CHAPITRE IV
LA FIN DE l'homme DANS l'CEUVRE DE DIEU.
Deux fois aimables sont les desseins d'un père pour son enfant, puisqu'ils se traduisent par ces deux paroles : Accepte le bonheur que je te veux, et donne-moi le cœur que je te demande.
Tel fut précisément le contrat que l'amour imagina de conclure entre le Créateur et l'homme. Oui, notre Dieu si bon a eu, en nous créant, un double but. Il s'est dit : Je veux goûter le plaisir de faire des heureux; ma bonté m'y porte, et la félicité des hommes sera la joie de leur père. Il s'est dit en même temps : Ils m'aimeront, je l'espère et je le veux; car je suis la charité, et l'amour veut être aimé.
La voilà en deux mots, la fin de l'homme dans la pensée divine. Sortis du néant, nous n'avons d'autre raison d'être que d'arriver à la félicité pour nous-mêmes et à l'amour de Dieu pour Dieu. Vérité adorable qu'Alphonse a contemplée toute sa vie et devant laquelle son âme s'extasia sans se lasser jamais.
Écoutons-le plutôt. Considérant d'abord que le Seigneur nous a créés pour le bonheur, il s'écrie : « Avouons avec le Pape saint Léon, qu'il est dans la nature de Dieu d'être bon, essentiellement bon. Or, la bonté est naturellement communicative, et le bien tend à s'épancher au dehors. Aussi voyons -nous, même parmi les hommes, que s'il en est de particulièrement bons, instinctivement ils aiment leurs semblables et éprouvent comme la passion de leur communiquer tout ce dont ils jouissent eux-mêmes. A plus forte raison, notre Dieu qui est la bonté inûnie, est-il tout amour pour nous, ses créatures chéries ; et parce qu'en vérité, selon saint Jean, il es.t la charité substantielle et vi-
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vante, immense est le désir qu'il éprouve de nous communiquer les trésors de sa béatitude... 0 homme, sache-le donc. Dieu seul peut se glorifier de t'aimer d'un amour absolument vrai ! Oui, en vérité, pour vouloir mon bonheur sans aucun intérêt propre, par bonté pure, par amour pur, je ne vois que vous, mon Seigneur et mon Dieu * I
Et après avoir poussé ce cri d'admiration, le Saint se retourne pour contempler l'autre face de la fm de l'homme, celle où il est écrit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu.
Ici l'admiration va en croissant. « Notre Dieu est si bon, dit-il, si bon et si aimant qu'il brûle du désir d'être aimé. .\on-seulement dans les saintes Écritures il fait appel sur appel à notre cœur; non seulement par d'innombrables bienfaits, tant généraux que personnels, il daigne nous solliciter; mais encore il exige, il veut l'amour. L'enfer à ceux qui ne l'aiment pas, le paradis pour ceux qui l'aiment : voilà sa loi. «
« Ah! que nous nous sentirions fiers et heureux, si un roi de la terre nous parlait ainsi ; Mon ami, je t'aime, et parce que je t'aime, je viens te demander ton amour. Mais, vaine supposition! Oii trouver un prince qui daigne s'humilier jusqu'à réclamer l'affection d'un de ses sujets? Ce prodige n'est le fait que de Dieu. Ce grand Dieu est la bonté sans limites, il est le maître de toutes choses, il est infiniment puissant et infiniment sage; il est Dieu en un mot. Et le voilà avec ses titres infinis à notre amour, avec les immenses bienfaits spirituels et temporels dont il nous a comblés, le voilà qui vient à nous, s'abaissant jusqu'à nous demander que nous l'aimions. II nous y exhorte, il nous l'ordonne. 0 hommes, demande-t-il par la bouche de Moïse, ijuest-ce donc que le Seigneur ton Dïpu attend de toi si ce n'est que tu l'aimes- ».