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CHAPITRE VIII

LA DEUXIÈME GRANDE ASPIRATION DE l'aME HUMAINE QUAND ELLE POURSUIT SA FIN.

La position absolument singulière de l'âme humaine relativement à sa fin nous est parfaitement indiquée par un mot du Psalmiste. Qui donc, s'écrie-t-il, qui me donnera des ailes et je volerai^. Un ver de terre dont la destinée est de s'envoler vers les cieux, sans avoir seulement le moyen de se soulever de terre : voilà l'homme.

Emparons-nous de cette comparaison pour mieux étudier le sort qui nous est fait. Si notre métaphore n'en était pas une, si réellement et physiquement nous devions , pour trouver le séjour du bonheur, nous élever dans les airs, et parvenir de degré en degré jusqu'aux dernières hauteurs, n'ayant pour ce parcours merveilleux que des ailes empruntées et fragiles, double serait notre préoccupation de tous les moments : sans cesse nous songerions à monter; sans cesse nous aurions souci de ne pas perdre les moyens sans lesquels l'ascension deviendrait impossible et la chute inévitable, c'est-à-dire les ailes et la faveur de celui qui les prête.

Cette supposition, ridicule dans l'ordre naturel, devient dans l'ordre surnaturel une réalité. Nous qui ne sommes qu'un composé de poussière et de boue, nous dont le cœur est lourd comme le plomb et retombe toujours à terre, nous dont l'œil n'a de regards que pour ce qui est inférieur,

1. Quis dabit rnihi pennas sicyt columbœ, et volabo (Ps. iv, 7).

DEUXIÈME ASPIRATION DE l'aME POURSUIVANT SA FIN. .201

nous devons monter, monter jusqu'à Dieu par la foi, par l'espérance et surtout par l'amour. Dans cette ascension de la terre au ciel il y a des degrés sans nombre : on va de l'amour du péché à la pénitence imparfaite ; de la pénitence des mercenaires à celle des enfants; d'un commencement d'amour filial à un amour plus grand. Parvenu à cette hauteur, on s'élève ou au moins on doit s'élever toujours, jusqu'à ce qu'enfin on arrive au ciel des cieux, royaume de l'éternelle charité.

Voilà pourquoi l'Écriture, nous parlant de la voie du juste ici-bas, aime à nous redire que c'est une voie montante : Ayez du goût pour ce qui est en haut ', proclame saint Paul; oui, cherchez ce qui est en haut. Car la cité de Dieu est sur une haute montagne- , nous assure le prophète Isaïe. Par la bouche du Prophète-Roi, le divin Maître lui-même crie au chrétien voyageur ici-bas : Mon ami, montez plus haut, montez plus haut, et dans votre cœur disposez des degrés jjour vous élever sans cesse^ !

C'est bien ce que saint Alphonse entend nous rappeler quand il nous exhorte à toujours poursuivre l'amour divin. Car c'est par la charité que l'on avance ; et le progrès continuel dans cette vertu divine n'est pas autre chose qu'une ascension sublime qui fait dire aux anges émerveillés : Quelle est cette créature qui monte, qui monte comme une légère colonne de fumée ^'^

En s'efforçant ainsi de toujours monter, le chrétien, quand il est sage, conserve une autre préoccupation : celle de ne pas tomber, de ne pas perdre en un instant le fruit de longs et laborieux ellorts. En d'autres termes, pour parler avec saint Alphonse : au souci de l'amour il faut joindre celui de la persévérance.

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