Diliges proximiim tuiim sieut toipsum
280 LA VIE VRAIMENT CflRÉïIEiNNE.
Ta voulu notre Père céleste pour sa gloire comme pour notre bonheur.
Si donc nous nous aimons vraiment d'un amour de charité, notre âme voudra avancer dans l'amour de Dieu, elle voudra entrer dans l'éternité avec la grâce de Dieu, elle voudra mériter les récompenses de Dieu. La prétention de devenir roi sur la terre passerait pour une folie; mais celle de devenir roi dans le ciel, loin d'être une folie, est une .ambition légitime et obligatoire.
Voilà comment nous devons nous aimer; voilà aussi comment nous devons aimer le prochain. Il nous faut l'aimer, non pour nous, ni même pour lui, mais pour Dieu. 11 nous faut l'aimer en lui procurant autant et plus le bien de Dieu que le sien, c'est-à-dire non seulement son bien-être matériel, mais l'amour divin et le salut éternel.
Aimer le prochain pour Dieu, c'est désirer le ciel au prochain, pour lui assurément, mais plus encore pour Dieu, atin qu'il y ait en paradis de nouveaux élus occupés à le bénir et à l'aimer éternellement.
Dieu seul doit être le terme et Tunique fin de notre charité fraternelle. Quand nous avons au cœur l'amour de nos parents, nous aimons également nos frères et sœurs et nous les aimons non seulement parce qu'ils sont nos frères et sœurs, mais encore parce qu'en les aimant nous faisons plaisir à nos parents. Tous les hommes sont frères, car ils sont tous enfants adoplifs de la famille divine. Ils doivent donc s'aimer, non seulement pour eux-mêmes parce qu'ils sont frères, mais pour Dieu parce qu'ils sont ses enfants et qu'en s'aimant entre eux, ils font plaisir à leur Père du ciel. Quelle différence entre cet amour désintéressé, sublime, divin, et l'amour égoïste, rabaissé, humain, que l'on rencontre dans tant de cœurs!
Je rencontre un jeune prêtre et je lui demande : Où allez-vous? — Je quitte tout, me répond-il; je vais dans les déserts de l'Afrique au milieu des sauvages. — Que leur voulez-vous? — Je veux leur donner Dieu, la grâce de Dieu,
LES VERTUS TnÉOLOGALE?. 281
le règne de Dieu, l'amour de Dieu. — Pourquoi voulez-vous leur donner Dieu? — H y a trois amours dans mon cœur : l'amour de Dieu, je veux son bien, sa gloire, son règne; Vamour de moi-même, je veux sauver mon âme, je le veux pour Dieu et pour moi; V amour du prochain : ce prochain, je l'aime comme moi-même pour Dieu, je lui veux les mêmes biens, le même bonheur, le même ciel qu'à moi, je veux les lui procurer par mes paroles, mes exemples, mes prières, mes sacriûces, mon apostolat; je veux, toute ma vie, lui donner Dieu. — Allez, vaillant apôtre, ce triple amour fera votre bonheur, celui du prochain et celui de Dieu.
Entrons dans une famille; adressons-nous à la mère : Quelle est votre préoccupation? — Hélas I j'en ai beaucoup 1 — Quelle est celle qui domine les autres? — 11 y en a trois : DieU; que je veux avant tout aimer et servir; mon âme, qu'à tout prix je veux sauver et sanctiOer; l'âme de mon mari, de mes enfants, de mes domestiques, de mon entourage, qu'avec moi je veux donner à Dieu et conduire au ciel. — Et pour cela que faites-vous? — Je m'efforce de donner l'exemple de toutes les vertus ; j'adresse à l'occasion de bonnes paroles, des conseils chrétiens, des encouragements et même des réprimandes; je prie avec toute la ferveur dont je suis capable, je prie le plus que je puis, je prie môme en travaillant; enfin je souffre avec patience et avec résignation toutes les peines de la vie. — Courage et persévérance! Voire existence ainsi animée par la charité est vraiment chrétienne et sur ces hauteurs elle n'est presque plus de la terre mais déjà du ciel.
Telle est la charité fraternelle que nous devons nourrir dans nos cœurs chrétiens.
Hélas! cette charité surnaturelle rencontre des ennemis nombreux; il faut les combattre sans relâche et sans ménagement. C'est l'amour-propre qui ne songe qu'à soi, rapporte tout à soi et s'érige soi-même en idole; c'est le naturalisme, trop porté à aimer, mais dun amour tout humain, dangereux ou mauvais; c'est l'antipathie qui se monte, se