‹ La vie vraiment chretienneChapitre 134 sur 309 · ut operaretur illum (Gen. ii · texte numérisé non relu

ut operaretur illum (Gen. ii

LA M'XESSITÉ de la GRACE ET DE LA PRIERE. ^.'j.']

faut, mais cela étant, vous deviendrez sùrennent savants.

Est-ce la richesse qui vous tente? Elle ne vous tombera pas du ciel comme un fruit mûr. Travaillez, livrez-vous au négoce, suivez toutes les règles d'habileté et de loyauté que comporte votre profession. Observez toutes les précautions qu'elle exige. C'est indispensable, mais généralement parlant, c'est efiicace. En un mot, répétons- le : pour obtenir un avantage quelconque, effort à poser comme condition tout à la fois nécessaire et ordinairement productrice de son résultat.

Or, parmi les biens de la vie, il en est beaucoup qui ne sont que vaine fumée et vanité passagère. La récolle n'empècbe pas le moissonneur de vivre dans la douleur et de mourir. La science ne donne pas la paix au savant, et surtout ne lui assure pas les trésors de la vie future. J'ai reconnu^ disait Salomon en parlant de cette science, qurn cela aussi étaient un travail et une affliction d'esprit^. La richesse ne suffit pas pour combler le désir de l'artisan, d'autant plus qu'à la mort il devra tout quitter.

Mais, parmi tant de faux biens, il en est un qui est réel, un qui à lui seul remplace la richesse, la science, toutes les joies de la nature et du temps, un qui nous donne en cette vie le trésor de la paix, et, dans l'autre vie, le trésor de la gloire. Ce bien, le seul réel ici-bas, c'est la grâce do Dieu : elle est pour notre àme ce que notre âme est pour notre corps, selon cette parole de saint Augustin : La r/> de notre corps c'est notre âme^ la vie de notre âme ccsl l)ieu'^\ grâce sans laquelle notre âme ne peut prononcer le nom de Jésus, comme notre corps sans son âme ne pont articuler la plus simple parole; grâce que Dieu nous ollYe, non pas une fois, non pas un jour, mais tous les jours de notre vie; grâce qui entoure les prédestinés, les suit par-

1. Et agnovi quod in his quoqiie esset labor et atlllclio spiriUis (Eccl. I, 17).

!>. Duiic vilac siint, iina corporls, altéra animne : sicut vila corpoiis anima, sic vila aniin<£ Deiis [\i\ Ps. i,\x, sonn. ii, c. 3).

tout, les anime, les renouvelle, les nourrit, les guérit, et finalement les poursuit jusqu'à leur dernier soupir.

Avoir pour soi la grâce de Dieu, Favoir toujours et toujours en abondance, c'est posséder à la fois tous les biens. Elle est pour les hommes un trésor infini, et comparé à elle, l'or le plus pur n'est que comme de la poussière. Au riche qui va mourir demandez s'il préfère qu'on ajoute une fortune à l'argent qu'il possède, ou qu'on lui procure la grâce d'un bon acte de contrition ; il devra vous répondre avec la Sagesse : L'argent devant la grâce est comme dé la boue ' .

Si cette grâce est une richesse si précieuse, il est clair, d'après nos précédentes explications , que l'homme pour l'obtenir devra poser une condition. Mais laquelle? Il semble que plus un bien est excellent, plus les conditions pour l'obtenir doivent être difficiles à remplir. Il en est effectivement ainsi dans l'ordre naturel. Une science plus relevée demande plus d'étude; un fruit plus délicat exige plus de culture ; et il faut travailler davantage pour acquérir une immense fortune que pour se créer un modeste patrimoine.

C'est par sagesse et par amour que Dieu a ainsi réglé l'acquisition des biens naturels. Car si ces biens faux et trompeurs étaient d'autant plus faciles à obtenir qu'ils sont plus attrayants; si la richesse et le plaisir pouvaient se moissonner sans travail et sans peine, c'en serait fait de nous, de notre Dieu, et de notre éternité. Nous serions plongés, pour n'en plus sortir, dans les choses du temps. Dieu a donc bien agi en ne nous vendant que très chèrement, et même en nous refusant parfois tout à fait ces richesses périssables.

En sera-t-il de même de la grâce divine? Oh non! Dieu est bon, il est infiniment bon, et c'est pourquoi cette grâce qui est le seul bien véritable, il la donne à profusion ; j'allais

1. ïanquam luturn eestiinabitur argentum in conspectu illius (Sap. VII, 9).

dire : il la donne pour rien. Je me trompe : ici comme toujours, il est une condition à remplir, mais, encore une fois, laquelle?

S'il fallait, pour obtenir une seule grâce, se livrer durant toute une vie au jeûne, aux macérations, aux veilles, nous ne devrions pas trouver le contrat trop onéreux. Si on annonçait aux damnés que désormais leurs souffrances seront comptées par la miséricorde, et qu'après un million d'années passées dans les tortures, ils obtiendront une grâce, une seule : celle de produire un acte de contrition parfaite, les blasphèmes de Tenfer se changeraient en éternelles actions de grâces. Mais ce que tous les tourments de l'abîme ne pourront obtenir, nous, sur la terre, nous pouvons l'avoir quand nous le voulons, et certes à moins de frais. Que faut-il donc faire? Pour nous enrichir de ce trésor de la grâce, pour obtenir que Dieu l'accumule chaque jour dans notre âme, sans relâche et sans mesure, que faut-il faire? Demandez et vous recevrez ^ Voilà la loi ; la voilà dans toute sa simplicité.

N'y a-t-il pas de quoi s'écrier : Seigneur, que vos décrets sont admirables et surprenants! Oui, mais plus surprenant encore est l'état d'esprit des pauvres mortels. 11 suffît de demander pour recevoir, et ils ne le font pas, et ils n'y pensent pas, et ils ne le savent pas; et quand ils l'ont appris, ils l'oublient; ou s'ils y pensent, ils n'en onl pas le goût. Le seul fait de tendre la main pour s'enrichir, d'ouvrir la bouche pour recevoir, leur coûte, hélas! ils s'en dispensent. Il y a bien des mystères en ce monde; ce mystère de la folie humaine compte assurément parmi les plus incompréhensibles.

Quoi qu'il en soit de cette folie, la loi existe : Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et ion vous ouvrira ^. Or, comme on le disait plus haut, toutes

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