Ego vsum qui sum (Ibid
3. Sic dices Iiliis Israël : Qui est, misit me ad vos (Ibid. 14),
4. Ego sum Alpha et Oméga, principium et linis, dicit Dominus Deus, qui est et qui erat, et qui venturus est, omnipolens (Apoc. i, 8).
Sainte Catherine de Sienne, écrivant au pape Grégoire XI, ne craint pas de s'exprimer à peu près en ces termes : « Très Saint Père, avant tout, persuadez-vous que Dieu est Celui qui est, et que vous êtes celui qui n'est pas. » Ce conseil donné par une sainte à un Pape, l'Apôtre le donne à tous les hommes : Si quelqu^un, veut s'approcher de Dieu, il doit croire que Dieu est ^ .
Mais qu'y a-t-il donc de si éloquent et de si salutaire dans cette idée de Dieu, pour qu'on en fasse la notion fondamentale de la vérité et qu'il faille dire aux hommes : Avant tout, rappelez-vous que Dieu est Celui qui est?
Pour répondre, commençons par une réflexion préliminaire. En général, quand un homme est sous la dépendance de quelqu'un qui lui donne tout, son premier devoir et son premier intérêt demandent qu'il reconnaisse cette dépendance, et que jamais il ne rêve une émancipation qui, en le rendant à lui-même, le rendrait à la misère.
Voilà notre situation vis-à-vis de Dieu. Notre dépendance est telle que, sans ce grand Dieu, nous serions non pas appauvris, non pas diminués, mais anéantis. Car il est l'Être et nous sommes le néant.
Cette conviction, cette claire vue de l'Être et du néant est, qu'on me permette de l'aflîrmer, le principe de l'éternelle félicité des saints comme de la glorification du Seigneur en eux et par eux.
Au ciel, les élus contemplent à découvert une vérité qui pour nous est un insondable mystère : ils voient l'Être divin, l'Essence divine; et de même que, si nous pouvions pénétrer les secrets de la nature du soleil, nous comprendrions peut-être comment et pourquoi toute lumière et toute chaleur nous viennent de lui ; de même, au plus haut des cieux, les anges et les saints, pénétrant la Divinité, voient qu'elle est non pas seulement la chaleur et la lumière, non pas seulement la beauté physique et
1. Credere eniin oportet accèdent em ad Deum quia est (Heb. xi, 6).
morale, mais l'Être lui-même, l'Être substantiel et incréé.
Constatant que Dieu est celui qui est, ils voient en même temps qu'eux-mêmes sont des je ne sais quoi qui ne peuvent s'appeler ni être ni néant : ni être, parce que ce qu'ils possèdent en fait d'existence, bien que cette existence soit dans son genre absolument réelle, n'est cependant qu'un simple reflet du seul vrai Être substantiel; ni néant, parce que ce qu'ils reçoivent de l'irradiation divine leur sulïit pour donner réellement quelque chose, et quelque chose de subsistant.
Ce double regard qu'ils jettent, d'un côté sur l'océan infini de l'Être éternel, et d'un autre sur la parcelle d'existence qui leur est octroyée, suffit aussi pour les faire vivre dans une éternelle extase d'admiration, d'humilité, de reconnaissance, de louange et d'amour; et c'est en cela que consiste la gloire extérieure du Tout-Puissant en même temps que la félicité de ses créatures. C'est ce que saint Jean, dans l'Apocalypse, nous révèle en ces termes magnifiques : Alors les vingt -quatre vieillards, qui sont assis sur leur trône devant Dieu, tombèrent sur leur face et adorèrent Dieu, disant : Nous vous rendons grâces^ Seigneur, Dieu tout-puissant, qui êtes, qui étiez et qui devez venir , jjarce que vous avez saisi votre grande puissance et que vous régnez ^ .
Comme les chrétiens doivent mériter et commencer en ce monde la vie éternelle, il est utile et nécessaire qu'eux aussi aient quelque sentiment de l'Être de leur Dieu et de leur propre néant, afin qu'à l'exemple des citoyens du ciel ils rendent à Dieu toute sa gloire et reçoivent l'abondance des biens accordés par lui-même à quiconque le glorifie.
Un jour, un pieux personnage, pour faire comprendre à
1. Et viffinti quatuor seniores, qui in conspectu Dci sedcnl in sedibus suis, ceciderunt in faciès suas, et adoraverunt Dcuni, dicentes : Gratias agirnus libi, Domine Deus omnipolens, qui es, et qui eras, et qui venlurus es, quia accepisti viitutem tuam m;ij;nani, et regnasli (A|)OC. XI, 17).
ses disciples que nous ne sommes rien et que Dieu est tout, imagina l'apologue suivant : Il y avait sur le bord du chemin, dit-il, un fragment de cristal. Les rayons du soleil vinrent, et tombant sur le débris le rendirent si brillant que son éclat éblouissait les yeux. Aussitôt le cristal, pris d'orgueil, cria à tout venant : Admirez-moi, je suis Faslre du jour! Pour punir sa sotte vanité, quelqu'un ramassa des grains de poussière, en fit avec de la salive un peu de boue qu'il jeta sur le cristal impertinent. Dès lors, tout l'éclat disparut et révéla en disparaissant que le soleil en était la source.
Image de ce qu'est Thomme quand il oublie que Dieu seul est Dieu; que ce grand Dieu est la source unique qui, possédant la plénitude du véritable être substantiel, en répand quelque reflet sur notre néant pour qu'à notre manière nous existions. Aveuglés par l'orgueil et par les nuages qui nous cachent Dieu, nous nous croyons quelque chose parce que nous ne voyons pas Celui qui est.
Rappelons-nous qu'il dit à Moïse : Déclare aux enfants d'Israël : Celui qui est m'a envoyé vers vous K Alors nous pourrons répéter avec le prophète Isaïe : Toutes les nations sont devant lui comme si elles n étaient j^as, et il les considère comme le néant et le vide ^; et avec le Psalmiste : Mon être est comme un néant devant vous^. Alors aussi, nous rendant de la sorte justice à nous-mêmes, nous renverrons à Dieu la gloire qui lui est due.
Pour assurer ce résultat, ne craignons pas de sonder à nouveau cette parole qui renouvelle sans cesse l'éternelle extase des Bienheureux : Dieu est celui qui est.
1. Dîces filiis Israël : Qui est, misit me ad vos (Exod. m, 14).
2. Oinnes pentes qnasi non sint, sic sunt corarn eo, et quasi nihiliim et inane repulalae sunt ei (Is. xl, 17).
3. Et subslnnlia mca, tanquatn uihilum ante te (Ps. xxxviii, 6).
l'être de dieu. 69