LA PRIÈRE DU CHRÉTIEN PÉNÉTRÉ DE SA FIN
Après avoir donné à l'amour divin la place qu'il mérite, l'ûmc en vient à son propre salut. Non seulement Jésus- Christ nous permet de songer ainsi à notre bonheur ; mais il le veut parce qu'il nous aime : bon Père comme il l'est, il ne souffre pas que son enfant s'oublie jamais lui-même.
Aussi voyez avec quel soin il oblige à demander la persévérance et le salut : Donnez-moi, nous fait-il dire, donnez aussi à mes frères le pain quotidien; non seulement celui qui nourrit le corps, mais aussi et davantage celui qui nourrit l'âme, pour qu'elle ne défaille pas en route. Persévérer et se sauver sont choses impossibles sans le pardon des péchés. Pardonnez-nous donc, ô mon Dieu; pardonneznous de telle sorte que le poids de nos iniquités ne nous entraîne pas en enfer! Pour que notre salut soit assuré, armez-nous contre la tentation et ne permettez pas que nous succombions dans la lutte. Enfln, Seigneur, achevez en nous vos divines miséricordes, en nous délivrant du mal qui est le seul vrai mal : du péché et de l'enfer où il conduit!
Voilà le type parfait de la parfaite prière. Faut-il s'en étonner, puisque cette oraison est tombée des lèvres de la Sagesse incarnée? Heureux ceux qui la comprennent, cette prière bénie! Qu'on veuille bien nous permettre ici une réflexion familière. Le Pater est ce que l'homme croit savoir le plus parfaitement. Hélas! non, nous ne le savons pas. Notre esprit, notre cœur surtout ignorent trop souvent ce qu'ils expriment, quand ils parlent à Dieu de la sanctification de son nom, de sa sainte volonté, ainsi que du pain quotidien et de la délivrance du mal.
Un des plus grands mérites de saint Alphonse a été d'envisager la fin de l'homme sous un aspect qui nous retrace le plan divin de l'Oraison Dominicale. Aussi, ses prières sans cesse ramenées à l'amour et au salut, sont-elles un écho fidèle de celles de Jésus-Christ. Bienheureux donc ceux qui s'en servent fréquemment, et qui, dans cet usage, sentent que leur cœur dit ce que leurs lèvres prononcent!