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On peut affirmer, sans crainte de recevoir un démenti, que l'Églisè catholique a Jté à la lettre l'institutrice de la France.
Dis recherches historlqneb, faites avec Impartialité, ont établi d'une manière irréfutable, que, dès le V8 siècle, et au milieu de l'effroyable chaos produit par les invasions des barbares, l'Eglise établit un système d'enseignement qui em-brassait tous les figes, toutes les conditions et toutes lu races.
Partout où le prêtre, le moine et l'évèque plantèrent une croix, on vit aussitôt, avec un village, un bourg ou une ville, surgir une école où le berger fut admis à côté du noble.
Les écoles monastiques ou conventuelles surtout se multi-plièrent à l'infini.
Voici eh quéls termes M. Migtiet, de l'Académie française, se plaçant uniquement sur le terrain scientifique, décrit l'enseignement qu'on distribuait dans les écoles et les services qMtea rendirent A la civilisation européenne.
« Les écoles qui existèrent dans les monastères étaient de deux espèces : les unes, intérieures ou claustrales ; les autres, extérieures ou cano-nicnics. Cclles-ci s'appelaient encore les écoles mineures; celles-là, les écoles majeures. Dans les écoles mineures, qui étaient publiques, on recevait les enfants du dehors et on leur appre-nait les principes de la foi catholique, l'Oraison dominicale, les psaumes, les notes musicales, le chant et la grammaire. Dans les écoles ma-jeures, qui étaient réservées aux moines, on enseignait les sciences sacrées et séculières, c'est- à-dire la théologie, qui se composait de la connaissance des deux Testaments, des Pères, des canons, et les sept arts libéraux. Dans tous les monastères il y avait un scholasticus très-instruit des études du temps. « Les scholastici, dit le moine Trithème, étaient versés non-seu-lement dans les saintes Écritures, mais dans les mathématiques, l'astronomie, la géométrie, l'a-rithmétique, la rhétorique, la poésie, et dans toutes les sciences séculières.
« Outre l'enseignement qu'ils donnaient dans leurs écoles extérieures, où ils admettaient les fils des grands et des nobles, et dans leurs écoles intérieures, où ils instruisaient les moines tant indigènes qu'étrangers, ils ren-daient de grands services à l'esprit humain en enregistrant les événements historiques et en multipliant les exemplaires des manuscrits. Il y avait, dans les couvents, des moines qui étaient chargés de rédiger les chroniques et d'autres de transcrire les livres. Ceux-ci s'ap-pelaient antiquarii. Les uns copiaient les ou-vrages, les autres les collationnaient, y ajoutaient des peintures et des ornements en or, les re-liaient avec soin, et quelquefois avec somptuo-sité. Ce travail n'était pas étranger aux monas-tères de femmes, qui, indépendamment des ou-vrages qu'elles tissaient, copiaient les deux Tes-taments, le Psautier, et d'autres livres qu'elles ornaient aussi d'or et de pierreries. Lc) grands établissements cénobitiques avaient leurs pein-tres, leurs architectes, leurs sculpteurs, qui tra-vaillaient dans la fabrique de l'abbé.
« Ainsi ces asiles où se réfugiaient les hommes qui voulaient suivre la vie appelée par-faite, parce qu'elle était pieuse et désintéressée ; ces fermes remplies de colons infatigables qui, d'après la règle de l'ordre, ne devaient pas plus se séparer de leur serpe qu'un soldat de ses armes; ces ateliers où s'exerçaient les métiers et où se pratiquait ce qui restait des arts du vieux monde ; ces écoles où s'enseignaient la doctrine et la morale du christianisme, les lettres latines, quelques débris de la science grecque, étaient le dépôt où s'était conservé la partie de la civi-- PARIS. — IMF. JULIS LE CLERK ET C", lua CASSETTE, 3Q. lisation antique qui devait servir de germe à la civilisation moderne.
« Je ne saurais mieux finir sur ce point qu'en employant les paroles dont se sert le savant Ma-billon, pour rappeler l'action bienfaisante de l'ordre des Bénédictins en Allemagne : « Nos cc prédécesseurs, dit-il, rendirent en Germanie « quatre grands services au monde chrétien ! le « premier fut la conversion de ses habitants, le « second fut l'établissement des églises épisco-- « pales, le troisième fut l'instruction commu-- « niquée tant aux clercs qu'aux séculiers, le « quatrième fut la culture d'un sol et l'embelli.. « sement d'un pays presque entièrement inculte « et désert. »»
MIGNÉT, La Germanie ; sa comvrsion au chris-tianisme et sort introduction dam la wciété civi-lisée de VEurope occidentale, dans les Mémoires historiques, 3* édition, Paris, Charpentier, (854, p. 153-157.