‹ La vie vraiment chretienneChapitre 34 sur 309 · DIEU, INFINIE PERFECTION · texte numérisé non relu

DIEU, INFINIE PERFECTION

qui éclaire la cabane du pauvre a déjà quelque lumière. Celte lumière s'efface devant l'éclat des lustres brillants qui illuminent le palais des rois. Cet éclat disparaît à son tour devant les éblouissantes clartés du soleil. Le soleil lui-même, dans les régions qu'il habite, n'est peut-être qu'un point obscur en face des étoiles qui jettent à profusion la prodigieuse intensité de leurs feux sur un rayon immense que l'éloignement nous empêche d'apprécier.

L'herbe des champs a déjà quelque beauté. Elle le cède néanmoins à l'humble violette. La violette ne peut pas lutter avec le lis resplendissant de blancheur; et le lis luimême disparait presque devant ces massifs de fleurs où la main de l'homme a réuni toutes les nuances de la beauté.

L'humble passereau a son chant, mais il est bien modeste. Comment le comparer à celui de la fauvette? Et celleci ne doit-elle pas se taire devant le rossignol?

La simple raison est déjà, dans la personne humaine, une belle faculté. Combien plus belle encore quand elle est enrichie par la culture et l'instruction! Que dire lorsque le génie y ajoute ses splendeurs!

Et c'est ainsi que, dans notre vjiste univers, on peut monter presque indéfiniment du moins parfait au plus parfait. Cette hiérarchie des êtres a nécessairement un terme où il faut s'arrêter, et là trouver une perfection qui surpasse toutes les autres et ne puisse être surpassée par aucune.

Cette perfection incomparable, cet être supérieur et sans égal, c'est Dieu; Dieu sur qui nous ne pourrions pas jeter un regard sans tomber dans une éternelle extase d'admiration.

Sur la perfection ou plutôt sur l'infinie plénitude des perfections de Dieu, exposons ici quelques idées, qui contribueront, espérons-le, à tourner nos âmes vers cet Être à jamais adorable.

Remarquons, premièrement, qu'en Dieu les perfections sont d'un autre genre que dans les créatures; ou plutôt

elles ne sont d'aucun genre : elles ont une nature absolument à part.

Prenons un malheureux emprisonné depuis sa naissance dans un cachot complètement obscur. Supposez que, dans cette prison ténébreuse où rien de la lumière n'a jamais pénétré, on pratique une imperceptible fente par laquelle se glisse, non pas la clarté, mais un je ne sais quoi qui permette à l'œil de constater que les ténèbres, tout en restant ténèbres, ne sont cependant plus aussi épaisses. Cette ombre de jour, qu'on me permette de dire plutôt cet atome de moindre obscurité, ne donnerait au prisonnier aucune idée de la lumière.

Cet homme, faites-le sortir enfin de sa clôture, et dites, en lui montrant le soleil : La voilà, la lumière ! Surpris, extasié, il s'écriera : Je n'en avais aucune idée; car jusqu'à présent ce qui avait été donné à mes yeux était non le jour , mais la nuit!

Voilà où nous en sommes relativement à Dieu. Assurément nous avons quelque idée de la beauté, car la nature, parée par le Créateur pour nous réjouir, se montre belle à nos regards. Mais toute beauté créée n'est qu'une ombre, en face de la beauté divine qui ne ressemble à rien de ce que nous appelons beau.

De même, parce qu'il y a des créatures particulièrement bonnes, nous avons une certaine conception de la bonté. Mais si nous pouvions voir la bonté de Dieu, nous nous écrierions : Ah! bonté de la créature, vous ne nous aviez donné aucune idée de la bonté du Créateur!

Nous pourrions ainsi parcourir et regarder une à une toutes les perfections dont les reflets nous entourent; devant chacune nous serions obligés de répéter : Oh! vous n'êtes pas la perfection de mon Dieu, car sa perfection est telle que rien ne saurait nous en donner une idée.

C'est ce qui a fait dire aux saints que, dans le ciel, les élus jouissent, en face de Dieu, d'une éternelle surprise. La surprise, quand elle a pour objet une chose agréable à la-

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