‹ La vie vraiment chretienneChapitre 127 sur 309 · Carissimî, nunc filii Dei sumus (I Joan. m · texte numérisé non relu

Carissimî, nunc filii Dei sumus (I Joan. m

?.. Vos ex pâtre diabolo estis (Joan. vm, 44).

3. Saiilus autem adhuc spirans minarnin et cœdis in discipulis Domini lAct. IX, t)

i. Ciini aitorn tradent vos, nolite cogitare quoinodo aut quid loquamini; dabitur enirn vobis in illa hora quid loqiiainini, vos enim vos

LE CHRÉTIEN ET l'AiNTICURÉTIEN. 221

De fait, écoutez le dialogue de Vincent le martyr et de Dacien le persécuteur.

Le préfet Dacien, nous attestent les Actes des martyrs, dans la colère qui le transporte, n'est plus maîlre de luimême. « Élevez-le sur le chevalet, ordonne-t-il, étendez violemment ses membres et disloquez tout son corps; ce sera le prélude de ses tortures. »

Pendant qu'on exécutait ses ordres, il criait au martyr : « Que dis-tu, Vincent? Vois à quel état est réduit ton misérable corps. »

Vincent, fortifié par la présence de Dieu, répondit avec un joyeux empressement : « C'est là ce que j'ai toujours désiré; c'est ce que j'ai ambitionné de tous mes vœux; je n'ai point d'ami, môme parmi les plus chers, qui me veuille autant de bien que toi. Toi seul as répondu à mes désirs. Je me sens emporté vers le ciel; désormais, supérieur au monde, je méprise tes menaces. Surtout ne va pas diminuer ma gloire, ne porte pas atteinte à mon honneur. Serviteur de Dieu, je suis prêt à tout souffrir pour le nom du Sauveur. Lève-toi donc et livre-toi tout entier à l'inspiration de ta malice. Par la vertu de Dieu, tu me trouveras plus puissant dans les tortures que tu ne peux l'être, toi, dans l'office de bourreau. La cruauté qui t'anime fera ma gloire, lorsque mes supplices en auront triomphé. C'est ainsi que, dans mes souffrances, je serai vengé, et cette pensée augmente ma joie. »

Dacien se mit alors à rugir et à frapper à coups de bâton et de verges les bourreaux à sa solde. Les tortures furent suspendues pour un moment, c'était Dieu qui secourait son serviteur, tandis que le diable tourmentait les siens, je veux dire ceux qu'il tient sous sa dépendance.

Vincent prit la parole : « Dacien, s'écria- 1- il, que t'en semble? Voilà que je suis déjà vengé de la cruauté de tes

cslis qui loquiinini, sed Spirilus Palris veslri oui loquitur in vobis (Mail h. X, l'J, 20).

2i2 LA VIE VRAIMENT CHRÉTIENNE.

ministres; et c'est toi-même, au milieu des châtiments que tu m'infliges, qui m'as préparé cette vengeance. »

Aces mots, le ministre du diable, élevant la voix, pousse des cris féroces, il grince des dents, et tout en déchirant le martyr de Dieu, il se déchirait lui-même. Enfin, les bourreaux, que sa fureur avait excités, tombent d'épuisement ; le bras des licteurs est fatigué; à force de se lever sur le bienheureux martyr, il retombe impuissant et vaincu. Leur visage pâlit; la vigueur des plus forts s'éteint, des ruisseaux de sueur coulent de leurs membres et les énervent; leur poitrine essoufflée n'a plus qu'une respiration tremblante et pénible : on aurait cru qu'eux-mêmes subissaient la torture à la place du saint martyr.

Dacien est pâle de colère, sa poitrine est haletante, ses yeux sombres et menaçants; il crie aux soldats : « Que faites- vous? Je ne reconnais plus votre bras. Mais arrêtezvous quelques instants, reprenez vos forces; bientôt, soldats, renouvelés par un moment de relâche, vous recommencerez avec plus d'énergie le supplice d'un ennemi pervers. Les ongles de fer, devenus plus incisifs, iront sonder jusqu'aux organes de la vie que les côtes protègent, et la douleur, pénétrant profondément, "en arrachera, non plus des mépris, mais des soupirs. »

Le diacre Vincent répondit avec un sourire : « Conti-nue donc à torturer celui qui confesse sa foi, et n'arrête pas» je t'en conjure, tes violences contre moi; tu pourras du moins, par un instinct sacrilège sans doute, mais enfin tu pourras faire toi-même l'épreuve de la vérité, et reconnaître que son martyr est invincible. Toi qui veux me contraindre à proclamer dieux des idoles de bois et de pierre, tu leur serviras de témoin; pontife des morts, tu mourras. Pour moi, je ne sacrifie qu'au Dieu unique et vivant, qui est béni dans les siècles. »

Cependant, le préfet s'agite dans les accès d'une aveugle rage; son visage a perdu les traits de l'homme. Son regard mauvais, semblable à la flèche empoisonnée, plonge dans

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