LA PRIÈRE EX COMMLN DANS LA FAMILLE
Le Prêtre. — Pour vous faire comprendre que la prière en commun est une source d'union cl de paix.
Le Père. — Je saisis, Monsieur l'abbé, et je vous remercie. Oui, je l'avoue, le fait de s'agenouiller tous ensemble aux pieds de la sainte Vierge éteindrait bien des discordes ; parce que, dès que l'on prie, il se passe dans l'âme un je ne sais quoi qui réveille les sentiments supérieurs et éteint les passions.
Le Prêtre. — Et ne pensez-vous pas, Monsieur, que Cf n'est pas un mince avantage pour une famille que celui d'avair cette précieuse occasion de terminer et d'apaiser toutes les petites brouilles de chaque jour?
Le Père. — D'accord, Monsieur l'abbé, ,1e sens que vous me gagnez à votre cause.
Ze Prêtre. — Cela m'encourage à continuer. Je prétends qu'une maison où la prière se fait en famille ne peut pas être une maison vraiment mondaine.
La Mère. — Le pensez-vous, Monsieur l'abbé? PcMisezvous vraiment qu'il nous sulïira de prier chaque soir tous ensemble, pour que mes fllles cessent d'être vaniteuses et mes fils d'être liseurs de livres dangereux?
Le Prêtre. — Je ne soutiens pas. Madame, que la prière du soir guérisse tous les maux et tout de suite. Je dis seulement que, bon gré mal gré, il y aura toujours, au point de vue chrétien, une différence marciuée entre la maison où l'on prie et celle où l'on ne prie pas. Dans la première, les âmes sans aucun doute conserveront quelque chose Ju péché et de ses convoitises, mais la grâce sera là pour combattre; et polit fi petit, si la prière continue, le l)ien absorbera le mal.
Le Père. — Je pense aussi (car de plus en plus vmis \\\r convertissez, Monsieur l'abbé) je pense que la prière commune est une source de respect inuticl.
Le Prêtre. — Oh! que vous venez de dire une parole profonde, sans vous en douter peut-être! Oh! oui, on se respecte nécessairement quand on prie ensemble. Le respect
504 LA VIE VRAIMENT ClIRirriENNE.
mutuel est une des grandes lois de la famille chrétienne. Les enfants doivent vénérer leur père et leur mère; et les parents doivent respecter leurs enfants. Ce respect réciproque est commandé à des titres divers. Ceux dont j'ai reçu le jour ont, par cette supériorité sacrée et parce qu'ils sont pour moi les images de Dieu, tous les droits à mon inaltérable vénération. Mais mes parents doivent aussi vénérer en moi Fenfant de Dieu, l'àme rachetée par le sang de Jésus-Christ, et le futur citoyen de la cité éternelle.
Là où le mutuel respect règne sans trouble, les bonnes relations de famille sont assurées. Là au contraire où la mésestime s'est introduite, tout souffre. Car il est difficile de s'aimer, de s'assister, de se supporter, quand on ne s'estime pas.
La Mère. — Et vous dites, Monsieur l'abbé, que la prière faite par tous ensemble est de nature à conserver et à développer cet inappréciable trésor du respect?
Le Prêtre. — Sans aucun doute. Prier est un acte de vertu. Quand tous le font toujours ensemble, l'impression du devoir accompli en commun produit l'impression de la commune estime.
La Mère. — Oserais-je hasarder ici une réflexion délicate ?
Le Prêtre. — Pourquoi pas?
La Mère. — Ne pensez-vous pas, Monsieur l'abbé, que si entre parents et enfants la réciprocité du respect est requise, il en doit être de même entre époux?
Le Prêtre. — Assurément, j'oserai même dire que le respect conjugal est plus sacré encore, car cette union est fondée sur le sacrement. Or, le respect des époux ne peut que grandir par cette coutume bénie de la prière en famille. L'époux qui voit son épouse prier et bien prier ne peut pas la mépriser; et l'épouse qui voit son mari agenouillé près d'elle ne peut que Testimer chaque jour davantage.
Le Père. — D'où je conclus que votre sanctuaire de famille est une bénédiction, et que ce que l'on doit y faire est le bonheur d'une maison.
LA AAïL'RE DK LA PHIKHE DU SOIR EN lAMILLi:. ."►O.'i
Le Prêtre. — Oui, pourvu que cette prière quotidienne soit sérieuse et toujours parfaitement choisie.