste, en me disant : Mon père, j'aime votre or, mais pas vous; oh! alors aussi, alors surtout, mon cœur sera blessé d'une blessure cruelle. Car, encore une fois, la nature a formé en moi un double dessein sur mon enfant : il faut qu'il soit heureux, en héritant de mon bien; il faut qu'il me contente, en me donnant son cœur.
LA FhN DE l'homme DANS LE COELH DE DIEC. 177
Yoilà le cœur de l'homme, voilà le cœur d'un père, tel que saint Alphonse se plaît à l'analyser.
Tel est le cœur d'un homme, tel est, à plus forte raison, le cœur de Dieu. C'est ce que le saint Docteur nous montre avec une filiale et sainte opiniâtreté.
Suivons-le pas à pas dans cette pieuse investigation de ce que Lessius a appelé les mœurs divines '.
Et d'abord, notre saint commence par contempler, dans les secrets de la Sainte Trinité, l'adorable dessein que forma notre Dieu de nous créer un jour. « 0 homme, dit-il, ton Dieu t'a aimé avant que tu l'aies aimé toi-même. De tous les êtres vivants, il est celui qui t'a aimé le premier. Ceux qui les premiers en ce monde t'ont donné leur amour sont tes parents. Mais ils ne t'ont chéri qu'après t'avoir connu; tandis que ton Dieu t'a aimé avant même que tu aies l'existence. Ni ton père ni ta mère n'étaient nés, et déjà Dieu t'aimait; le monde lui-même n'était pas créé et déjà Dieu t'aimait. Combien de temps avant la création ce grand Dieu a-t-il conçu l'amour qu'il a pour toi? Mille ans peutêtre, ou peut-être mille siècles? Non non! ce n'est ni à des années ni à des siècles qu'il faut borner l'affection que ton Dieu t'a vouée. Sache que c'est de toute éternité qu'il t'a aimé. Depuis qu'il est Dieu, depuis qu'il s'aime lui-même, il t'aime également, ù homme qu'éternellement il a voulu créer-! »
Ainsi s'exprime Alphonse. Et alors, creusant plus avant dans les profondeurs de la charité divine, il se demande pourquoi, dans quel dessein, à quelle fin ce grand Dieu, heureux depuis toujours dans l'éternelle société de ses trois personnes, a daigné nous aimer ainsi et nous créer par amour.
Se poser cette question, c'est se demander quelle est la fin de lliommc dans Vœuvre de Dieu. Nous allons répondre.
1. De perfeclionibus moribusquc divinis. (Opusculu varia iii uiuiiii corpus rcdacla. Luteliae Parisioriini, lO'iG).