Sermons pour tous les diinanchos de l'année. Sermon
2. Et nunc, Israël, quid Dominus Deus tuus petit a te nisi ut... diligas eum, ac servias Domino Deo tuo in toto corde tiio, et in tota anima tua Deut. x, 12 .
C'est pour qu'en effet nous l'aimions, que son FilS;, descendu du ciel en terre, s'est fait notre compagnon d'exil. C'est le feu, déclare Jésus-Christ, cest le feu que je suis venu apporter sur la terre, et que désiré-je si7107î qu'il s'allume^'^ Remarquez l'expression : que désiré-je sinon qu'il s allume, et que l'amour divin prenne feu dans le cœur des hommes. On dirait en vérité que notre Dieu, bien que jouissant en lui-même d'une infinie béatitude, ne peut pas être heureux s'il n'est aimé de nous. C'est la pensée et la parole de saint Thomas : 0 homme, ton Dieu s'est conduit comme si sans toi il n'y avait de bonheur pour lui- ».
Énergique pensée qui, nous montrant dans la divinité la passion pour notre cœur à côté de la passion pour notre bien, nous révèle l'ineffable secret de notre fm en Dieu.
Avec saint Alphonse, descendons plus avant dans l'abîme des bontés divines.
11 y a bonheur et bonheur, amour et amour. Alors que Salomon était encore aussi bon que puissant, son peuple était heureux. Chacun, raconte l'Écriture, reposait en paix sous sa vigne ou son figuier^; toutefois, ce bonheur du sujet n'était pas celui de l'enfant qui bal ite le palais de son père et reçoit ses royales caresses. Htureux sous un tel prince, Israël l'aimait; hélas! son amour, pas plus que son bonheur, n'était l'amour filial.
Dans le bonheur et Taffection il faut donc distinguer la part du public et celle de la famille. Laquelle des deux le Seigneur a-t-il choisie pour l'homme? 0 bonté ! Tandis qu'il pouvait ne nous donner qu'un paradis terrestre, où nous aurions joui de ses créatures sans jouir de lui, et où nous l'aurions aimé de loin sans le posséder jamais, il nous a réservé le paradis céleste, celui où chacun de nous le ccn-
1. Ignem vcni miltere in terram et quid volo nisl ut accendalur (Luc. xn, 49).
2. Quasi sine te beatus esse non posset (De beatilud. c. vu).
3. llabitabat Judas et Israël absque liinore ullo, nnusquisque sub »ite sua et sub ficu sua... cunctis diebus Salomonis (III Reg. iv, 25).
LA FIx\ DE l'uOMME DANS L'oEUVRE DE DIEU. 181
templera face à face. Ce sera lui, lui en personne que nous goûterons et que nous chérirons.
C'est l'adorable institution de l'ordre surnaturel; c'est l'invention d'un Dieu trouvant dans son cœur assez d'amour pour dire : « Entre moi et l'homme, la distance est infinie puisque je suis Dieu et que lui n'est que cendre et poussière. Ce ver de terre, je le diviniserai par ma grâce et par ma gloire, et, dès lors, il sera rendu capable d'atteindre jusqu'à moi, pour jouir de mon propre bonheur et pour m'aimer à l'imitation de mon propre Fils. »
C'est toujours le môme plan ; c'est toujours la paternité qui obéit à son double penchant : vouloir tout à la fois la félicité de ses enfants et leur filial amour. Ici la paternité étant divine va jusqu'à des excès infinis : c'est la divinité môme divinisant l'homme pour que la communication du bonheur et du cœur soit intime et complète.
Voyons de quel style enflammé saint Alphonse la décrit, cette communication d'un père qui est Dieu avec ses enfants qui ne sont que des hommes.
« Tous nos désirs, dit-il, tous nos soupirs, toutes nos pensées, toutes nos espérances doivent n'avoir qu'un terme : aller voir Dieu en paradis, pour l'aimer et jouir de son bonheur. Dans ce séjour de délices, les Bienheureux ont certes leur félicité propre. Mais leur plaisir le plus doux, celui qui absorbe tous les autres, c'est la joie de voir que leur Bien-Aimé est heureux, car ils l'aiment, ils l'aiment immensément plus qu'eux-mômes. De là, cette parole du Sauveur : Entre dans la joie de ton Seigneur*. Il nest pas dit à la joie divine d'entrer dans l'âme humaine; mais à l'âme humaine d'entrer dans la joie divine. C'est en effet la joie de Dieu qui fait celle des élus; le bien de Dieu est leur bien, la richesse de Dieu est leur richesse, la félicite de Dieu est leur félicité. » •
« Ils seront, est-il écrit, enivrés de l'abondance de votre