‹ La vie vraiment chretienneChapitre 6 sur 309 · Unusquisque in viam suam declinavit (Is. lui · texte numérisé non relu

Unusquisque in viam suam declinavit (Is. lui

2. Hi sunt fluctus feri maris... sidéra errantia (Judée, 13).

SAINT ALPHONSE ET l'ÉCLECTISME DE LA CHARITÉ. 7

réduire en miettes le pain de la vérité à l'usage des petits, pour réussir il faut être savant, autant et plus que pour composer des in-folio; car, mettre dans l'expression de la vérité assez de clarté, assez de simplicité, assez de solidité pour que les simples fidèles puissent et veuillent en faire leur bien, cela suppose la possession de la doctrine en ce qu'elle a de plus substantiel.

S'il n'existait pas de catéchisme qui serve de modèle à tous les autres, et si un prêtre entreprenait de composer un tel livre, il faudrait à ce prêtre un savoir théologique absolument profond- Ce fut le cas de saint Alphonse. Il voulut populariser ce que la religion chrétienne a de plus élevé. Pour une pareille entreprise, une science consommée lui était nécessaire. Il l'eut.

La preuve en est qu'à côté de ses ouvrages simplificateurs du vrai, il en écrivit d'autres à grande et scientifique allure, tels que sa Théologie morale et quelques ouvrages dogmatiques.

Or, comme savant, il eut pour méthode Védectisme de la charité.

L'éclectisme est un procédé qui consiste à choisir de côté et d'autre pour arriver à former un tout.

Donnons un exemple. On sait qu'aujourd'hui, en médecine, on se sert soit de l'homéopathie soit de l'allopathie. Or, parmi les médecins, les uns sont exclusivement allopathes; d'autres ne sont qu'homéopathes; d'autres enfin adoptent les deux systèmes, et suivent tantôt l'un tantôt l'autre, selon les circonstances. Ces derniers ont pour méthode VcclectismCj parce qu'il entre dans leur système de choisir à leur gré selon les besoins de leurs malades.

Telle fut la méthode de saint Alphonse. Dans l'immense trésor de vérités certaines et d'opinions dont se compose le patrimoine de la doctrine chrétienne, il se fit une loi, non pas d'exploiter exclusivement un seul dos côtés de la mine, mais de puiser partout selon son goût; et ce goût,

loin d'être capricieux, fat au contraire réglé par une loi intransigeante, celle de la charité.

Nous avons donc, en la personne de ce saint Docteur, un homme qui a employé plus de soixante ans d'études à chercher, à choisir et à écrire, pour le service des prêtres et des fidèles, ce qu'il a trouvé de plus conforme aux exigences de la gloire de Dieu et du salut des âmes, sans jamais écouter ce que l'on appelle les préjugés d'école ou les passions du parti pris.

Entre autres témoignages à l'appui, prenons dans ses livres ce qu'il a composé touchant les mystères de la grâce.

Les prêtres savent, mais les fidèles ignorent pour la plupart que, sur ce mot sacré : grôxe de Dieu, se sont élevées des montagnes de discussions.

On a voulu savoir ce que l'on ne peut pas savoir : de quelle manière et par quels procédés la grâce divine agit sur l'âme humaine. Comment l'air agit-il sur notre sang et sur nos poumons pour y entretenir la vie ? Nous l'ignorerons probablement toujours. Les relations de la grâce de Dieu avec la liberté de l'homme renferment des mystères bien autrement impénétrables.

Les esprits qui ont voulu les pénétrer se sont divisés en deux camps. Ensemble ils sont soumis à l'Église qui distingue et enseigne deux sortes de grâces actuelles, dont l'une s'appelle grâce suffisante et l'autre grâce efficace; mais ils se séparent quand il s'agit d'expliquer une chose sur laquelle l'Église ne se prononce point, à savoir : ce que l'on entend par suffisance et efficacité en fait de grâce.

D'un côté voici ce qu'on prétend. La grâce efficace, par sa propre force, fait agir l'âme comme le maitre d'écriture fait écrire l'enfant dont il tient et meut la main; jamais le chrétien n'agit en chrétien sans une grâce de ce genre; par conséquent, la grâce suffisante n'est qu'une sorte de préparation à la grâce efficace, comme serait une disposition des doigts indiquée par le maitre avant que celui-ci prenne effectivement la main de l'enfant.

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