El slultorum infinilus est numèrus (Eccle. i
PREMIERE ASPIRATION DE l'aME TENDANT A SA FIN. 197
C'est pour leur en donner que les hommes de Dieu, convaincus qu'ils parleat à des esprits ignorants, ont toujours aimé à résumer leur doctrine en quelques paroles qui vibrent comme des cris de guerre.
Les deux mots : Amour de Dieu! Persévérance finale! peuvent compter parmi les plus profonds et les plus féconds.
Expliquons-les de notre mieux.
Amour de Dieu! L'âme qui n'exprime jamais celte parole est une âme dévoyée. Il est indigne de ne pas même songer à aimer ce que l'on doit aimer. Si une mère ne s'écriait pas : Amour pour mes enfants! Et si ceux-ci ne répondaient pas : Amour pour notre mère! il n'y aurait plus de famille. De même, quand des chrétiens n'ont dans le cœur plus rien de ce noble sentiment : amour de Dieu, c'est la désolation de la désolation.
Dans cette aspiration vers l'amour divin, il y a plusieurs degrés; car sous ce rapport, il serait insensé d'exiger de toutes les âmes la même sublimité.
Le premier degré est celui des malheureux en étal de péché mortel, qui soupirent cependant après l'état de grâce. Ceux-là disent déjà dans leur cœur : Amour de Dieu, puisque vouloir rentrer en grâce avec lui, c'est déjà l'aimer. Si un pécheur, indifférent à son mal et à son Dieu, n'a pas même un premier désir de conversion; s'il reste tranquille et content dans l'inimitié de son Père^ cet homme a le cœur absolument muet. Le cri de l'affection n'y résonne plus du tout; c'est le silence de la mort.
Le second degré est celui des tièdes. Exempts, ou du moins se croyant exempts de tout péché mortel, ils vivent dans l'habitude du péché véniel. Sous la triste impression de ce désordre, ils s'écrient : Quelle indignité, quand on est en état de grâce, de se faire un jeu d'oiïenser ainsi le Seigneur! Amour de Dieu! Nous ne voulons plus de nos déplorables calculs. Ouand on aime, on évite tout péché. Telle sera désormais notre loi!
Si un tiède ne dit pas cela, il est tiède opiniâtre, il est
tiède sans remords, et Jésus-Christ le vomira de sa bouche^. Au contraire, si l'amour divin est devenu son désir, bien proche est la guérison.
Le troisième degré est celui des fervents imparfaits. Tout en constatant leur fuite du péché, il doivent avouer que leur aftection pour le bon Maître est encore bien froide. Amour de Dieu! Que ceux-là aussi poussent ce noble cri! Qu'ils se répètent au fond de leur conscience : 0 mon Dieu, ni vous ni moi ne sommes contents de mon cœur! Je ne vous offense pas, c'est vrai. Je mérite peut-être le nom de serviteur, cependant, pour moi comme pour vous, c'est trop peu. Un enfant ne se contenterait pas de ne pas injurier ses parents; son cœur veut autre chose : il lui faut l'amour filial. C'est aussi le besoin du mien; et jusqu'à ce que ce besoin soit satisfait, je ne cesserai de m'écrier : Amour de Dieu !
0 chrétien, si tel n'est pas votre soupir habituel, il manque quelque chose à votre âme, et votre avenir n'est pas sûr.
Le quatrième degré est celui des parfaits. Les parfaits ici-bas sont encore bien imparfaits; car quelle que soit leur vertu, toujours ils aimeront Dieu immensément moins qu'ils devraient l'aimer. Il reste en nous tous beaucoup de ce que saint Paul a appelé Venfant de colère. Nous sommes nés égoïstes, froids et indifférents pour Dieu. Jusqu'à leur dernier jour, les plus grands saints gémissent de n'avoir pas le cœur qu'ils désireraient avoir. Si donc les parfaits ne s'écriaient pas eux aussi : Amour de Dieu! ils tomberaient, par le fait même , dans un état d'imperfection regrettable. Rien en effet ne serait plus désolant pour Dieu que de voir ces âmes favorisées se contenter de l'amour, nécessairement très imparfait, auquel elles sont réduites.
Et c'est ainsi que, d'après notre saint Docteur, à tous les degrés de la hiérarchie des âmes, doit retentir le même