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498 LA VIE VRAIMENT CflRÉTIENNE.
Le Prêtre. — Effectivement vous n'avez pas bien saisi, ou je ne me suis pas bien expliqué. J'ai voulu dire que les familles chrétiennes ont besoin d'une protection du ciel générale et commune, s'ajoutant à la protection particulière accordée à chaque individu.
Le Père. — C'est maintenant moi qui ne comprends plus. Si chacun des miens est le protégé du bon Dieu, je ne vois pas comment ma famille ne l'est pas par le fait même.
Le Prêtre. — Expliquons-nous. A la guerre, malgré le courage individuel des soldats et l'habileté des chefs, tout peut être perdu si Dieu ne fait agir certaines causes universelles. On a vu des armées très vaillantes être battues parce que le vent a chassé la poussière de leur côté dans les yeux des soldats; de même on a vu des familles composées de membres tous très méritants s'en aller petit à petit à la dérive parce que le père et la mère, très bons chrétiens du reste, n'ont pas eu la sagesse de bien marier leurs enfants et de bien gérer leurs affaires.
Le Père. — Je commence à entrevoir votre pensée. Vous voulez dire qu'il y a dans chaque famille des intérêts généraux plus ou moins indépendants de la conduite individuelle de chacun.
Le Prêtre. — • Précisément.
Le Père. — Qu'il faut par exemple que chaque enfant, au moment où il doit s'établir, trouve juste ce qu'il lui faut, et que la Providence le lui offre.
Le Prêtre. — Juste !
La Mère. — Que, par exemple encore, mes filles, toutes très vertueuses, soient toujours d'accord et cordialement unies.
Le Prêtre. — Parfaitement.
Le Père. — Et que sur mes garçons, tous si bons maintenant, plane un je ne sais quoi qui les préserve de toute mauvaise aventure.
Le Prêtre. — Vous l'avez dit.
Le Père, - Et c'est pour cela que vous demandez en
l'honneur de la sainte Vierge une dévotion commune à tous, qui sauvegarde les intérêts de la famille comme famille?
Le Prêtre. — Oui, Monsieur.
La Mère. — Uniquement pour cela, Monsieur l'abbé? Et mes enfants, quand nous prierons ensemble devant la Vierge de famille, ne pourront-ils pas songer à leurs bosoins personnels?
Le Prêtre. — Oh! Madame, Dieu et la sainte Vierge me préservent de dire ou de penser jamais pareille chose ! Assurément, et vos enfants et votre mari et vous, quand vous aurez le bonheur d'être agenouillés aux pieds de votre commune Mère, vous pourrez et devrez verser dans son cœur les secrets inlimes du vôtre. A ces conmiunications personnelles, Marie fera des réponses personnelles. Mais en même temps, parce qu'elle vous verra tous ne faisant qu'un pour l'invoquer, elle vous accordera, outre les secours individuels, toutes les faveurs d'ensemble qui vous seront nécessaires, et votre maison, comme maison, sera l'objet de sa maternelle protection.
Le Père. — Ici encore je vous arrête, Monsieur l'abbé; pardonnez-moi. Vous me promettez la protection de la sainte Vierge; mais en cela qu'aurai-je de plus que les premiers venus de mes semblables? Nous avions dans le temps un pasteur, très saint homme, qui nous répétait sans cesse que la Mère de Dieu est la protectrice universelle de tous les hommes.
Le Prêtre. — Vous a-t-il allirmé qu'elle les protège tous également?
f.e Père. — Je ne me le rappelle pas.
Le Prêtre. — Il n'a pas pu le soutenir; car, de la part de Marie, il y a protection et protection. Klle est si bonne qu'elle fait encore quelque bien même aux ennemis les plus acharnés de son Fils, même à ceux d'entre eux qui refusant son maternel secours, même ;\ ceux qui la blasphèment et qui s'obstinent volontairem(^nt dans le mal.
Mais vous comprenez qu'à côté de ses bontés pour de pareils êtres, elle a pour ceux qui la servent des privilèges réservés.
La Mère. — Pourriez-vous m'en citer quelques-uns, je vous prie?
Le Prêtre. — Volontiers, Madame. Si une famille consacrée à la sainte Vierge reste toujours bien unie; si, entre le père et la mère, jamais le moindre nuage; si, entre les frères et sœurs, commun accord pour la vertu; si, au milieu d'un monde séduisant, jamais de séduction; si, au moment opportun, le vrai choix de l'état de vie par chacun des enfants; si, dans la prospérité, une certaine modération qui empêche l'enivrement de la fortune ; si, dans les mauvais jours, une chrétienne résignation qui retienne la paix au logis; si, à travers les sentiers de la vie, acheminement de tous et de chacun vers une éternité heureuse; si enfin
pour tous le privilège suprême de la bonne mort oh!
dites. Madame, que cette famille est la privilégiée de Marie.
La Mère. — Et c'est ce bonheur que vous nous promettez si nous avons chez nous son sanctuaire?
Le Prêtre. — Oui ; mais à proportion de votre fidélité à remplir dans ce sanctuaire tous les devoirs dont je vous parlerai dans la suite.