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CHAPITRE IV

LE VRAI TON DE l'oRAISOX.

Si l'on ne craignait d'être mal compris, on serait tenté de s'écrier : Dieu est le plus malheureux des êtres ! Les chagrins que lui causent les hommes sont tels que, s'il n'était pas protégé contre nous par son impassible béatitude, immense, inconsolable serait sa douleur. Nous, ses enfants, ne savons guère que lui faire de la peine et Vo/fenser en beaucoup de choses \

Parmi nos procédés pénibles pour son cœur de Père, signalons le dénigrement de la religion.

Cette religion est par excellence le bienfait de ce grand Dieu; et l'homme en dit facilement du mal : Elle est ennuyeuse! elle est injuste! elle est impossible! elle n'est bonne que pour les esprits faibles! Rien n'échappe à la critique : ni la prière, ni les sacrements, ni les commandements émanés directement du ciel, ni ceux de notre Mère la sainte Église.

De toutes les pratiques religieuses il n'en est pas qui soit plus maltraitée que celle dont on n'ose guère prononcer le nom, tant elle a mauvaise réputation. Je la nommerai cependant : c'est l'oraison mentale. De tous côtés s'élève une clameur contre elle : l'impie, parfois même l'homme religieux, la condamnent, et la moindre injure qu'on lui inflige consiste à la traiter d'utopie.

Cela vient de ce que, dans l'esprit des hommes, elle est complètement défigurée. Beaucoup de ceux qui en ont fait le tableau l'ont revêtue d'apparences qui ne sont pas les siennes; de sorte qu'elle ressemble à une personne aimable à qui un peintre aurait donné des yeux farouches et des traits repoussants.

1, In inullis offendimus omries (.lac. m, 2\

Entre autres mensonges inventés à son sujet, on dit et on fait croire qu'elle est de sa nature si cérémonieuse, si apprêtée dans son langage que jamais, à moins d'appartenir à l'aristocratie des âmes, on ne parviendra à parler à Dieu comme elle prétend qu'on lui parle.

C'est une erreur et une invention de Satan. Ne pouvant souffrir que l'homme s'entretienne avec le ciel, le démon certifie qaun pareil entretien demande un style surhumain.

Mon cher lecteur, sachez-le, avec Dieu la familiarité est permise y elle est prescrite.

Si j'étudie ce qui se passe parmi les hommes, je constate qu'ils s'interdisent d'être familiers dès qu'ils conversent soit avec un étranger soit avec une personne beaucoup audessus ou beaucoup au-dessous d'eux.

On me taxerait de ridicule si, rencontrant sur le chemin un inconnu, j'allais à lui avec cet air de liberté et d'intimité qu'on se permet entre amis ; car l'étranger abordant un étranger doit être réservé. Il en est de même entre deux interlocuteurs que la supériorité, d'une part, et l'infériorité, de l'autre, tiennent à grande distance. Que diriez-vous d'un homme de basse extraction qui interpellerait, sans cérémonie aucune, un grand et puissant monarque? Et que penseriez-vous de ce monarque, si, oublieux de sa dignité, il descendait sur la place publique pour y tutoyer le premier venu de ses sujets?

La familiarité ne se conçoit donc qu'entre personnages égaux ou presque égaux et liés par la parenté ou par l'amitié.

S'il en est ainsi, conclura-t-on, comment prétendre que, lorsqu'un homme parle à son Dieu, il puisse jamais songer à pareille liberté? Vous affirmez qu'on n'est libre qu'entre égaux : une distance infinie me sépare de mon Créateur. Vous ajoutez qu'à l'égalité doit se joindre l'amitié : je suis loin de me sentir l'ami de ce Dieu avec qui vous voulez que je sois simple.

Ah ! c'est ici le mystère de l'amour. Le vrai amour, sa-

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