LA PÉNITENCE, GUERRE AU PACTE AVEC TOUT PÉCUÉ. X
Encore une fois, dira-t-on, c'est du jansénisme; ce sont les sacrements rendus inabordables. Puisqu'on répète Taccusation, répétons la réponse. Ah ! si saint Alphonse, parlant du pénitent qui pactise, ordonnait de lui fermer la porte sans merci et de le renvoyer sans explication, oui, ce. serait un rigorisme mortel. Mais non! le confesseur qui ordonne une rupture ou qui reprend un récidif doit s'épuirer en industries de tout genre pour amener à vouloir ce qu'il fait faire et pour persuader ceux auxquels il commande. Dès lors c'est la charité, parce que c'est une action douce et forte, imposant à l'homme la libre nécessité de se délivrer du mal.
A cette tactique du confesseur vient se joindre, dans la vie chrétienne telle que l'enseigne Alphonse, la loi du pénitent. D'après lui il est entendu que, si on ne fait rien ou presque rien pour quitter le péché ; si on s'obstine à vouloir la cause sans l'effet, c'est-à-dire l'occasion sans la faute, il faut avoir la loyauté de se juger soi-même actuellement inapte au pardon. C'est dur, mais c'est bon; et il vaut mille fois mieux rester ennemi et le sentir, que se croire réconcilié quand on ne l'est pas.
A la loi du pénitent, à la tactique du confesseur, à la doctrine du prédicateur, Alphonse, pour lutter contre les pactes criminels, ajoute le système du théologien. L'Église impose à tous les catholiques l'unité dans les choses nécessaires; elle laisse la liberté dans les questions douteuses. Cette liberté, notre Saint la rend captive de la charité. Il ne veut pas qu'on se croie autorisé à suivre une opinion par le seul fait qu'elle est spéculativement probable, si cette opinion a l'inconvénient d'exposer l'ûme à s'allier avec le péché. Si, par exemple, on prétend que telle ou telle danse, tel ou tel spectacle ne sont pas intrinsèquement mauvais, du moment qu'ils conslituont un péril sérieux et prochain, le saint Docteur ne veut pas qu'on érige en principe qu'il y a liberté absolue do s'accorder ces plaisirs dangereux. D'après lui les opinions suspectes peu-
vent plaire à la science de certaines gens, mais elles doivent déplaire à leur conscience.
Résumons-nous. La sagesse veut qu'on ne coure pas le risque de mourir en état de péché; pour ne pas courir cette chance redoutable, il faut éviter les pactes avec l'offense de Dieu, parce qu'ils irritent la miséricorde du Seigneur et provoquent sa justice; par conséquent, la lutte acharnée contre ces pactes téméraires est une des lois fondamentales du chrétien; on les combat par une sainte intransigeance dans la doctrine, dans la pratique de la pénitence, dans le choix des opinions'; et saint Alphonse, en s'attachant à ces points essentiels, a prouvé qu'il était maître consommé.
Heureux donc ceux qui suivent ses enseignements salutaires! S'ils les prennent comme règle de leur conduite personnelle, ils ont l'espoir fondé d'être sanctiûés; s'ils les suivent dans leur apostolat, ils auront la gloire de sanctifier aussi les âmes.