DIEU, ETRE NÉCESSAIRE
§ III. — Dieu, Être nécessaire.
Examinons de nouveau l'univers et voyons ce qui se passe dans Tordre physique. Yoici une des réflexions que cette vue me suggère : De tous les êtres qui se déroulent devant moi, pas un seul n'est nécessaire, car chacun d'eux pourrait disparaître sans que cette disparition mette la machine du monde en dislocation. Je vois les hommes; ils servent, les uns à ceci, les autres à cela; mais aucun n'est indispensable. En un sens, on peut dire de toute créature ce que le Psaume dit des impies : Tous sont devenus %nu~ tiles K
Ayant constaté qu'aucune créature n'est nécessaire, je conclus qu'aucune n'existe sans cause, car si elles peuvent ne pas être, il a fallu que quelqu'un leur donne l'existence. Quel est ce quelqu'un?
Ici encore, il est impossible de prolonger jusqu'à l'infini la chaîne des êtres qui pourraient ne pas être, et il faut s'arrêter. S'arrêter où? A un personnage dont on puisse dire : Celui-là existe, non pas parce quelqu'un l'a fait exister, mais parce qu'il ne peut pas ne pas être.
Il en est de même dans l'ordre moral. Sans doute j'y vois des choses nécessaires, mais encore leur nécessité sort d'un principe. Que le mal soit mal et qu'il ne puisses pas devenir le bien; que le bien soit bon et qu'il ne puisse pas être mauvais; que le tout soit plus grand que la partie ot qu'une partie ne puisse pas surpasser le tout; que deux ajoutés à deux fassent nécessairement quatre et non pas cinq : ce sont autant de réalités que personne n'a réglées ni faites, mais qui ont leur raison d'être dans le Dieu d<^ toute vérité. Aussi ces principes sont-ils appelés principes nécessaires.
Ce qui existe dans l'ordre moral, e.xiste-t-il aussi dans le domaine des êtres spirituels? Parmi eux, eu trouvc-t-on
1. Omnes dccliiiaverunt, simul inutiles lacli sunt (Ps. xni, 3).
au moins un qui soit un être nécessaire, n'ayant par conséquent jamais pu être plongé dans le néant et ne pouvant pas y tomber, pas plus que la lumière ne peut devenir l'obscurité?
Oui, cet être existe, et c'est mon Dieu. Voilà, la troisième idée que mon esprit conçoit de lui. Le blanc ne peut pas être noir; le noir ne peut pas être blanc; la main droite ne peut pas être la main gauche; la gauche ne peut pas être la droite; la grandeur ne peut pas être la petitesse; la petitesse ne peut pas être la grandeur.
Parmi ces impossibilités, signalons-en une qui nous amène à Dieu. L'être ne peut pas ne pas être. 11 est impossible que celui qui est ne soit pas.
Or, ô mon âme, écoute le mystère et adore! Un jour Moïse lit à Dieu cette question : Seigneur, si on me demande qui vous êtes, que répondrai-je? Et Dieu de lui dire : Je suis celui qui suis^ ; tu m'appelleras : Celui qui esl^.
Cette parole, d'une profondeur divine, signifie que Dieu est l'être en substance, en essence; étant la substance il ne peut pas plus ne pas exister que le néant ne peut par lui-même se donner une existence quelconque.
Arrêtons-nous ici, et résumons nos trois preuves, en remontant de la troisième à la seconde, de la seconde à la première.
0 Dieu, vous êtes parce qu'étant celui qui est, vous ne pouvez pas ne pas être !
0 Dieu, étant nécessaire et n'ayant par conséquent aucune autre, cause que votre être lui-même, c'est vous qui êtes la cause de tout : pas une créature n'existe sans vous, tellement que, si vous retiriez d'elle votre volonté qui veut qu'elle soit, à l'instant elle retomberait dans le néant.
Non seulement, ô mon Dieu, vous puisez dans votre être adorable de quoi faire que le néant passe à l'existence, mais encore, dans votre vie qui est immobile, tant elle est