‹ La vie vraiment chretienneChapitre 7 sur 309 · SAINT ALPHONSE ET L ECLECTISME DE LA CUARITE · texte numérisé non relu

SAINT ALPHONSE ET L ECLECTISME DE LA CUARITE

De Tautre côté on soutient ceci : La grâce suffisante est un secours qui peut rester simplement suffisant, si Tâme n'y coopère pas, comme la nourriture ne saurait profiter à l'homme lorsqu'il se refuse à manger. La grâce suffisanlo peut aussi devenir eflîcace et produire son effet si l'âme coopère, comme la nourriture nous fait vivre et agir si nous la prenons.

Ayant trouvé dans Tun et l'autre de ces deux systèmes des inconvénients graves pour le zèle et pour la charité, saint Alphonse n'a pas craint de réfuter leurs auteurs.

11 dit aux premiers : Si vous faites tout dépendre d'une grâce intrinsèquement efficace, comme cette grâce n'est pas absolument promise à tous, vous exposez les âmes au doute, à la défiance, au désespoir; d'autant plus que, d'après vous, il faut avoir déjà ce secours efficace non assuré pour faire l'acte nécessaire à toute bonne action, c'est-àdire pour prier.

11 dit aux seconds : Si vous voulez que la force définitive du secours divin dépende des forces de la coopération humaine, outre que vous déshonorez Dieu, vous exposez l'homme à trop compter sur lui-même et à ne pas assez prier.

Entre les deux systèmes, notre saint Docteur a pris un moyen terme, et choisissant quelque chose du premier et quelque chose du second, il a dit :

Parmi les grâces suffisantes il en est une surtout, que l'homme, en lui obéissant, peut amener à son efiet : c'est la grâce de prier.

Si, aidé de cette grâce, l'homme prie autant et aussi bien qu'il le faut, il se procure des grâces efficaces qui agissent par leur propre force et le conduisent au salut.

Ainsi saint Alphonse rend l'homme courageux sans le rendre présomptueux. 11 lui dit : Mon ami, priez; vous avez, en tout temps et en tout lieu, la grâce sufilsante pour le faire ; si vous le faites, vous serez aidé par Dieu puissammenl, victorieusement, et vous irez au ciel.

Voilà dans notre saint Docteur ce que nous avons appelé V éclectisme de la chanté. Partout et toujours, dans les différentes branches, il choisit, en fait de vérités certaines ou d'opinions à préférer, ce qu'il y a de plus utile; il se fait savant, non pas pour l'amour de la science, mais pour l'amour de Dieu et des âmes.

Qu'on ne dise pas que cette liberté de choisir un peu partout, parmi les enseignements théologiques, ne peut aboutir qu'à un chaos sans cohésion, et jamais à un corps de doctrines vraiment scientifiques. C'est le contraire qui est vrai. Car, de par la sagesse et la bonté de Dieu, il est impossible que ce qui est vraiment le plus utile ne soit pas en même temps supérieurement vrai. Aussi ceux qui, dans leurs études, sont guidés par la charité, y trouvent et y mettent une unité et une harmonie qui sont le fruit de la vraie sagesse.

Concluons. Notre saint Docteur est un grand savant; mais, loin de s'opiniâtrer en faveur de telle ou telle opinion, il a toujours et partout cherché et choisi ce qu'il y a de plus profitable. Remercions-le de sa charité et exploitons ses livres : la nourriture que l'on y trouve est, non seulement bonne, mais généralement la meilleure.

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