‹ La Vieille DadaChapitre 3 sur 14 · LE MARÉCHAL FABERT · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL FABERT

Abraham Fabert naquit à Metz le i5 octobre 15()(j. Son père, directeur de l'imprimerie ducale le Nancy, le fit instruire dans les lettres fran-çaises et latines, et la correspondance que le maréchal a laissée atteste combien cette éduca-tion porta d'heureux fruits. Mais de bonne heure Fabert se sentit appelé au noble métier les armes. La population messine a été de tout :enips une pépinière d'olficiers distingués et de iaillants soldats.

En 161 3, les gardes-françaises tenaient gar-lison à Metz ; Fabert pria l'un des capitaines, M. de Campaignol, de l'admettre au régiment : 1 Vous n'y pensez pas, » dit l'officier qui ne oyait devant lui qu'un jeune homme petit et lélicat, « attendez encore quelque temps, et je pourrai vous accorder ce que vous me de-- • mandez. » Mais Fabert lit tant d'instances lue M. de Campaignol le reçut dans sa compa-gnie; il n'eut point à s'en repentir.

Cinq ans après, il est enseigne (sous-lieute-- .ant) au régiment de Piémont. En 1621, il se istingue, à l'armée du duc d'Épernon, contre es calvinistes révoltés dans le Midi et dans la ,aintonge. En 1627, il fait preuve, au siège de 1 Rochelle, non-seulement dé bravoure, ce qui n'eût point suffi pour le distinguer de ses corn.. pagnons d'armes, mais de connaissances supé-rieures dans l'art des sièges; le roi Louis XIII ne lui cache point l'estime que lui inspirent son caractère et ses talents.

Vient la guerre contre le duc de Savoie ; Fa-bert, major au régiment de Rambures, s'em-pare de Suse, et Louis XIII le présente à Ri-chelieu, avec ces paroles : « Voilà le brave major « à qui nous devons le succès de cette grande « journée ! » Quoique blessé, il continue son ser-vice à l'armée d'Italie. En 163 1, Fabert épouse Mlle de Clévant, fille du gouverneur-prévôt de Pont-à-Mousson, et établit les forges de Moyeu. vre, qui sont encore pour le pays une source de fortune. Deu: ans après, fait prisonnier pendant qu'il levait les plans de Thionville, il passe un an en captivité ; rendu à la liberté, il est chargé de réparer et d'augmenter les fortifications de Metz. En 1635, il prend part à la guerre contre l'Empereur d'Allemagne ; désireux de tout voir par lui-même, il s'approchait isolément si près de l'ennemi, que ses soldats l'appelaient « le quê-teur de coups de mousquet. » Son humanité n'é tait pas moindre que sa bravoure. L'armée aile mande, qui avait vainement essayé de pénétrer en Champagne, dut laisser à Mézières un grand nombre de malades et de blessés : « Il faut, du « un soldat, achever tous ces misérables qu « ont massacré nos camarades dans la retraite « de Mayence. » — « Ce serait agir en bar « bares, » répliqua Fabert, « cherchons une ven-- « geance plus noble et plus digne de notre na* « tion. » Et aussitôt il fit distribuer aux prison -niers les vivres et les secours dont ils avaient besoin.

Fabert ne connaît point de repos : il est aux sièges de Clemery, de Saverne, de Landrecies, de Chivas, d'Arras, de Bapaume, de Perpignan, de Piombino, de Stenay, etc. Au siège de Turin (1640), il est grièvement blessé à la cuisse; il re-fuse de se laisser amputer, ne voulant pas, di-sait-il, mourir par morceaux : il en guérit. Pen-dant la paix, l'infatigable officier visitait et ap-provisionnait lus places fortes de l'Est : « Il faut toujours, écrivait-il, être prêt à faire la guerre, pour n'être jamais réduit au malheur de se la laisser faire. » Le roi disait de lui : « M. de Fa cc bert a des talents admirables; il promet plus « qu'on n'espère, et fait plus qu'il ne promet. » Il était depuis longtemps général, lorsque, en 1658, Louis XIV le nomma maréchal de France et gouverneur de Sedan ; il ajoute alors à cette place de nouvelles fortifications, et paye de sa bourse une partie des dépenses. Ses parents le lui reprochaient : « Si, leur répond-il, pour « empêcher qu'une place que le Roi m'a confiée « ne tombât entre les mains de l'ennemi, il fal-- « lait mettre à une brèche ma personne, ma fa-ec mille et mon bien, je n'hésiterais pas. »

Le roi lui ayant proposé le collier de ses or-dres, il refusa, parce qu'il ne pouvait produire les titres de noblesse exigés ; vainement lui dit-on de présenter ceux qu'il voudrait : il refusa de se soumettre à cette faveur. Aussi Louis XIV, qui savait apprécier cette fierté d'âme, lui écri-vit-il: cc Votre refus, monsieur le maréchal, vous « vaut à mes yeux plus de gloire que le collier

PARIS. -IMP. JULES LE CLERE ET C", RUE CASSETTE, 29. « n'en vaudra jamais à ceux qui le recevront de « moi. »

A Sedan, Fabert employa les derniers temps de sa vie à amener par la persuasion la conver-sion des protestants : c'eût été pour lui une der-nière victoire : la mort r? lui permit point de la remporter tout entière. Le 16 mai 1 C62, il dit à son ami, le président Morel : fi Je laisse deux u fils et deux tilles; si mes fils font jamaisquelquc u chose contre le service du Roi, je vous con-ee jure de les mettre entre les mains de Sa Ma-- « jesté, pour les faire punir selon leur faute. u La veille, il avait reçu l'Extrôme-Onction. Le 17, on le trouva mort dans son lit; près de lui, son livre de prières était ouvert au psaume Alise-rere.

Les habitants de Metz ont élevé une statue à leur brave compatriote : souvenir d'un glorieux passé, espérance d'un avenir meilleur que le présent !

Dépôt, 75, rue du Bac. à Paris. — tu fr. les mille

BIOGRAPHIES NAIIOVUKS, 3.

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