‹ La vie vraiment chretienneChapitre 277 sur 309 · XI.V, c. '.'OU · texte numérisé non relu

XI.V, c. '.'OU

ma sagesse : on obtiendra à la mort ce qu'on aura sollicité durant la vie. »

S'il en est ainsi, dira quelqu'un, je perds le goût des bonnes œuvres, et je deviens un mendiant oisif. Vous m'affirmez en effet que, d'une part, mes efforts pour bien vivre ne me garantissent pas la constance, et que, d'autre part, ma fidélité à demander la persévérance m'est un gage assuré de salut. Laissons donc Finutile labeur de la vertu, et contentons-nous du facile devoir de la prière.

La réponse à ce sophisme du cœur exigerait de longs détails qui seraient ici hors de propos. Par respect pour la vérité, disons seulement ceci : Les bonnes œuvres sont, pour la persévérance, insuffisantes sans doute, mais non pas inutiles; la prière deviendrait un blasphème, si elle était présomptueuse, et elle serait présomptueuse sitôt qu'elle servirait de prétexte à l'oisiveté. La grâce persévérante, obtenue par notre prière quotidienne, est précisément la grâce de bien faire; si ce secours accordé pour agir était négligé, les prières subséquentes perdraient de leur valeur proportionnellement à l'abus de la grâce. Enfin, la prière persévérante est elle-même une bonne œuvre qu'on abandonne d'ordinaire quand on néglige les autres. Pour toutes ces raisons, la loi expliquée en ce moment concilie admirablement la nécessité des bonnes œuvres avec cette modestie nécessaire dont Jésus-Christ a ainsi parlé : Quand vous aurez tout fait, dites : Nous sommes des serviteurs inutiles^. Oui, inutiles, car si, après avoir tout fait aujourd'hui, je ne suis pas soutenu demain, je tombe et je perds tout.

C'est pourquoi, dans le paradis, les saints en résumant leur existence pourraient dire : « Nous sommes couronnés pour avoir bien agi; mais nous sommes au ciel parce que nous avons bien prié. Si nous n'avions pas prié jusqu'à la

1. Cum feceiilis omnia quœ prœcepla sunt vobis, diclte : Servi iiiiililes su mus (Luc. xvir, 10).

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