Jol). I, 1 el spq
d'être beau, d'être grand, d'être saint, d'être mille autres perfections encore, parce que ces perfections lui sont essentielles, comme il est essentiel à la lumière de luire et à la flamme de brûler. Que dis-je! Dieu pourrait faire que la lumière ne luise pas, que le feu ne brûle pas; mais malgré sa puissance infinie, il ne pourrait s'enlever à lui-même une seule de ses perfections, pas plus qu'il ne pourrait faire que le tout soit moins grand que la partie.
Ceci nous amène à une autre considération que nous tâcherons de faire comprendre en prenant encore l'homme pour terme de comparaison.
Il y a parmi les humains des êtres privilégiés qui possèdent si excellemment telle ou telle vertu, qu'on applique à leur personne le nom même de cette vertu. On dit d'un homme excessivement bon qu'il est la bonté même, d'un soldat extraordinairement courageux qu'il est la bravoure personnifiée, d'un magistrat parfaitement intègre qu'il est la justice incarnée.
Ces manières de parler ne sont que d'élogieuses exagérations; car il est évident que la justice ne subsiste pas vivante dans le magistrat qui est juste, que la bonté chez l'homme bon n'est pas un être individuel distinct. Ces perfections, si excellentes soient-elles, restent et resteront toujours des qualités purement morales qui ornent la personne sans lui être identifiées.
Autres sont les perfections divines. Chacune d'elles existe à l'état d'être vivant et personnel. Nous ne voulons pas dire assurément qu'il y ait en Dieu plusieurs individus distincts, vivant chacun de sa vie. Au contraire, Dieu est un, absolument un; mais dans cette unité tout est vivant, subsistant. Cette divine accumulation de perfections vivantes n'altère en rien la simplicité de Dieu, car en lui tout revient à un seul centre qui est l'être; et, dans ce centre, les attributs divins, en apparence les plus divers, sont comme ramassés pour ne faire qu'une seule et indivisible beauté.
DIEU, LA pe;rfection substantielle et vivante. 83
Après cette explication, qui écarte l'idée de pluralité en Dieu, montrons que chacune de ses adorables perfections est la personnification vivante d'une beauté morale.
Si la bonté, au lieu d'être parmi les hommes une simple qualité n'ayant pas de vie propre, existait quelque part à l'état de personne animée et parlante, avec quelle force n'attirerait-elle pas les hommes, et comme ceux-ci seraient ravis de contempler cette bonté incarnée! Si les autres perfections morales venaient ainsi, chacune à son tour, faire leur apparition devant nous; si nous pouvions saluer successivement la beauté même, la justice en personne, la majesté vivante, la grandeur personnifiée, la force, la douceur, la clémence, la miséricorde, la sainteté, et les autres vertus morales devenues subsistantes et animées, quel ne serait pas notre ravissement!
Or, ce spectacle se voit en Dieu; car, en cette nature adorable, la charité subsiste et vit, la bonté subsiste et vit, toutes les perfections subsistent et vivent.
Les qualités morales, si on les juge par leur reflet dans les hommes, ne sont qu'une ombre informe auprès des perfections divines, comme notre être n'est que néant en comparaison de l'être de Dieu; ce qui a fait dire à Isaïe que toutes nos justices ne sont que souillure devant Dieu ^.
Dès lors qu'on envisage Dieu comme la subsistance incréée et infinie des perfections morales, on conçoit jusqu'à un certain point qu'il soit présent partout, et partout en entier. Car la justice est dans toutes les régions ce qu'elle est dans la mienne; or, la justice^ la justice dans un sens supérieur à nos conceptions, c'est Dieu. La bonté est à l'orient ce qu'elle est à l'occident; or, la bonté c'est Dieu. En un mot la perfection est partout la même; or, la perfection c'est Dieu.
On conçoit en outre comment Dieu est la source de nos vertus. De môme que l'Être divin, planant sur notre néant,
1. Quasi pannus menstruaia) universœ juslilia' nosliio (Is. i.xiv, fi).
nous donne une existence créée, ombre de l'incréée; de même les perfections divines jetant leur divin reflet sur notre misère, produisent en nous une sorte de ressemblance avec la sainteté du Seigneur.
Cela vient de ce que Dieu est l'Être; puisqu'il est l'Être, il possède la substance incréée de tout ce qui est parfait, avec l'éternel pouvoir d'en répandre une image dans la créature.