CHAPITRE II
LE CHRÉTIEN ET l'aNTICHRÉTIEN.
Pour faire comprendre ce que c'est qu'un vrai chrétien, nous avons commencé par dire que l'homme est destiné à obéir à des mobiles étrangers et supérieurs qui deviennent en quelque sorte^, Tâme de son âme ; et que le vrai chrétien est celui dont l'âme a pour âme et pour mobile l'esprit de Dieu lui-même.
Cette doctrine demande de plus amples explications. Rien ne servira davantage à la mettre en lumière qu'un choix d'exemples tirés de l'histoire ou du tableau de notre vie de tous les jours.
Par ces mots : le chrétien et l'antichrétien, on peut deviner que notre dessein est de montrer d'une façon sensible et frappante l'âme divine dans le vrai chrétien, en le mettant en opposition avec l'homme soumis à l'âme diabolique.
Oui, rame diabolique, l'expression n'est pas trop forte : elle n'est que trop juste. Si Dieu a le pouvoir d'animer tellement les hommes de son esprit et de sa vie, qu'il devient comme l'âme de leur âme, le démon, quoique d'une autre manière, peut aussi agir sur l'âme humaine et se faire l'inspirateur de ses pensées, de ses désirs, en un mot de sa vie. C'est cette double influence de l'esprit do Dieu et de l'esprit du démon, qui divise les hommes en chrétiens et en antichrétiens. Aux premiers, Jésus-Christ assure par la
bouche de saint Jean : Vous êtes les enfants de Dieu\ aux autres, il adresse cette parole terrible : Vous avez le diable pour père ^.
Mais hâtons-nous d'arriver aux exemples : ils apportent plus de lumière que la théorie.
Commençons par voir, dans le même homme, l'action successive de 1 ïime diabolique et de l'âme divine.
Saul est en route pour Damas. Voyez-le sur son coursier. Sa physionomie est sombre et farouche. Que se passe-t-il au fond de son être? Le démon s'en est rendu le maître; il y établit un esprit de rage; et Saul s'en allait, raconte TÉcriture, respirant le carnage et la menace ^. Tout à coup Jésus- Christ arrive, descendant du ciel; d'un mot, d'un regard, il défend au démon de continuer à agir sur cet homme; en même temps, d'un rayon de sa grâce, d'un souffle de son esprit, il transperce cette âme de persécuteur, pour en faire une âme d'apôtre. Saul se relève changé : autres pensées, autre vouloir, autre langage, autre homme, parce que l'âme de son âme n'esL plus la même.
Quittez le chemin de Damas et dirigez-vous vers l'arène des martyrs. Vous y verrez des bourreaux et des victimes. La bouche des persécuteurs respire comme un souffle de l'enfer, et des lèvres du chrétien martyrisé s'échappent des paroles qui ne peuvent venir que de l'esprit de Dieu. Du reste, Jésus-Christ lui-même ne nous a-t-il pas révélé ce mystère? Quand on vous livrera aux bourreaux, a-t-il dit, ne vous mettez pas en peine de savoir ce que vous direz ou comment vous parlerez. A ce moment-là, il vous sera mis dans la bouche de quoi parler. Ce n^est jJas vous qui parlerez, c'est l'esprit de votre père qui parlera en vous "'.