‹ La vie vraiment chretienneChapitre 112 sur 309 · Neuvaine à sainte Thérèse, IV^ Consid · texte numérisé non relu

Neuvaine à sainte Thérèse, IV^ Consid

LA FIN DE LHOMME DANS LE COEUR DE L'hOMME. 191

En même temps que le divin système dont nous parlons est de soi le plus encourageant, il a aussi l'avantage d'être de tous le plus agréable au Seigneur. Dieu est notre Père, et ce qui l'intéresse surtout comme Père, c'est notre cœur. De notre cœur d'enfant il exige deux sentiments. Il veut que nous cherchions à être heureux du bonheur de la famille par la possession de l'héritage paternel; c'est la première partie de notre fin. Il veut, et c'est la seconde, que nous cherchions à aimer celui qui nous a donné l'être et qui nous appelle à hériter de ses délices.

Cette double aspiration, le Seigneur l'a renfermée dans la prière dont il a voulu faire l'écho de l'âme humaine : dans rOraison Dominicale. Quand il la trouve dans un cœur, il est content. Oui, quand il voit qu'un homme, revenant à sa double fin, entretient au-dedans de lui-même le double désir de posséder son Père et de l'aimer, ce grand Dieu trouve son plaisir et sa consolation en ce fils régénéré.

Or, c'est une grande chose que de contenter Dreu; non seulement parce qu'il le mérite souverainement, mais encore parce qu'en le contentant, on s'assure à soi-même les bénédictions divines et les plus consolants succès.

Tout autre est la condition de ceux qui, dans la recherche du bien, suivent une tactique différente. Hélas! jusque dans la pratique de la vie chrétienne, cette créature impertinente qu'on appelle l'homme est parvenue à tout gâter. On trouve une foule de gens vertueux ou travaillant à le devenir, chez qui la disposition du cœur «st et reste à l'état de tendance tout imparfaite. Ils combattent leurs défauts, non pas comme péchés et à cause de Dieu, mais ^comme défauts et en vue de l'excellence personnelle. Ils poursuivent la vertu, non pas comme moyen de plaire à Dieu, mais comme ornement ou avantage privé. Leur grand mot, c'est la perfection, la perfection sans commentaire, la perfection de l'individu; tandis qu'ils ne devraient jamais oublier qu'on n'est parfait qu'en aimant Dieu. Mais non! Dieu est, chez eux, plus ou moins au second plan, ils se

bornent à un bien inférieur, qui, tout excellent qu'il paraisse, n'est réellement qu'un bien créé.

Les disciples des saints, et en particulier de saint Alphonse, marchent plus droit et vont plus haut. Ne se préoccupant d'eux-mêmes que pour être heureux en Dieu, ils poursuivent une vertu par-dessus toutes les autres, celle par laquelle on s'oublie soi-même pour ne songer qu'au Père et à l'Ami : la charité.

0 vous qui lisez celte méthode, prenez-la, et l'expérience vous en fera goûter les avantages. Que vos pensées soient grandes! Sans être saint, sans pouvoir espérer le devenir avant longtemps, ayez du moins l'ambition des saints. A défaut de leur conduite, ayez leur cœur. Dites avec eux et comme eux : Dieu! toujours Dieu! Le bien auquel j'aspire n'est pas de la terre : il est du ciel. Je veux jouir de Dieu, dans le temps d'abord, puis dans l'éternité. Cette jouissance divine sera le terme suprême du mouvement qui me pousse vers la félicité. En outre, puisque j'ai un cœur, c'est à Dieu surtout que je veux le donner. Sans m'interdire d'aimer ce qui mérite légitimement mon affection, j'aimerai surtout mon Créateur, mon Père, mon principe et ma fin.

Parlez ainsi, chrétien! Et vous, pasteur des âmes, ayez aussi cette double parole pour vous-même, et pour votre peuple ! Nourrissez la sainte prétention de vous porter ensemble jusqu'au parfait, jusqu'à Dieu. A cette prétention joignez la longanimité; et vous ne tarderez pas à éprouver un sentiment secret qui vous fera dire : Je sens que je suis dans le solide et dans le vrai.

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