SAINT ALPHONSE ET L ECLECTISME DE LA CHARITÉ
mystères de la dévotion à la sainte Vierge; rien de plus rare que les ouvrages qui en parlent assez solidement ot assez simplement pour que tous, grands et petits, puissent manger ce pain de vie; je Tai donc réduit en miettes afin qu'on puisse facilement s'en nourrir, le digérer et en vivre.
Voilà notre Saint : il possède le génie de l'utile.
Aussi, comme les bons livres ont ordinairement un succès conforme à leur genre, quel est le sort de ceux de saint Alphonse? C'est celui qui est réservé au pain. Le pain n'a pas la réputation d'un mets recherché, mais il est sur toutes les tables et dans toutes les bouches. On trouverait peut-être difOcilement un auteur ecclésiastique dont on parle moins brillamment et dont on se serve plus volontiers que de saint Alphonse. Ses ouvrages sont traduits dans toutes les langues; et c'est par milliers, par centaines de mille, que l'on compte les exemplaires répandus dans le peuple, comme on voit le pain et l'eau partout où il y a des hommes désireux de se nourrir et de vivre.
En définitive, les hommes, malgré leur goût pour le luxe, donnent encore leurs préférences au nécessaire. De môme les âmes, bien qu'elles aiment les friandises intellectuelles, conservent une secrète prédilection pour les vérités qui font vivre. De là l'énorme succès de notre Docteur utile par excellence.
CIIAPlTRi^ II
l'éclectisme DE LA CHARITÉ, MÉTTTODE SCIENTIFIQUE DE SAINT ALPHONSE.
L'éclectisme de la charité, méthode scientifique /... llàtonsnous d'expliquer le sens de ces mots énigmatiques.
Toute science a sa mélliode. Les astronomes, pour se perfectionner dans leur astronomie, s'appliquent à observer diligemment le cours des astres. A force de constater leur marche régulière, ils arrivent à constater aussi les lois aux-
quelles ces astres obéissent. Ils les observent sans se lasser jamais : ils les observent le jour; ils les observent la nuit; ils les observent avec un soin minutieux et constant. D'où Ton conclut qu'en astronomie la méthode est ce qu'on appelle méthode d'observation.
Tout autre est celle du prêtre qui veut étudier et comprendre à fond la vie vraiment chrétienne. Si le prêtre imitait Tastronom^, s'il se mettait à observer la conduite des chrétiens, à considérer comment vit celui-ci, comment vit celui-là, jamais il n'arriverait à se faire une idée juste de la vie chrétienne. Bien au contraire, plus il observerait, plus ses idées seraient confuses, car les chrétiens vivent souvent autrement qu'iJs ne doivent; comme le dit Isaïe, chacun s'est laissé déchoir en sa voie ^ . Donc, pour étudier le christianisme, il faut considérer non les hommes, qui ne sont trop souvent, d'après l'apôtre saint Jude, que des astres errants ^, mais les immuables principes sur lesquels Jésus-Christ a établi la vie chrétienne. La méthode ici pourrait donc s'appeler celle de Vexamen des jjrincipes.
Tous les savants ont la leur; saint Alphonse a donc eu la sienne, s'il fut vraiment savant. Mais il ne semble pas qu'il l'ait été. Car, ainsi que nous l'avons remarqué, il a écrit, dans un style très simple, des choses généralement simples elles-mêmes; et ses livres ne sont, pour la plupart, que de modestes abrégés.
Pour répondre à cette objection, il faut se souvenir qu'il y a deux sortes de simplicité : celle de l'ignorance et celle du zèle.
Quand on ne sait rien, ou pas grand'chose, il est facile de parler sans rien dire, et difficile aussi de dire des choses sublimes.
Mais lorsque c'est le zèle qui fait écrire, et qu'on veut