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LA PERFECTION DE LA PÉNITENCE

Qu'il nous soit permis de le dire immédiatement : Quand on commence à vieillir et que, par vocation, on a été appelé à voir ce qui se passe dans le monde des âmes, on est mieux à même de comprendre ce qui leur est le plus profitable.

Nous souffrons trop d'être pécheurs pour ne pas être avides du pardon. Hélas 1 nous gâtons le moyen qui le donne : nous ne sommes pas de vrais pénitents.

Où se trouve la véritable pénitence? En quoi consistet-elle? Jésus-Christ n'a pas omis de nous l'enseigner, car voici le langage qu'il a daigné tenir en parlant de l'illustre pénitente sainte Madeleine : Beaucoup de péchés lui ont été

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'pardonnes parce qu'elle a beaucoup aimé \ Ces paroles renferment la perfection même de la pénitence. Ce sujet est un des plus essentiels et des plus avantageux à la vie vraiment chrétienne.

Nous disons : perfection de la pénitence. Par ce mot, il ne faut pas entendre les austérités extérieures, les mortilications pratiquées par les moines du désert, mais bien une vertu intérieure qui s'en prend au péché lui-môme pour des motifs parfaits.

Du resle, afin d'être bien compris dans cette matière, voici Tordre que nous suivrons. Nous avons dessein d'examiner : le principe de la perfection de la pénitence, l'extension de cette vertu, ce qu'elle est dans le sacrement de pénitence, et enfin ses fruits. Nous terminerons par quelques conseils.

Premièrement, le jrrincipe de la perfection de la pénitence. Si nous avions l'habitude de juger les sentiments de notre âme, nous verrions que, la plupart du temps, nous allons au saint tribunal, nous y formulons l'acte de contrition par un principe qui concerne l'espérance ou la crainte : Je veux me sauver; je veux me débarrasser de mes péchés parce qu'ils nuisent à ma conscience I Assurément, on ne peut pas prétendre que cette contrition soit mauvaise. Elle se nomme attrition ou contrition imparfaite; il faut se garder de la condamner.

Il y en a une autre encore plus imparfaite que celle-là, mais bonne é^^^alement. C'est celle qui fait dire : Je regrette mes fautes parce qu'elles me pèsent sur la conscience, parce qu'elles m'ont dépouillé de l'éclat de la grâce I II y a beaucoup d'égoïsme dans ce langage, mais Dieu est si bon qu'il va jusqu'à s'en contenter à défaut d'autre.

La pénitence parfaite est celle qui d pour principe la charité. Une comparaison fera mieux saisir notre pensée. Voici

1. Remiltuntur ei peccala inulla, quoniam diloxit multinn (Luc. vu,

un fils, c'est l'enfant prodigue dont parle l'Évangile. II quitte la maison paternelle et s'en va bien loin dissiper sa part d'héritage. Réduit ensuite à la dernière misère et saisi parle remords, il vient se jeter aux pieds de son père, et là, il demande pardon. Qu'à ce moment, ce père l'interroge pour connaître le motif du repentir! Si l'enfant répond qu'il est triste d'avoir fui la maison paternelle parce qu'il y trouvait l'abondance, ce motif, quoique inférieur, suffira pour lui obtenir le pardon. S'il assure être triste uniquement pour avoir fait de la peine à son père, quelle joie ! Ce ne sera plus le simple pardon, mais un débordement d'affection : on verra le père ouvrir les bras et serrer ce fils sur son cœur.

Cette comparaison nous donne la différence qui existe entre la pénitence parfaite et la pénitence imparfaite : celle-ci procède d'un principe d'attrition, celle-là d'un principe de charité.

Mon Dieu, séciie la première, je vous demande pardon de mes fautes parce qu'elles m'ont causé du dommage, parce qu'elles m'ont mérité l'enfer, parce qu'elles ont nui à ma perfection, parce qu'elles ont diminué mes mérites en diminuant vos grâces! Ce sentiment, si égoïste soit-il, n'est pas mauvais, nous aimons à le répéter; il est même si précieux qu'il suffit, si l'absolution le rencontre, pour effacer le péché.

Toutefois, hâtons-nous de l'ajouter, il ne saurait être suffisant pour une âme vraiment chrétienne. Celle-ci devine bien que Notre-Seigneur pourrait lui répondre par ce reproche : Mon enfant, tu ne songes qu'à toi! Ne suis-je pas ton père? Ce que j'attends de ton cœur qui veut être pardonné, c'est une parole d'amour. Dis-moi donc : Mon Dieu, ma principale douleur, c'est de vous avoir fait de la peine! Votre chagrin, voilà ce qui me met à genoux à vos pieds, voilà ce qui m'oblige à me frapper la poitrine. Quant à mes intérêts, ô Père si bon, je n'y pense pas ou je n'y pense qu'après avoir pensé d'abord à vous!

C'est la pénitence parfaite, celle qui naît de la charité.

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