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marchands du négoce, entre savants de la science. Par conséquent, quand Tentretien alieu entre Dieu et Thonime, ce sont les choses divines, les choses du salut qui en forment le thème; et c'est nécessairement par là que la conversation commence.
Je veux, par exemple, faire mon oraison avec Jésus- Christ, mon divin Rédempteur. Tout naturellement je l'entretiendrai de quelque particularité se rapportant à mon salut : de ce que ce bon Maître a souffert pour moi, de sa cruelle agonie, de sa flagellation, de sa mort; ou bien du jugement qu'il me fera subir un jour; ou de l'enfer dont il m'a délivré; ou du ciel qu'il m'a gagné; ou enfin de quelqu'autre objet analogue.
Cette application de l'entretien à un sujet choisi est la première partie essentielle de l'oraison. Cette première partie n'est autre que la bonne pensée de l'esprit. C'est une opération de l'âme qui, s'emparant d'une vérité de foi, s'y arrêle, la considère et en parle à Dieu.
Mais quand on s'est occupé avec quelqu'un d'un sujet intéressant, la nature veut qu'on dise un moi du cœur. Ce mot du cœur est la deuxième partie essentielle.
Expliquons-nous. Si, rencontrant un homme qui autrefois vous a sauvé la vie, vous lui rappeliez cet épisode touchant, certes il vous serait impossible de le quitter sans lui exprimer vos sentiments, celui de la reconnaissance surtout. Ainsi en est-il de nos entretiens avec Dieu. Ils sont tous de leur nature émouvants et propres à réveiller le cœur, qu'il y soit question des bienfaits du Seigneur, de l'amour de Jésus-Christ pour nous, des jugements de Dieu, des fins dernières de l'homme, toujours ils appellent l'expression d'un sentiment quelconque. Impossible, par exemple, de parler sérieusement à Jésus-Christ de l'enfer sans que l'âme ait à pousser un cri, celui du repentir, ou celui de la crainte ou quelque autre de ce genre. C'est ce que nous avons appelé le mot du cœur; les auteurs lui donnent le nom d'acte ou d'alTection.
LA BONNE PENSÉE ET LE MOT DU C(lh:UR. lU
Ce n'est pas tout : quand le cœur a parlé, il est naturel que la volonté fasse une promesse. Si, par exemple, mon esprit a eu pour bonne pensée le souvenir de Jésus-Christ en croix, et si mon cœur a dit merci à ce Dieu crucifié pour mon amour, la logique de l'âme demande que j'ajoute : Seigneur Jésus, vous à qui je dois tout, je vous promets de ne plus vous offenser! C'est ce que Ton appelle la résolution, et cette résolution est la troisième des quatre parties essentielles de Toraison.
Après qu'on a promis, il est naturel d'implorer la grâce de Dieu. Car l'homme est si inOdèle et si faible que ses promesses, sans le secours du ciel, n'aboutissent jamais qu'à de lamentables trahisons. De là, dans l'oraison, une qtiatrième partie qui s'appelle la j^rière.
Ainsi : la bonne pensée de l'esprit, le mot du cœur, la promesse de la bonne volonté et la prière de la pauvreté : tels sont les quatre éléments invariables de toute vraie et solide oraison.
0 Seigneur Jésus, je vous crois présent dans la Sainte Eucharistie! c'est la bonne pensée de ma foi. — Je vous adore et je vous remercie! c'est la bonne parole de mon cœur. — Je veux vous aimer et vous servir! c'est la promesse de ma volonté. — Mais aidez-moi vous-même à remplir cette promesse î c'est la prière de mon indigence.
Gomment s'acquitter avec succès et avec fruit de chacun de ces quatre grands devoirs? Question intéressante que nous allons éclaircir de notre mieux.
CIlAPlTin: \l
LA BONNE PENSÉE DE L'ESPIUT ET LE MOT DU CŒUR DANS l'oRAISON.
Occupons-nous d'abord (b' la honni' pensée de t esprit. Ayons soin de prendre, pour l'ordinaire, cette pensée parmi les grandes vérités de notre religion. .\u point de vue de la
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pensée choisie, il y a deux sortes d'oraison : la grande, et celle que, par opposition, on pourrait appeler la petite. Celle-ci s'occupe de vérités plus ou moins secondaires, telle que serait, par exemple, l'examen d'un devoir de détail. L'autre, la grande, va aux grandes vérités, c'est-à-dire aux fins dernières de l'homme et aux mystères d'amour qui sont en Jésus-Christ. L'éternité d'une part, le crucifix de Tautre : voilà l'objet privilégié de sa contemplation.
Allez là, pieux lecteur, et retournez-y sans cesse. Merveilleuse est la puissance cachée de ces grandes pensées, quand l'âme s'en nourrit assidûment. Faites-en l'expérience. Opiniâtrez-vous, par exemple, à vous rappeler la mort; celle de Jésus-Christ et la v'ôtre; et le souvenir de ces deux morts suffira, soyez-en sûr, pour donner peu à peu à votre âme une nouvelle vie, tant est efficace la force des grandes vérités.
Mais l'oraison, sachons-le bien, n'est ni une lecture ni une étude. Elle a donc une manière à elle d'exploiter la vérité. Autre sur ce point est la méthode du savant qui veut approfondir, autre celle du simple lecteur qui veut apprendre, autre enfin celle de l'âme qui veut parler à Dieu.
Dans l'oraison, c'est surtout p«r la mémoire el par la foi que l'on s'applique aux vérités choisies. Par la mémoire : on ne vous défend pas, on vous conseille même de faire quelques raisonnements si le sujet s'y prête. Mais l'essentiel est le souvenir sérieux et attentif. Vous voulez, je suppose, considérer la Passion de Jésus-Christ, souvenezvous; recourez pour vous souvenir ainsi, soit à votre mémoire personnelle, soit à cette mémoire écrite qu'on trouve dans les livres. Memorare, est-il dit dans l'Écriture \ souviens-toi, car c'est par là surtout que la vérité se grave dans l'esprit.
Après que vous vous serez souvenu ainsi, faites des actes de foi avec des prières, et aimez à répéter à votre Dieu :
1. In omnibus operibus tuis memorare novissima tua et in aternunm non peccabis (Eccli. vu, 40}.