DIEU EST UN EN NATURE ET TROIS EN PERSONNES
0 mon Dieu, les heureuses créatures qui ont le bonheur de vous contempler face à face, s'extasient et s'extasieront éternellement devant vous; devant vous, parce que dans
1. Domus exasperans (Ezech. ii, 5, 6, 8; m, 9, 26, 27; xii,^2).
2. Misericordia et ira ab illo cilo proxiinant (Eccli. v, 7).
DIEU, UiN EN NATURE ET TROIS EN TERSONNES. !Kj
votre nature essentiellement une se trouvent réunies toutes les beautés à la fois; devant vous, parce que, malgré votre indivisible unité, vous vivez trois en j^ersonnes, jouissant de toutes les joies d'une incomparable famille!
Joignons-nous un instant à ces bienheureux admirateurs et essayons, ne pouvant faire mieux, de balbutier encore quelques mots sur la divinité à la fois une et trine de notre Créateur.
Puisque le Seigneur a voulu que ses créatures, surtout celles qu'il a faites raisonnables, participent à sa ressemblance, cherchons quelque part, dans la nature humaine, un de ces vestiges de la Trinité divine.
Voici saint Ignace de Loyola. Supposons-le vivant encore sur la terre, et témoin des merveilles que son œuvre a produites. Ce saint admirable a une pensée, une pensée qui lui vient du ciel, une pensée sur la manière de glorifier Dieu et de conduire l'homme à sa fin. Cette pensée, il l'incarne dans un livre appelé Exercices spirituels. Figuronsnous un instant l'illustre auteur en contemplation devant ce produit de son intelligence et de son cœur illuminés de Dieu. Dans cette attitude il n'est plus seul, mais en compagnie du fruit de son zèle. Il se félicite, il félicite son ouvrage; et cet ouvrage, s'il était vivant, féliciterait à son tour l'écrivain par qui il a été conçu.
De cette communication de lui-même avec lui-môme naîtrait, dans l'âme du Saint, je ne sais quelle complaisance intime, quelle jouissance, quelle joie; à tel point que si, par impossible, et le livre et la pensée dont il est l'expression venaient à disparaître, ce serait une privation et une solitude des plus douloureuses.
Il y aurait donc dans l'âme d'Ignace comme trois âmes : l'auteur lui-même, la pensée chérie qu'il a conçue, el le sentiment résultant du penseur et de sa pensée.
Même phénomène dans tous les êtres intelligents, lorsqu'ils pensent et que leur pensée est forte. Supposons qu'une mère, dont les nombreux enfants sont dispersés de
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tous côtés, vienne tout à coup à concevoir d'eux un souvenir si vivant et si complet, qu'elle les voit tous anime» et parlant en sa présence. La voilà aussitôt dans une sorte, d'extase : elle contemple ceux qu'elle aime; elle bénit la pensée qui les lui a ramenés; et de sa contemplation nait un mouvement délicieux d'amour maternel.
Images faibles, images infiniment grossières de ce qui est en Dieu. Doué d'une intelligence infinie, ce grand Dieu conçoit une pensée : il n'en conçoit* quune seule. Cela se comprend : moins un esprit est vaste, plus il lui faut de pensées pour savoir. C'est ainsi qu'un enfant n'arrive pas au total d'une addition sans de multiples efforts d'esprit. Au contraire, plus l'intelligence humaine se perfectionne, plus elle ramasse de choses en un seul concept. Je m'imagine que Bossuet n'avait pas besoin de longs raisonnements pour se faire une idée de la vertu et de ce qu'elle comporte.
Or, l'intelligence divine ne connaît de limites ni dans sa force, ni dans son étendue. De là vient que d'un seul jet elle produit une pensée à nulle autre semblable.
Cette pensée divine, naissant de l'esprit d'un Dieu, est infinie comme Dieu lui-même. On dit que Napoléon concevait d'un coup tout le plan d'une grande bataille. D'un seul coup également, et par un seul acte de son intelligence, le Tout-Puissant se conçoit lui-même, il conçoit l'univers et tous les univers possibles.
Il se conçoit lui-même. Oui, sa divine pensée lui retrace, avec une exactitude et une plénitude infinies, l'incommensurable ensemble des perfections divines. Par elle il contemple sa beauté; par elle il mesure sa grandeur; par elle il admire sa bonté; par elle il apprécie sa sainteté; par elle, en un mot, il se voit, il se loue d'une louange infinie.
De plus il conçoit V univers. Sa divine pensée lui fait compter les grains de sable de la mer, mesurer les astres et leurs mouv^ents, connaître tous les hommes et peser toule.^ leurs pensées.
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KnfiQ il conçoit tous les univers possibles. Noire grand )ieu qui pense, pense aux millions et aux milliards de londes qu'il aurait pu créer, et il nombre les innombralos variétés de ces mondes.
Cela étant, on conçoit qu'il soit lier et heureux de cette ensée éternelle. Nous sommes si satisfaits des nôtres, urtout quand elles dépassent un peu celles d'autruil A ien plus forte raison Dieu peut-il et doit-il être glorieux et atisfait de la sienne.
La pensée de Dieu est eii même temps la parole de Dieu. \ne pensée n'est autre chose qu'une parole intérieure. Si 3 pense aux bienfaits reçus d'un de mes semblables, je me is inlérieurement que cet homme est mon bienfaiteur. Si eux qui m'entourent n'avaient pas besoin, pour savoir ce ue je pense, d'un son qui frappe leurs oreilles, ma pensée ourrait êlre mon unique et suffisante parole.
Or, tel est le privilège de Dieu. Pour se faire entendre t pour s'entendre lui-même^, aucun bruit sensible ne lui st nécessaire. Sa pensée est donc la même chose que son m gage.
Cette pensée de Dieu, celte éternelle pensée parlante, a 3ÇU dans l'Écriture un nom particulier, lille s'appelle ^erbe. Verbe veut dire parole. Le Verbe de Dieu est la arole de Dieu.
Ât ce Verbe de Dieu est en même temps le Fils de Dieu. ornment cela, et quel est ce mystère? Quand il me vient ne pensée délectable qui est comme un au lie moi-moine, uand, par exemple, je conçois le tableau vivant de mes ombreux enfants réunis autour de ma personne et me rodiguant leur respect et leur amour, si je pouvais donner
celte délicieuse pensée un corps et une vie afin qu'elle 3sle loujoursavec moi, assurément je le ferais.
Ce que je ne puis pas, Dieu le peut, et il le fait. H le fait n communiquant à sa pensée si chère la plénitude de la ivinilé dont il est la source. 11 le fait par un acte néces- ■lire de sa nature adorable: car il est impossible que ce
qui est en Dieu ne soit pas Dieu, et par conséquent que le Verbe de Dieu n ait pas en partage la divinité, comme celui de qui il émane.
Le Verbe est donc le Fils de Dieu. Il est son Fils, car de même que parmi les hommes celui-là est fils qui a reçu dun de ses semblables la vie qu'il possède, de même le Verbe divin est Fils de Dieu, parce qu'il procède de Dieu.
Il est Fils éternel. L'acte notionel par lequel le Père a dit son Verbe, existe de toute éternité. De toute éternité donc le Verbe a existé, procédant de son Père. Gomme lui et avec lui, il est sans commencement.
Il est Fils en tout égal à son Père, quant à la nature, puisqu'il possède la Divinité tout entière.
Il est Fils distinct de son Père, quant à la personne, puisque le Père est le principe qui pense et que lui est la pensée.
Voilà donc en Dieu deux personnes; parfaitement unies puisqu'elles n'ont qu'une seule et même nature; mais parfaitement distinctes parce que l'une est Père et que l'autre est Fils.
0 mon Dieu, vous êtes donc seul sans être solitaire! Seigneur, avec un amour filial, je vous félicite du bonheur dont vous jouissez dans la société de vous-même avec vous-même. Pour augmenter mon amour, je veux continuer à méditer ici la grandeur de vos délices qui, je Tespère, seront un jour ma récompense éternelle.