LE VRAI TON DE L ORAISOX
chons-le, fait disparaître les distances et rapproche les extrêmes. Si mon roi n'est que mon roi, je me contente de le considérer de loin et de bien bas. Mais s'il m'aime ; s'il m'aime assez pour me le dire, j'ose aller vers lui et je m'approche. Or, mon Dieu est la charité même, sa charité est infinie et il daigne m'aimer. Dès lors il me permet, il il me commande d'être simple avec lui. L'affection et la cérémonie ne peuvent aller ensemble. Voilà pourquoi Jésus- Christ qui a bien voulu nous déclarer qu'il trouve ses délices parmi nous\ souffre quand une âme se sert avec lui du langage affecté.
Et puis, Dieu s'est fait notre parent. Écoutez le cri du grand Apôtre : Mes frères, vous nêles ni des étrangers ni des hôtes; mais vous êtes de la cité des saints, de la maison de Dieu^. Ce grand Dieu a daigné devenir notre Père et nous adopter pour enfants. Dès lors, plus de doute : familiers du Seigneur, la familiarité nous est permise.
Même si nous sommes pécheurs? demanderez-vous. Pourquoi pas? Quand il y a eu offense, si l'offensant est tils de l'offensé, il y a dans la manière de demander pardon un ton qui n'est pas celui de l'étranger. Madeleine était coupable ; elle s'approcha du Sauveur avec humilité sans doute, mais aussi avec quelle simplicité! jusqu'à verser un parfum sur les pieds de Jésus pour les essuyer ensuite avec sa chevelure.
Ah! si nous avions l'art de parler simplement à ce Dieu qui nous aime; si nous avions cette sainte et légitime audace, bientôt l'oraison ne serait plus pour nous une opération inabordable, et la vie ne serait plus la vie. Souvent notre existence est le -long chagrin d'une àuie condamnée à vivre seule, tout en paraissant converser avec le monde entier : seule avec elle-même, avec ses péchés, avec ses passions, avec ses hontes, avec ses remords, avec ses an-