S(î|tulcrum patins est giiltur corum (Ps. v
3. Infelix ego hoino! Quis me liberabit de corpore niortis hujus (Rom.
MI, ro.
Si l'exlraction réussit, l'homme est sauvé. Le péché nous a fait une affreuse blessure. Au fond de cette plaie, au centre de notre âme, se trouve un fer empoisonné; c'est rinstinct du vice qu'on ne nomme pas. Otez, quoi qu'il en coûte, ôtez ce dard envenimé; remplacez le vice humain par la pureté angélique, et le ciel est à vous.
Je sais qu'il est d'autres péchés qui conduisent en enfer; qu'on rencontre, dans ce séjour du crime, des orgueilleux qui ont été vierges, des avares qui n'ont eu d'autre passion que celle de l'or, des démons humains qui se sont contentés du plaisir de la vengeance et de la haine. Mais les damnés de cette sorte sont des êtres exceptionnels. Le mal, le grand mal qui tue les âmes, et qui les engloutit dans le gouffre de la vraie mort, c'est le péché que tout homme connaît et dont toute bouche pudique refuse de prononcer le nom.
Ce péché, je l'appellerais volontiers le second et le dernier péché.
Le second péchéy parce que, sinon par les chutes qu'il provoque, au moins par les assauts qu'il livre, il est la punition immédiate et presque inévitable de tous les autres désordres. Dieu dit à Caïn : Si tu fais mal, aussitôt le péché viendra frapper à ta porte ^ . Comme Caïn, faisons le mal; laissons -nous aller aux intempérances de la langue, et que cette langue déchire le prochain; presque infailliblement nous serons secrètement punis par le réveil du grand péché, par des tentations redoutables. Laissons à nos yeux la liberté, flattons notre palais, permettons à notre cœur des affections déplacées, accordons-nous les superfluités du luxe et le plaisir des fêtes mondaines; en rentrant chez nous, ou en rentrant en nous-mêmes, nous trouverons le serpent; nous entendrons ses sifflements; nous éprouverons les effets de son infernale fascination.
C'est l'histoire répétée de nos premiers parents, prin-
1. Si raale egeris, slatim in fotibus peccatum aderit (Gen. iv, 7).
cipes et types de l'humanité tout entière. Chez eux aussi, le péché dont nous parlons a été le second péché. Ils ont voulu manger du fruit défendu; cette liberté coupable a déchaîné le monstre. A leur exemple, cueillons sur l'arbre des plaisirs mondains n'importe quel fruit, et mangeons-le : inévitablement nous sentirons le feu s'allumer dans nos veines.
Second péché, le vice dont nous parlons est en même temps le dernier. Nous faisons ici allusion à une des plus lamentables misères de la pauvre humanité, et celte misère la voici : on rencontre des hommes, des chrétiens vertueux pour tout le reste, mais qui, sur ce point, ont le malheur d'être faibles. Leur vie ressemble à un arbre fécond en fruits de bonnes œuvres; mais au fond de celte vie, il est resté un ver rongeur, un ennemi solitaire qui empoisonne le temps et menace l'éternité.
Si quelqu'un de ces malheureux lit ces lignes, il dira : Je comprends! Oui, vraiment ce péché est le dernier; je ne puis pas m'en délivrer; et s'il reste, tout est perdu malgré l'excellence de mes autres œuvres !
L'apôtre saint Paul a une doctrine qui se rapporte à ce sujet. Il s'est écrié un jour : Quand j'aurais toute la foi jjossible jusqu'à transporter les montagnes, si je n^ai point la charité, je ne suis rien,' et quand je distribuerais toutes mes richesses pour secourir les pauvres, et quand je livrerais mon corps pour être brûlé, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien^. Que dites-vous là, ô grand apôtre! Est-il possible de donner tout son bien aux pauvres et de n'avoir pas la charité? Peut-on avoir une foi à transporter les montagnes et n'être pas bon chrétien? Peut-on livrer son corps aux tortures des bourreaux sans être l'ami de Dieu? Oui, on le peut, et cela se voiL On rencontre des
1. Si habueio omnem fidein ila ul montes transferani, charitalein autom non liabuero, niliil sum. Et si dislribuero in cibos [tauperiiin oinnes tacullates meas, ci si tradidero corpus meum ita ul ardeam, charilatcm autern non habuoro, nihil mihi prodcst (l Cor. vm. 2-4).
hommes de foi, des hommes de zèle, des hommes de bons désirs et de bonnes œuvres, qui secrètement sont faibles et vaincus. Il leur reste un péché, ils sont tyrannisés par ce dernier péché; et, pour tout dire en un mot, quoiqu'ils soient hommes de bien, ils n'ont pas la charité parce qu'ils n'ont pas la chasteté.
Ce lri.>te secret de la vie humaine devrait nous faire verser des larmes. Le Prophète-Roi a connu ce désordre, il a senti ce malheur. Comparant à une vigne ravagée ces âmes que le dernier péché possède, il s'écrie : Un sanglier venu de la forêt Va détruite; une bête solitaire Va dévastée \ Ce sanglier sauvage, cet ennemi qui reste seul, c'est le vice que vous savez, c'est le dernier péché, celui qui, de tous le plus opiniâtre, jusqu'à la fin s'acharne sur sa victime.
Voilà pourquoi les saints, avertis par l'esprit de Dieu et éclairés sur la réalité des choses humaines, n'ont pas craint d'affirmer que le sort des sociétés comme des individus dépend surtout de la chasteté; et saint Alphonse, après de longues années d'expérience dans le ministère des âmes, n'a pas hésité à prononcer sur ce sujet une parole étonnante que nous recommandons à votre attention, ô vous qui nous lisez : Sur cent damnés, quatre-vingt-dix-neuf le sont à cause de Vimpureté et le centième ne Vest pas sans elle'^.
S'il en est ainsi, que penser de la légèreté des hommes? Si nous étions sages, un mal aussi épouvantable, un mal qui précipite dans l'abîme des milliers de malheureux, serait l'objet de nos haines et de nos saintes fureurs; et la vertu qui sauve, la très sainte et toute céleste chasteté occuperait incessamment nos pensées et nos cœurs.
Nous devrions, et pour nous-mêmes et pour ceux de nos
1. Exterminavit eam apcrde silva; et singularis férus depastus est eam
(PS, LXXIX, i4),
2. Non dubilo asserere, ob hoc unum impudiciliae vilium. aiit saltern non sine eo, omnes dainn.iri quicumquc damnantur (Theol. Mor. lib. 111, n" il.3}.
LA CUASTETÉ. 300
semblables auxquels nous nous intéressons, être sans cesse préoccupés de ce grand souci : celui de la pureté. Le cri constant de notre cœur devrait être ce mot : Pourvu que je sois et que je resle chaste I Si la Providence, en nous confiant le sacerdoce de la famille, nous a donné des enfants à élever, ou bien si, revêtus d'un sacerdoce plus sublime encore, nous avons été députés par Dieu pour sauver les âmes, il n'y aura de vraie sagesse en nous, sachons-le bien, qu'autant que nous comprendrons le grand secret de la vie, donnant la meilleure et majeure partie de notre sollicitude à la conservation ou au retour de la chasteté dans les cœurs.
Heureux le chrétien qui pense à sa pureté! Heureux les parents qui tiennent compte du grand trésor et du grand danger de leurs enfants! Heureux les pasteurs qui, ne se repaissant pas d'illusions, font de la grande affaire de la vie la grande préoccupation de leur zèle! Mais plus heureux encore ceux qui, amis de la pureté, savent à qui il faut la confier pour la conserver, ou la redemander quand on a eu le malheur de la perdre I
Celui qui nous a raconté, avec les origines de l'humanité, l'histoire de ce lamentable fléau, nous a révélé en même temps l'existence du remède. Moïse nous rapporte que, s'adressant au serpent. Dieu lui dit : Tu dresseras des embûches à V homme, et tu voudras le mordre au talon ^ . Mordre l'homme au talon, c'est l'attaquer d'en bas, pour le faire tomber dans la poussière ou dans la boue. Tel est le genre de guerre que l'ennemi de tont bien nous fait incessamment. Il nous mord au talon, en nous inolestint par mille tentations basses et ignominieuses. Mais écoutez la parole qui précède : Le Seigneur dit encore au serpent : J'établirai des inimitiés entre toi et la femme, et c'est elle qui te brisera la téle^. Ces paroles signifient qu'entre la