‹ La vie vraiment chretienneChapitre 119 sur 309 · LA PRIÈRE DU CRRÉTIEN PÉNÉTRÉ DE SA FIN · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE DU CRRÉTIEN PÉNÉTRÉ DE SA FIN

Demander la persévérance sans demander l'amour, c'est une égoïste impertinence.

Demander l'amour sans demander la persévérance, c'est une dangereuse imprudence.

Demander tout à la fois la persévérance et l'amour, c'est prier comme Jésus-Christ nous a ordonné de prier.

Expliquons, Tune après l'autre, ces trois pensées.

Et d'abord, demander la persévérance sans demander Vamour , cest une égoisie imperlinence. Quiconque implore de Dieu ce grand don de la persévérance sollicite, par le fait même, une faveur à nulle autre pareille. Il ressemble, non pas au mendiant de passage en quête d'une petite aumône pour le jour présent, mais au solliciteur qui cherche à obtenir, d'un seul coup, son gagne-pain pour toute la vie. Dire : Mon Dieu, donnez-moi la persévérance! c'est parler implicitement en ces termes : « Seigneur, ma carrière icibas se prolongera peut-être longtemps encore. Des dangers de toute sorte viendront probablement la traverser. Je le sais : la mort qui la terminera est un moment bien redoutable. Pour que, jusqu'à la fin, mon voyage soit heureux et que j'aborde un jour au rivage de Téternelle patrie, que de grâces, que de faveurs de tout genre me seront nécessaires, o mon Dieu! Résistance aux tentations; préservation des dangers; grâces intérieures qui me soutiennent dans le bien et qui chaque jour se renouvellent; secours extérieurs prodigués à ma faiblesse et à mon insuf-

flsance; en un mot, tous les jours et à chaque heure du jour, attentions spéciales de la divine Providence sur moi, de sorte qu'au moment du passage, cette même Providence, toujours prodigue envers moi, m'entoure de soins privilégiés. >)

Voilà, dans sa signification complète, la demande de la persévérance. Elle ressemble à la prière d'un serviteur qui demanderait à son maître d'être adopté, logé, nourri, soigné avec prédilection jusqu'à la mort, et d'obtenir en plus un héritage pour les siens. D'homme à homme de pareilles demandes ne se font pas. Nous ne serions ni assez hardis pour les formuler, ni assez bons pour les écouter. A notre Dieu, qui est la charité infinie et la paternité même, nous pouvons, sans craindre d'être impertinents, demander à la fois tous les vrais biens de la vie et tous ceux de l'éternité. A une condition pourtant : à condition que, sollicitant de ce Dieu si bon la grâce d'être heureux en ce monde et en l'autre, nous lui demandions en même temps de l'aimer, lui notre Père, lui qui exige à tout prix l'amour de ses enfants. Si nous implorions de lui les trésors de la persévérance sans songer aux exigences de l'affection filiale, nous lui dirions par le fait même, sinon des lèvres au moins du cœur, que, tout occupés de nos intérêts, nous n'avons nul souci de son divin plaisir; et que, remplis d'un profond amour pour nous-mêmes, nous ne songeons pas à nos devoirs de fils. Un tel langage partant du cœur ne serait-il pas, comme nous l'avons montré, une impertinence aussi condamnable en soi que blessante pour Dieu?

D'autre part, demander V amour sans prier pour la j^ersévérance, c'est une imprudence bien dangereuse. Il est louable sans doute de faire passer l'amour divin avant l'intérêt propre. Grand, magnanime est le chrétien qui, se mettant comme il convient au second rang, désire avant tout que son Père et son Dieu soit glorifié, réjoui, consolé par l'affection filiale de ses créatures bien- aimées. Aussi ce Dieu de toute bonté chérit-il tendrement les âmes gêné-

Page 1