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LA PERFECTION DE LA PÉNITENCE. 3:")C

Et, remarquons-le en passant, cette charité remplit ici deux rôles : elle inspire le regret et elle fait faire pénitence.

Réjouissez-vous donc, pieux lecteur, de pouvoir procurer tant de plaisir à Dieu, car, c'est la vérité, la pénitence parfaite est un acte de regret inspiré par l'amour. Chaque fois que vous allez à confesse en vrai pénitent, vous faites donc une démarche d'amour.

Il faut que vous sachiez une vérité que nous ne savons malheureusement point ou pas assez : de tous les tributs que nous devons offrir à Jésus-Christ, nous pécheurs, celui qui le touche et le réjouit davantage c'est le tribut de la pénitence parfaite. Mon Dieu et mon Rédempteur, je vous aime et parce que je vous aime, je regrette de tout mon cœur de vous avoir fait de la peine ! Cette parole, oui, Jésus la préfère au jeûne, à la mortiflcation, à l'adoration, à la prière elle-même. N'a-t-il pas raconté à l'avance la fête qu'il organisera dans le ciel pour l'âme pénitente? N'a-t-il pas choisi d'être lui-même comme le pénitent par excellence? N'y a-t-îl pas des saints qui doivent toute leur sainteté à la pénitence? Voyez les solitaires; enfoncés dans leur immense isolement, ils ne communiaient jamais ou presque jamais, la pénitence, semble-t-il, a suffi pour les sanctifier.

Attachons-nous donc, âme chrétienne, â ce tribut préféré de Dieu. Que notre vie soit une vie de pénitence parfaite! Aimons à revoir notre passé pour y découvrir des péchés commis il y a vingt, trente, quarante années. Nous les mettrons aux pieds de Jésus, nous les pleurerons, nous demanderons pardon coup sur coup à notre bon Sauveur; il en éprouvera un tel plaisir que sa voix nous dira bientôt intérieurement : Beaucoup de péchés te sont pardonnes parce que tu m'aimes beaucoup !

Je demandé à Dieu une bénédiction spéciale sur ces lignes et sur celles qui vont suivre, car ce suj^t est capital pour toutes les âmes qui ne veulent pas se contenter de médiocrité en fait de vie chrétienne.

Expliquons deuxièmement Vextrnsion de la pénih'nre

parfaite. Ce point touche un des secrets les plus intimes de l'histoire des âmes. Remarquez-le, et ceci est très palpable, si la pénitence est imparfaite, si elle est uniquement intéressée comme il vient d'être montré, elle reste, par une conséquence logique, presque toujours incomp/è^e. En effet, quand on ne songe qu'à soi, on regrette bien certaines fautes où il y va de notre malheur, mais on conserve toujours ou presque toujours les péchés où notre dommage parait moins en cause.

Voici le raisonnement que l'on fait alors : Puisque ma pénitence est uniquement soucieuse d'éviter l'enfer ou un trop long purgatoire, je puis bien me réserver ces quelques manquements véniels, ces susceptibilités, ces immortificalions, ces curiosités; ce sont des riens qui, à coup sûr, ne me conduiront pas en enfer!...

Or, à cause de l'imperfection de ce motif de pénitence, il arrive cet épisode désolant constaté dans la vie d'un grand nombre d'âmes, je veux dire : la permanence du goût pour le mal, et un commencement d'inimitié pour Dieu. Eh bien, qu'on le sache : cette disposition est effrayante, car saint Alphonse et saint François de Sales sont unanimes à l'affirmer : un tel état d'âme suffit pour arrêter complètement le cours des faveurs divines. Du reste, l'amour véritable croit indigne de distinguer entre petites fautes et grandes fautes. Il est impossible à un cœur qui aime de parler ainsi : Mon Dieu, je regrette ce péché parce qu'il vous fait une peine grave, mais en voici un autre que je ne regrette pas parce qu'il ne vous cause qu'une peine légère.

Examinons troisièmement la joénilence par faite , envisagée dans le sacrement de pénitence. Voilà encore un point fort important. Nous sommes capables d'introduire des éléments de mort dans le sacrement institué pour la résurrection. Que Dieu nous garde d'une telle perversité!

Nous sommes capables aussi d'autres défectuosités, et lesquelles? Oh! il y a des âmes qui se confessent pour tout autre chose que pour faire plaisir à Jésus-Christ. Quelque-

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fois elles vont chercher la satisfaction naturelle, par exemple, le plaisir d'un entretien avec le confesseur, ou bien les agréments du bienfait de la direction. Tout cela n'est pas Jésus-Christ.

La pénitence parfaite aime à dire : Je vais me confesser pour procurer à Jésus-Christ la consolation de mon repentir, pour que son Cœuv jubile ! Je ne me préoccupe pas tant de direction ou d'entretien, non; je vais chercher l'absolution, le plaisir que Jésus-Christ éprouve à pardonner. Il a raconté dans l'Évangile les joies du père au retour de son fils, eh bien, c'est cette allégresse que je veux procurer à mon Dieu!

Qui ne sent la délicatesse d'un tel motif? Remarquons cependant que Dieu n'est pas égoïste : si nous avons des peines, il ne nous défend pas de chercher des consolations auprès du confesseur. Néanmoins si vous vous adonnez à la pénitence parfaite, vous perdrez bientôt le goût des consolations réservées à la faiblesse. Quand on fait tout pour Jésus-Christ, Jésus-Christ à son tour fait tout pour l'âme; on en arrive à se contenter de la simple absolution sans accompagnement de paroles consolantes.

Voyons quatrièmement les fruits de la pénitence parfaite. Elle a pour premier résultat de se faire aimer par quiconque la cultive. C'est un fait d'expérience : si quelqu'un se livre à cette vertu en apparence austère, peu à peu il en devient avide, il n'arrive pas à s'en rassasier, il en veut toujours davantage. Ses prières, ses oraisons, son recueillement s'animent d'une componction extraordinaire et d'une valeur incomparable.

Un second résultat propre à la pénitence parfaite, c'est la prompte entrée dans l'amitié de Jésus-Christ. Oui, il y a là une jouissance intime que ceux-là connaissent qui l'ont méritée par la pratique de la noble vertu en question. Le vrai pénitent peut s'écrier : Entre Jésus ot moi, il n'y a plus de secrets! Je lui dis tout ce que je fais, et encore plus, tout ce que je suis!

3o8 LA VIE VRADIENT CHRÉTIENNE.

Comprenez-vous ce qu'il y a de délicieux dans cette intimité? Aloi^, Jésus n'est plus solitaire au saint tabernacle • on devient son compagnon, on vit de sa vie. Et de quoi vitil? De charité et d'humilité. Eh bien, la pénitence parfaite est le meilleur acte de charité que nous puissions produire, car il répond le mieux aux sentiments du cœur de notre Sauveur. Quant à l'humilité, cette vertu qu'on poursuit trop souvent sans l'atteindre, la pénitence vraie nous la fait gagner. A force de se répéter ce qu'on est, à force d'être, pour ainsi parler, en continuelle confession avec Dieu, la fierté semble devenir un sentiment impossible.

A cause de cette amitié avec Jésus, prompte aussi deviendra l'entrée en paradis. Au chrétien qui a pratiqué la pénitence parfaite en ce monde, on peut promettre un court purgatoire.

Y aurait-il même exagération à prétendre que l'intensité de sa pénitence lui vaudra une entrée directe dans le ciel?

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