‹ La vie vraiment chretienneChapitre 177 sur 309 · LA PÉNITENCE, GUERRE AU PACTE AVEC TOUT PÉCIJÉ · texte numérisé non relu

LA PÉNITENCE, GUERRE AU PACTE AVEC TOUT PÉCIJÉ

cœur humain, entre la soif du salut et la soif du plaisir. On ne veut renoncer ni au ciel ni au mal, et pour tout concilier on pactise en s'écriant : Va pour le péché! Plus tard nous nous convertirons!

Cette coupable transaction revêt des formes multiples.

Tantôt c'est le pacte du délai. Comme on vient de le dire, le cœur, pour se tranquilliser dans un présent coupable, se promet un avenir innocent. Innombrables sont les âmes qui, secrètement, en sont là. A chaque instant elles tremblent parce qu'elles pèchent. A chaque instant aussi elles se rassurent parce qu'elles spéculent sur le lendemain. Il y a là un calcul qui se refait chaque jour; et c'est ainsi que la vie se compose trop souvent de faiblesses et d'espérances également opiniâtres.

Parmi les conciliateurs qui arrangent les choses de cette façon, il en est beaucoup dont la prétention atteint la limite extrême, et qui dans leur cœur parlent de la sorte : J'entends bien pécher jusqu'à mon dernier jour; mais ce jour-là je reviendrai à Dieu.

C'est le pacte de la conversion à la mort. Parce que l'on sait, à ne pouvoir s'y tromper, que cette mort produit nécessairement une impression profonde sur ceux que sa main vient d'atteindre, on s'assure qu'on profitera de cette impression inévitable pour faire volte-face et se retourner du côté droit après avoir passé toute sa vie à gauche. Entrez dans le secret des cœurs, étudiez-les, écoutez-les; et dans beaucoup d'entre eux vous entendrez ce funeste refrain qu'ils se chantent à eux-mêmes : Après avoir mal vécu, je prétends bien mourir.

Vient ensuite la pacte du pénitent sans pénitence. Je pèche, mais je me confesse : voilà son langage. Ce langage serait légitime si l'on pouvait ajouter: Et, en me confessant, je m'améliore. Mais quanâ il faut s'avouer à soi-même que les confessions annuelles ou semestrielles ou mensuelles n'amènent jamais aucun changement, incontestablement il y a transaction; c'est celle des ri'cidifs. Ceux-là spéculent.

non pas précisément sur Tavenir, mais sur des absolutions mal reçues.

il est un autre pacte plus fréquent peut-être que tous les autres; c'est celui de U occasionnaire . On pourrait l'appeler l'illusion de la cause sans son effet. Je marcherai sur le feu, mais je ne me brûlerai pas ; je toucherai la poix et je ne me salirai pas; je boirai le poison et je ne mourrai pas. Je fréquenterai telle personne qui me porte au péché, mais je ne pécherai pas; j'habiterai telle maison où se trouve pour moi la mort, mais je vivrai; je me permettrai tel plaisir mondain qui tue ses partisans, mais je ne serai pas même blessé; en un mot, chez moi, la cause du péché ne produira pas de péché. Voilà l'occasionnaire.

Vient enfin le pacte de la tiédeur. On ne veut ni se gêner ni se damner. Que fait-on? Pour vivre à l'aise sans mériter l'enfer, on se jette sur la liberté des péchés véniels, et l'on s'en donne à cœur joie en fait de médisances, de jalousies, de vanités coupables, de gourmandises raffinées.

Et c'est ainsi que, d'une manière ou d'une autre, un pacte secret désorganise l'existence d'une foule de chrétiens; les uns comptant sur le lendemain, les autres espérant en la mort, d'autres se confessant sans bon propos, d'autres aimant le péril et comptant y échapper, d'autres enfin pesant le péché pour se le permettre quand il n'est pas trop grave.

Or, saint Alphonse, déclarons-le franchement, est peut-être le plus sévère ennemi des pactes que l'Église de Dieu ait jamais vus surgir parmi ses plus illustres défenseurs. Sous ce rapport, on pourrait l'appeler le docteur intransigeant : non pas, hâtons-nous de le dire, qu'il rejette impitoyablement et damne sans merci tous les malheureux qui pactisent; oh non! mille fois non! au contraire il les accueille, il les encourage, il les réconforte; mais jamais il ne pactise avec eux. Mille fois, s'il le faut, il répétera à l'occasionnaire : Ou tu quitteras l'occasion ou tu n'auras pas ton pardon. Cette leçon il saura la donner avec une patience angélique et l'adoucir avec une suavité sans pareille, mais il la redira

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telle qu'elle est, sans jamais Taltércr, sans jamais biaiser.

L'Écriture nous parle beaucoup des faux prophètes dont le langage est mensongèrement conciliant : Ils ont panse, raconte Jérémie, les plaies de la fille de mon peuple d'une manière honteuse, en disant : La paix! la paix! lorsqu'il nij avait point de paix*. Et Ézéchiel complétant cette pensée, ajoute : Ils ont séduit mon p)euple en lui annonçant la paix lorsqu'il n'y avait pas de jjaix; lorsque mon peuple bâtissait une muraille, ils l'ont enduite uniquement de boue sans y mêler de la paille-.

Par ces paroles mystérieuses l'Esprit de Dieu stigmatise les principes et la méthode de ces trop nombreux ministres du Seigneur qui, soit manière superficielle d'envisager les choses, soit excessive bonté de cœur, soit prudence trop humaine, soit disposition plus blâmable encore, se font les apôtres et les partisans d'une fausse paix entre le monde et l'Évangile.

Les hommes de cet esprit ont le goût des transactions scabreuses. On les voit pactiser avec les pactes et transiger avec ceux qui transigent. Si un chrétien aime le danger, c'est-à-dire le spectacle suspect, la danse trop libre, le livre séduisant, trop facilement ils lui permettent l'usage de ce poison tout en lui promettant la santé; et, quand ils ont à surveiller dans une âme TédiGce du salut, les murailles construites n'ont d'autre ciment que la poussière.

Saint Alphonse est allé se placer aux antipodes de celte doctrine ; et là il ne fait que répéter et appliquer les paroles du Maître : Si votre œil vous scandalise, arrachez-le '•/ jeiez-le loin de vous; si votre bras vous scandalise, conprz-lr et jetez-le loin de vous^.

1. El curabant contrilioncm (iliœ popiili mei cum ignominia, iliconlos Pax, pax! et non crat pax (Jer. vi, 14).

2. Eoquod dccepcrint populum ineum, diconles : Pax, et non est pax; (>t ipse icdificabat parietcni, illi aiileni liniobant oiini Iiito absquc palci^ (Ez. XIII, 10).

3. Si oculus tnus scandalizat le, eriio euni ot |)rojico abs lo; si nianiis tua scandalizat te, abscide eam et projice abs le ■ Mallb. wiii, 8, 9).

Dans cette guerre acharnée contre les pactes, il fait surtout manœuvrer quatre batteries également puissantes : d'abord la doctrine du prédicateur; ensuite la tactique du confesseur; puis la loi du pénitent; enfin le système du théologien.

Examinons l'une après l'autre ces quatre armes triomphantes, trempées et aiguisées avec la patience et le génie d'un guerrier consommé dans son art.

Et d'abord la doctrine du prédicateur.

Quand on veut battre sérieusement en brèche un désordre moral, il faut commencer par rectifier sur ce point les erreurs qui ont cours et les remplacer par la vérité. Car, malgré les efforts que tentent les hommes pour vivre, comme le cheval ou le mulet qui n'ont pas V intelligence \ l'animal chez eux reste bon gré mal gré raisonnable, et on a à moitié réussi à les faire bien vivre quand on est parvenu à les faire bien penser.

Voilà pourquoi notre Saint, voulant combattre à outrance le fléau des transactions avec le mal, s'est attaché à réunir contre lui toutes les forces de la doctrine catholique.

Voici sur ce point ses pensées principales, puisées aux plus pures sources de la tradition.

La miséricorde de Dieu, dit-il, n'est assurée qu a ceux qui le craignent. S'il n'en était pas ainsi, ce grand Dieu deviendrait le fauteur du désordre. Oui, si le téméraire qui le brave pouvait s'écrier, au moment même de son crime : Je suis sûr de mon pardon ! il n'y aurait plus de barrière à la licence humaine. Mais il n'en va pas de la sorte, grâce k la sagesse divine. Pour compter sur elle et sur son indulgence, il faut éviter de la blesser et cultiver la crainte.

Or, poursuit le saint Docteur, le pacte avec le péché est la contradiction et la contradiction la plus formelle de cette crainte de Dieu. Le crime arraché à la faiblesse est

1. Nolite fieri sicut equ-us et mulus quibiis non est intelleclus (Ps. XXXI, 9).

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