UNE AUMÔNE A JÉSUS-CHRIST
Ce titre annonce un acte de charité qu'il est toujours urgent de faire et de renouveler : il s'agit de donner à un Dieu qui quête notre amour. Pour (ju il reçoive, voici trois pensées qu'on pourrait appeler le symbole du pauvre enfant prodigue :
Jésus-Christ est un père malheureux. — Notre cœur d'enfants dénaturés a néanmoins conservé quelques fibres d'amour filial pour Jésus-Christ. — Chaque "soupir afï'ectueux de ce cœur infidèle est une aumône à Jésus-Christ.
Oïd, Jésus-Christ est un père malheureux .
Depuis que la terre a été, par la faute do nos i)nMuicrs parents, maudite et changée en une vallée de larmes, toutes les familles ont leurs douleurs, souvent même leurs catastrophes. La première famille humaine est le type de
toutes les autres; or, qu'y voyons-nous? Deux coupables chassés d'un paradis de délices, un fils aîné jaloux, un Abel immolé et son sang répandu par la jalousie, presque sous les yeux d'un père et d'une mère infortunés. Depuis lors tout homme naissant à la vie, et toute femme mettant un enfant au monde ajoutent un nom à la liste de ceux qui souffriront. L'histoire des foyers domestiques contient parfois quelques pages agréables; le plus souvent le livre entier se résume en cette parole de saint Paul : Ceux qui vivent en cet étal auront les tribulations de la chair ^ .
Ce qui vient d'être dit des familles naturelles, peut se dire également de celte immense famille chrétienne dont Jésus-Christ est le Père. Sans doute, une partie de ses enfants est assise, dans le ciel, au banquet éternel de l'amour et delà paix; mais ici-bas un fléau, le plus terrible de tous, désole sa maison : c'est le fléau de la dépravation.
Dites-moi, je vous prie, que penser d'un homme dont tous les fils naîtraient avec un corps monstrueux et une àme farouche, d'un homme qui, contrairement aux lois établies par Dieu, n'aurait à attendre de ces êtres maudits que de l'indifférence ou de la haine? Vous le regarderiez comme le plus malheureux des mortels.
Tel, et plus grand encore, est le malheur de Jésus- Christ. Il nous a sauvés : sans lui, l'humanité ne serait qu'une armée de cannibales se dévorant les uns les autres et passant d'une affreuse vie à une éternité plus affreuse encore. Grâce à lui, au contraire, la vie présente est supportable, et la vie future sera, si nous le voulons, aussi infinie dans ses joies que dans sa durée.
Bienfaiteur, sauveur, espoir de l'humanité, Jésus-Christ en est devenu le Père. Par le baptême tous les chrétiens, bon gré mal ^ré, naissent ses enfants, mais quels enfants, grand Dieu ! Nalurellemeiit enfants de colère-, la plupart des hommes baptisés n'ont rien de plus pressé, rien de plus