‹ La vie vraiment chretienneChapitre 120 sur 309 · LA PRIÈRE DU CHRÉTIEN PÉNÉTRÉ DE SA FIN · texte numérisé non relu

LA PRIÈRE DU CHRÉTIEN PÉNÉTRÉ DE SA FIN

reuses et délicates, qui sans cesse désirent l'aimer et le voir aimé de plus en plus.

Remarquons ici une particularité bien importante. C'est que ce noble chrétien tout brûlant du désir de l'amour est en même temps un être originellement corrompu, mauvais, toujours porté à trahir son Dieu, toujours tiré en bas par des instincts terrestres et pervers. Dans ces conditions, son aspiration vers la charité est ce que serait le mouvement d'une pierre hissée par une main robuste sur la pente abrupte d'une montagne. Si cette pierre pouvait penser et parler, elle s'écrierait : Sans doute, il me plaît de monter de la sorte, mais si la main qui me soutient et me pousse vient à me lâcher, je retombe à l'instant. Persévère donc, ô main tutélaire; et que la persévérance de ton secours m'assure la persévérance dans mon merveilleux mais bien périlleux voyage!

Ainsi doit raisonner et parler, s'il est prudent, le chrétien qui monte vers Dieu et aspire à l'aimer. Mon Dieu, doit-il dire dans l'humilité de son cœur, mon Dieu, ayez pitié de moi et soutenez-moi! Sans doute, je vous aime; sans doute, mon âme, soulevée par votre grâce, aspire à vous aimer plus encore. Toutefois ce mouvement sublime qui est en moi n'est pas de moi. De moi, je n'ai que le poids du péché qui m'entraîne loin de vous; et chez moi la vie de la charité est, je le sens, toute surnaturelle. Or, dans le surnaturel comment me soutenir un seul instant sans vous, ô mon Dieu? Donnez-moi donc la persévérance, je vous en prie; donnez-la-moi aujourd'hui, demain^, tous les jours de ma vie jusqu'au dernier!

Cette prière humble et sage est d'autant plus opportune que Dieu tient â sa propre gloire non moins qu'à notre cœur. Il veut que nous l'aimions; il veut pareillement que nous n'oubliions jamais à qui nous devons la grâce de l'aimer. Aussi ne manquerait-il pas de laisser retomber dans sa propre faiblesse l'ami présomptueux ([ui , tout enchanté de son propre cœur, croirait pouvoir se soutenir

dans les sphères élevées sans le secours de la main de son Dieu.

Par où l'on voit qu'il est imprudent de demander la charité sans demander en même temps la persévérance, et que la vraie, la complète prière sollicite les deux biens en même temps.

Entin, demander tout à la fois la persévérance et Vamour, c'est prier comme Jésus-Christ nous a dit de prier. Notre- Seigneur Jésus-Christ, maître et ami divin des hommes, a compris l'imprudence de notre âme présomptueuse et cet égoïsme impertinent qui ne songe qu'au salut sans penser à l'amour. Aussi, quand il a voulu nous laisser la vraie formule de la prière, son cœur lui a dicté la demande simultanée de la charité et du salut.

L'Oraison Dominicale, éternel chef-d'œuvre de la sagesse et de l'amour du Fils de Dieu, est surtout la prière de l'homme aspirant à sa fin.

Elle affirme tout d'abord que Dieu est Père et que nous sommes ses enfants. Ce principe tout divin se trouve formulé au commencement de la prière, pour nous rappeler qu'en vérité notre fin est la plus digne du cœur d'un Père, et que, par la volonté de ce Père adorable, nous sommes faits pour hériter de lui en l'aimant.

Ramenée à ce doux souvenir, l'âme commence, cela est juste, par les intérêts de Dieu. Tout enflammée du désir de l'aimer et de le savoir aimé, elle s'écrie : « Que voire nom soit sanctiOé, mon Père! Que vos enfants le louent en proclamant que vous êtes bon, divinement beau, souverainement aimable! Que votre divine amabilité finisse par triompher du cœur des hommes, spécialement du mien! Oui, ô Père, que votre règne arrive; celui de votre justice, celui de votre sagesse, celui de voire puissance, et surtout celui de votre amour! Sous l'empire de cet amour sacré, que mon âme et l'âme de mes frères fassent votre volonté comme on la fait au ciel, généreusement, affectueusement, ainsi qu'il convient à de véritables fils !

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