TROISIÈME ENTRETIEN
Le Prêtre. — En m'affirmant dernièrement avec tant de cœ.ur que vous vouliez votre sanctuaire domestique, vous
m'avez demandé, Madame, ce que vous aurez à y faire. Avant tout, faites que ce sanctuaire soit celui de la sainte Vierge.
La Mère. — Comment cela?
Le Prêlre. — En y exposant à la place d'honneur son image bénie.
Le Père. — C'est déjà fait. Monsieur l'abbé, et plus que fait. Car tous mes enfants et moi, grâce aux pieuses industries de ma femme, nous avons tout un bagage d'objets de dévotion envers Marie : images, chapelets, médailles, rien n'y manque.
Le Prêtre. — C'est beaucoup, mais c'est encore trop peu.
Le Père. — Comment! Lorsque dans une famille chaque individu porte ce que saint Paul, si je ne me trompe, a appelé r armure spirituelle ', vous voulez qu'il y ait encore un objet de piété n'appartenant à personne et appartenant à tous.
Le Prêtre. — Certainement! et je vais vous en donner la raison. En toute corporation, on distingue les membres pris séparément d'avec le corps réuni. Une armée peut être composée de soldats individuellement très braves, et n'être comme armée que fort médiocre, faute de commandement ou d'organisation. Il faut donc en toutes choses songer non seulement au bien des parties, mais au bien de l'ensemble.
Même lorsque tous les membres d'une famille sont personnellement très bons, il peut leur manquer quohiuo chos(^ au point de vue du bien commun; et c'est pour que ce bien commun soit assuré que je conseille un sanctuaire où la Mère de Dieu, revivant dans son image, soit la Vierge de tous, en môme temps que, par la dévotion particulière, elle est la Vierge de chacun.
La Mère. — • Je ne saisis pas assez, Monsieur l'abbé; je ne
comprends pas comment, si mes enfants, mon mari et moi
sommes tous serviteurs de Marie, il peut se faire que la
famille ne le soit pas.