‹ La Vieille DadaChapitre 10 sur 14 · PAR J..J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

PAR J..J. ROUSSEAU

J.-J. Rousseau était un des ennemis les plus ardents du christianisme, un des philosophes les plus impies du siècle dernier. L'élole qu'il fait des Evangiles n'en a bouclie d'un poids, c'est un témoignage précieux sorti de la bouche d'nu ennemi.

Ce divin livre, le seul nécessaire à un chrétien, et le plus utile de tous à quiconque même ne le serait pas, n'a besoin que d'être médité pour porter dans l'âme l'amour de son auteur et la volonté d'accomplir ses pré-ceptes. Jamais la vertu n'a parlé un si doux langage; jamais la plus parfaite sagesse ne s'est exprimée avec tant d'énergie et de sim-plicité. On n'en quitte point la lecture sans se sentir meilleur qu'auparavant.

La majesté des Écritures m'étonne, la sainteté de l'Évangile parle à mon cœur.

Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe : qu'ils sont petits près de celui. là! Se peut-il qu'un livre, à la fois si sublime et si simple, soit l'ouvrage des hommes ? Se peut-il que celui dont il fait l'histoire ne soit j qu'un homme lui-même ? Est-ce là le ton

* d'un enthousiaste ou d'un ambitieux sec-taire? Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœurs! quelle grâce touchante dans ses instructions! quelle élévation dans ses maximes! quelle profonde sagesse dans ses discours! quelle présence d'esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses ré-ponses! quel empire sur ses passions 1 Où est l'homme, oti est le sage qui sait agir, souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation !

Socrate mourant sans douleur, sans igno-minie, soutint aisément jusqu'au bout son personnage, et si cette facile mort n'eût honoré sa vie, on douterait si Sacrate* avec tout son esprit, fut autre chose qu'un so-phiste. Il inventay dit-on, la morale; d'autres avant lui l'avaient mise en pratique : il ne fit que dire ce qu'ils avaient fait, il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aris-tide avait été juste avant que Socrate tùt dit ce que c était que la justice. Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d'aimer sa patrie. Sparte était sobre avant que Socrate eût loué la sobriété ; avant qu'il eût défiai la vertu, la Grèce abondait en hommes vertueux.

Mais oU Jésus avait-il pris cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et l'exemple? Du sein du plus furieux fana-tisme la plus haute sagesse se fit entendre ; et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peu pies. La mort de Socrate philosophant tranquillement avec ses amis est la plus douce qu'on puisse dési-rer; celle de Jésus expirant dans les tour-ments, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu'on puisse craindre. Socrate, prenant la coupe empoi-sonnée, bénit celui qui la lui présente et qui pleure; Jésus, au milieu d'un supplice af-freux, prie pour ses bourreaux acharnés.

Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d'un sage, la vie et la mort de Jésus sont d'un Dieu, ,

Dirons-nous que l'histoire de Jésus soit inventée à plaisir? Ce n'est pas ainsi qu'on invente, et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond, c'est reculer la ques-tion sans la résoudre ; il serait plus incon-cevable que plusieurs hommes d'accord eussent fabriqué ce livre, qu'il ne l'est qu'un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs

ttâu. — là>. à" a tima IT cl*,*oi tjlütn, 98. liens, s'éparpillent jusque dans les rangs de leurs bourreaux, cherchent un refuge entre leurs jambes qu'ils embrassent fortement, enlevant vers eux leurs visages, où se peignent à la fois l'inno-cence et l'effroi. Rien ne fait impression sur ces exterminateurs ; ils les égorgent à leurs pieds. »

Ces enfants étaient des enfants du peuple. Ils étaient mis à mort pour sentiments et propos contre-révolutionnaires.

Ainsi ce sont des femmes, des enfants, des bourgeois, des négociants, des artisans, des paysans, c'est une immense majorité plébéienne sur laquelle est tombée la Terreur.

Ne l'oublions pas, ne laissons pas glorifier devant nous un temps où des milliers d'exécu-tions eurent lieu en vertu d'une loi qui privait les accusés de témoins, de défenseurs et d'appel. Quand on nous dira que c'était un mal néces-saire et qu'il fallait anéantir les prétendus oppres-seurs du peuple, répondonst l'histoire à la main, aux avocats de la Terreur : « Les artisans de Paris, les paysannes du Poitou, les enfants de Nantes et tant d'autres étaient-ils des oppres-seurs du peuple? »

Dépôt, 75, rue du Bac, à Potris. » so fr. les mille exemplaires variés, et 12 fr. frallCo.

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