‹ La vie vraiment chretienneChapitre 157 sur 309 · Erilis sicut dii (Gcn. m · texte numérisé non relu

Erilis sicut dii (Gcn. m

il n'a pas été nécessaire de faire mention de la fausse connaissance que cet orgueil nous donne de nous-mêmes, car Févidence montre que l'homme est tout yeux pour se repaître du spectacle de sa propre excellence. Mais, dans l'analyse de l'humilité, la connaissance vraie de soi-même doit iigurer avant tout, car cette connaissance, pour remplacer le mensonge de l'orgueil, suppose déjà un grand effort de vertu.

L'homme humble commence donc par se connaître luimême. Pour cela il possède, en son âme, le trésor d'une lumière pure et intime. Elle lui révèle à chaque instant son imperfection et sa position de pure créature; elle le pénètre de ridée de Dieu, et lui fait dire dans le fond de son cœur : Dieu est celui qui est, et moi je suis celui qui n'est pas; je suis un petit être, et ce petit être vient de Dieu. Je suis une chose de Dieu!

Par le bienfait de cette première lumière, l'homme humble sait aussi qu'imparfait et défectueux, il doit vivre dans la dépendance et de Dieu et des hommes; que le Créateur lui a déterminé une place dans le monde; qu'à cette place, il doit se soumettre à une foule de supérieurs.

Cette lumière lui fait voir clairement son infériorité; au lieu de se croire le premier, il se reconnaît le dernier et le plus misérable des hommes.

Enfin, elle lui fait comprendre que la privation d'honneur est son partage, que les louanges doivent se terminer non à sa personne, mais à la gloire de celui qui est l'auteur de son être.

U humilité de la volonté, qui suit celle de l'intelligence, est Vamour véritable de iiotre abjection. Non content de connaître sa misère, on l'accepte volontiers.

Cet amour est bien juste et bien légitime. Sans doute, Tabjection en soi n'est pas une chose aimable. On peut cependant parvenir à l'aimer quand on voit en elle un moyen de faire plaisir à une personne chérie. La mort est terrible en elle-même, néanmoins les martyrs l'ont désirée

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ardemment parce qu'ils y trouvaient le moyen d^être agréables à Dieu.

Or, il est clair que rien n'est plus agréable à Dieu que de pouvoir s'adresser à lui-même ce langage : Moi seul, je suis l'être incréé, et tous les autres sont obligés de se soumettre comme créatures dépendantes de moi! Gonséquemment, un des plus grands plaisirs que l'homme puisse faire à Dieu, c'est de s'établir dans sa bassesse, de la reconnaître, de l'accepter, de l'aimer pour l'amour de son Créateur.

C'est ce que réalise l'homme humble. Il aime, il chérit, il savoure son abjection renfermée tout entière dans cette idée : Je suis une créature, Dieu est mon Maître ! Il entretient, il nourrit, il goûte cette lumière et la goûte pour l'amour de son Seigneur.

Le premier effet de cet amour, est d'aimer notre imperf ce lion, non pas en tant qu'imperfection, mais en tant que cause de la gloriflcation divine. L'homme humble se délecte à se regarder comme petit, à considérer que Dieu seul est grand, que Dieu seul mérite d'être glorifié ; et, chaque fois que sa propre bassesse se révèle de quelque manière, c'est pour lui un nouveau sujet de joie spirituelle.

Un deuxième sentiment du cœur humble, c'est l'amour de la dépendance. Reconnaître, avouer et subir l'empire de Dieu, des hommes et de toute créature à cause de Dieu, c'est pour lui uae jouissance; et le principe de cette jouissance, c'est qu'il y a en cela un abaissement, un abaissement avantageux à la gloire du Créateur.

En troisième lieu, le cœur humble aime là supériorité dans les autres et Vinfériorité en lui-même; plus il est bas. mieux il se trouve : il désirerait, si c'était possible, la dernière place parmi tous les hommes. Pourquoi? Encore une fois, parce qu'il y a de la bassesse et qu'une bassesse reconnue et acceptée est une chose infiniment glorieuse et agréable au Seigneur.

Enfin l'homme humble aime et désire la privation des honneurs. Si les créatures lui en procurent, loin de s'en

attribuer la plus petite parcelle, il les rapporte entièrement à Dieu avec un soin extrême, et ne se réserve que l'avilissement. Si, au contraire, on l'oublie ou le méprise, il prend cette confusion pour lui seul, et il la choisit toujours parce que rien ne procure plus de joie à Dieu qu'une créature reconnaissant et acceptant le rebut. Voilà l'humilité.

Voici son langage : Je ne suis qu'une créature et qu'un néant; conséquemment, à Dieu toute la gloire et à moi toute l'abjection : abjection de l'imperfection, abjection de la dépendance, abjection de l'infériorité, abjection de la privation d'honneur. J'accepte et je chéris ce partage; je veux qu'il soit le mien parmi les hommes !

On peut distinguer plusieurs espèces d'humililé : il y a l'humilité de la créature, l'humilité du pécheur, l'humilité du chrétien, l'humilité de l'apôtre.

Comme créature^ l'homme humble reconnaît et aime en sa personne, pour la gloire de Dieu, la bassesse du néant, et cette bassesse comprend la condition de n'être rien par soi-même, de n'être parfait en quelque chose que par Dieu, d'être dépendant de Dieu et des supérieurs naturels, d'être inférieur à beaucoup de créatures, d'être honoré avec mesure et pour Dieu.

Comme pécheur^ l'homme humble reconnaît et aime encore en sa personne, la gloire de Dieu, la honte du péché. Cette honte comprend l'ignominie d'être pire que rien, c'est-à-dire mauvais uniquement par sa propre faute; d'être dégradé, gâté par sa faute; d'être dépendant de toute créature; d'être au-dessous de toute créature; d'être méprisé, et même maltraité.

Comme chrétien^ l'homme humble songe que Jésus-Christ a supporté en lui-même toute l'humiliation due à la créature et au pécheur. Cette vérité le porte à aimer son abjection doublement : à cause de Dieu, et surtout à cause de la ressemblance avec Jésus-Christ, il lâche de pousser l'abjection aussi loin qu'il le peut convenablement.

Comme apôtre, l'homme humble songe que les humi-

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liations ont été pour Jésus-Christ un des principaux moyens de sauver les hommes; que lui, coopérateur de Jésus- Christ, doit ressembler à son Maître. Un tel souvenir l'enllamme pour la recherche de ce qui abaisse.

Remarquons que cette recherche doit être mesurée par la prudence et réglée par la charité : dans ses manifestations extérieures, il est nécessaire qu'elle consulte en tout la volonté de Dieu.

De même que l'orgueil est toujours accompagné de la dureté, de môme l'humilité entraîne toujours avec elle la douceur. L'homme humble, ne voulant d'abaissement que pour lui et de gloire que pour Dieu, ne rencontre rien icibas qui ne corresponde à ses pieux desseins. C'est pourquoi un tel homme est toujours doux, toujours sans fiel, sans colère, sans mécontentement, sans impatience. Cette douceur se conforme au tempérament; chez les uns, elle est douceur aimable; chez les autres, elle est douceur plus réservée; chez tous elle est toujours douceur; douceur dans les jugements, douceur dans les paroles, douceur dans les sentiments, douceur dans les procédés.

§ III. — L'humilité, fondement de la vie vraiment

chrétienne.

Un problème ascétique, assez embarrassant, préoccupe parfois les âmes : Quelle est la vertu la plus fondamentale? Est-ce l'humilité? Est-ce la foi?

Si nous consultons, sur cette intéressante (juestion, les Docteurs de l'Église, nous trouvons, à première vue, leurs réponses contradictoires : selon les uns, c'est la foi ; selon les autres, c'est l'humilité. Quelques citations nous feront constater leur divergence de sentiments.

La foi, dit saint Augustin, est le fondement de tous les hiens et le commencement du salut de l'hommf ' .

1. Fides est bononim omnium fundamontum... Iiumaiia^ saliitis inilium (S. Aug. De fide ad Pelruin. Prologus).

La foi, affirme à son tour le concile de Trente, est le principe du salut de l'homme; c'est le fondement et la racine de toute justification; sans elle, il est impossible de j^laire à Dieu ^ .

En(in, le Saint-Esprit lui-même ne nous enseigne-t-il pas, par Torg^ane de saint Paul, que personne ne doit mettre d'autre fondement que celui qui est déjà posé, c'est-à-dire Jésus-Christ '-? L'Apôtre déclare d'autre part aux chrétiens qu'ils doivent être fondés dans la foi ^.

Ces témoignages sont décisifs et font conclure que le fondement de toute vie chrétienne consiste dans la foi.

Cependant il en est d'autres en faveur de l'humilité, qui sont aussi d'une haute valeur. Voulez-vous être grand? s'écrie saint Augustin, commencez par vous abaisser. Avez-vous le projet d'élever un édifice à une altitude extraordinaire, préjoarez avant tout le fondement de l'humilité. Plus la masse qu'on se propose de superposer à la base doit être pesante et monter haut, plus on creuse j^^^o fondement les fondations. La maison, à mesure qu'elle se construit, gagne en hauteur ; mais pour creuser les fondations, il a fallu descendre dans les bas- fonds; et ainsi tout édifice, avant de s'élever , commence par s'enfoncer en bas, et l'élévation ne lui vient qu'à la suite de l'humiliation ^.

Saint Bernard ajoute : L'humilité est le fondement et la gardienne des vertus^'.

1. Fidesest humanœ salutis initium, fundamentum et radix omnis justificalioiiis : sine qua impossibiie est placere Deo (Conc. Trid. sess. VI, cap. 8)

2. Fundamentum aliud nemo potest ponere preeter idquod positum est, quod est (Mirislus Ji^sus ([ Cor. m, 11).

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