‹ La vie vraiment chretienneChapitre 273 sur 309 · N.-D. DU PERPÉTUEL-SECOURS ET LA PERSÉVÉRANCE. 4G · texte numérisé non relu

N.-D. DU PERPÉTUEL-SECOURS ET LA PERSÉVÉRANCE. 4G

Eh bien, voici son nom : Le gage assuré du salut s'appelle donum. C'est un don^ car nul homme ne se sauve lui-même; on ne peut recevoir le ciel que par aumône. Ce don est un don dioin; Dieu seul nous le compose, en y faisant entrer diverses recettes, combinées par sa paternelle Providence.

Ce don céleste, ce remède de limmortalité, saint Auiius'tin l'appelle le grand don, mafjnum donum ' ; c'est, pour donner enfin son nom tout entier, le don de la persévérance finale.

Si quelqu'un reçoit de Dieu cette grâce des grâces, il est sauvé. Si, au contraire, elle ne lui est pas donnée, cet homme est perdu, eût-il d'ailleurs en partage toutes les autres faveurs les plus précieuses. Salomon a dit : Je sais que personne ne peut être continent, si Dieu ne donne la continence^. Il aurait pu y joindre cetle parole : et personne ne peut persévérer, si Dieu ne donne la persévérance. De ces deux dons, lui-même a eu le premier, tant qu'il Ta demandé, peut-être n'a-t-il pas eu le second ; et le premier sans le second ne lui a servi de rien.

Ce don de la persévérance duquel vous me soutenez que le salut dépend, quel est-il? Oi^i est-il? Est-ce une grâce d'un moment, que je recevrai à jour Oxe, comme je reçois en mon cœur Jésus-Christ dans la sainte communion? S'il •en est ainsi, dites-moi où cette grâce se trouve, alin que je vende tout pour l'acheter, et qu'ayant acquis la perl<' précieuse, je puisse me reposer en paix.

Non, hélas ! non ! cette grâce n'est pas une grâce particulière. En aucun moment de la vie, elle ne s'obticMit lout entière. C'est un parfum (fue la bonté divine ne verse (jue goutte à goutte; c'est un ov précieux qu'on n'amasse (]uc

1 . Quod si accipiimt. profeclo »'l i|)Nain |i('is(;vt'iaullaiii magnum Dei donum, qiio c^.i'lcra doua cjus conservanlur. accipiniil S. Au:;. I)( dinut persevcrantix, cap. ii, i).

2. Ut scivi, qiioniain... non posscin esse contimii>;, Ili■^i Dius ilel... deprecalus .sum (Sap. viii, 'l\).

par petits grains, plus imperceptibles que les grains de sable; c'est une chaîne dont la Providence ne forge chaque jour qu'un seul anneau, et que les moindres caprices de notre âme pécheresse peuvent à chaque instant briser; ou plutôt, pour parler sans figure, le don de la persévérance est une suite mystérieuse de faveurs cachées ^ qui poursuivent l'homme durant toute sa course, et qui, se terminant par la faveur suprême de la bonne mort, introduisent finalement son âme dans la, vie éternelle.

Je viens d'employer le mot de faveur. Cette expression, bien comprise, nous donne une juste idée de la grâce souveraine dont je parle. Si je fais une aumône à un pauvre, je lui accorde un don passager qui le préservera de la faim pour aujourd'hui, mais qui ne l'en délivrera pas demain. Si, au contraire, à ce pauvre j'accorde ma faveur, c'est-àdire la persistance d'une bienveillance spéciale, en ce seul don je lui accorde tous les autres, je lui assure avec le secours du moment le pain quotidien pour toute la vie. Voilà le don de la persévérance. Dieu fait tomber la pluie de sa grâce sur les bons et sur les méchants, et le soleil de son amour brille sur les justes et sur les injustes; quant à sa faveur, elle est réservée aux élus; et cette faveur, encore une fois, n'est autre chose qu'une attention spéciale de la Providence, en vertu de laquelle cette Providence conduit ses privilégiés par mille voies diverses jusqu'auport du salut.

Rien de plus mystérieux, et si j'osais le dire; rien de plus saintement capricieux que les tours et les détours de cette faveur divine, circulant, comme un fleuve de vie, dans la carrière des élus. Ici, c'est un saint Louis de Gonzague que la grâce prévient de ses bénédictions. Ailleurs, c'est un David qui, après de longues années de fidélité, abandonne son Dieu, mais que Dieu poursuit secrètement jusqu'à ce que le roi pécheur revienne à lui pour être à jamais le roi pénitent. Plus loin, c'est un larron qui, par de miséricordieux calculs, est amené, à travers une vie d'iniquités, au jour et

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