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LE MARECHAL DE VILLARS

Villars est un des plus grands hommes de guerre de notre ancienne monarchie. Adroit négociateur autant qu'habile général, actif, au-dacieux et fin, insatiable de faste, avide de ri-chesses et de dignités, enclin même à la for-fanterie, il se montre, à travers tous ces défaut, toujours brave et brillant, ayant les instincts de la grande stratégie, capable de ces coups hardis et décisifs qui précipitent le sort des empires, et il doit à l'ensemble de ses rares qualités mi-litaires l'éternel honneur d'avoir sauvé la France à Denain.

Louis Hector duc de Villars, pair et maréchal de France, était né à Moulins, en mai ib53, de Pierre marquis de Villars, lieutenant général et ambassadeur de France à Turin, et de Marie de Belleforids. Il avait fait ses études ù Juilly, de 1664 à 1668, et les avait complétées à l'école des Pages de la Grande-Ecurie, que Louis XIV venait de fonder pour l'éducation militaire de la noblesse. Après un voyage en Allemagne, il obtint, par le crédit du maréchal de Bellelonds, son oncle, de faire, en 1672, la campagne de Hollande, ou il gagna l'épaulette de cornette de chevau-légers de Bourgogne. Au siège de Maestricht, sa bouillante ardeur le fit remar-quer du roi, qui dit a Croisille, son capitaine des gardes : « Il semble, en vérité, que, dès que l'on tire en quelque endroit, ce petit garçon sorte de terre pour s'y trouver; "et à vingt et un ans, son intrépidité lui valut le grade de colonel, dans cette mémorable journée de Sénef où, voyant Condé tirer son épée et charger à la tête de ses escadrons : « Voilà, s'écria-t-il la chose du monde que j'avais le plus dési ré de voir : le grand Condé l'épée à la main! » Mot heureux et de nature à avancer sa fortune, mais en même temps chevaleresque et plein de poésie, qui peint au vif l'homme et le guerrier.

Apprécié de tous ses chefs, de Schomberg, de Créqui, de Catinat et de Luxembourg, il fut désigné, après la bataille de Ryswick, pour l'ambassade de Vienne, et obtint, en 1702, un commandement à l'armée du Rhin. Plus maître désormais de ses mouvements, il passe rapide-ment le fleuve a Huningue, fait prendre Neu-bourg par un de ses lieutenants, et, douze jours après, est salué maréchal de France par ses troupes sur le champ de bataille de Friediingen, où il vient de vaincre le général le plus renommé de l'Empire, le prince de Bade.

L'année suivante, il s'empare de Kehl en quelques jours, traverse les montagnes Noires, opère sa jonction avec l'électeur de Bavière et conçoit le plan, qu'exécutera plus tard Napoléon, d'occuper Passau et Lintz, pour marcher ensuite

M sur Vienne, en s'appuyant, par le Tyrol, sur l'armée de Vendôme en Italie. Mais, entravé dans ses desseins, menacé même d'être coupé dans ses communications avec la France, il rie peut que se dégager, en gagnant sur le comte de Styrum la bataille d'Hochstett, près de Do-nawerth,

En 1704, il pacifie les Cévennes; en 1705, dans une campagne qu'admirent encore les stratégistes, il en impose à Malborough, et, sans coup férir, l'oblige à la retraite. Empeché par le désastre de Ramillies (1706) d'assiéger Landau, il se maintient avec avantage sur le Rhin et la Lauter. Il force ensuite les lignes de Buhl, pénètre en Allemagne où il ne fait, au préjudice de sa gloire, qu'une grande campagne financière, et revient défendre les frontières des Alpes et le Dauphiné contre le duc de Savoie.

En 1709, à la tête d'une armée qu'il a re-faite et qu'il sait encore électriser au milieu de l'abattement général, il tient tête au prince Eugène et à Malborough, qui n'osent pas l'atta-quer dans ses postes de la Bassée, les rencontre dans les plaines boisées de Malplaquet, et, après huit heures d'une lutte héroïque, ne leur laisse que le champ de bataille, jonché des cadavres et des blessés de vingt-cinq mille des leurs. Louis XIV éleva à la pairie le glorieux vaincu de Malplaquet, lui confia les forces et le salut de lettit et l'opposa, dès 1710, aux progrès de l'armée coalisée. Mais Villars, para-lysé par les oidres de la cour, ne peut qu'être

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témoin des fautes et des revers des campagnes

de 1711 et de 1712.

Rendu enfin par le roi à sa liberté d'action, il

voit le prince Eugène étendre trop ses lignes en

voulant investir Landrecies; aussitôt il lui donne

le change, et, le tenant en haleine par une

attaque simulée de ses dragons, s'élance sur

son camp retranché de Denain, s'en empare,

lui enlève Marchiennes et ses munitions, re--

prend Douai, le Quesnoy et Bonchain, et, après

avoir ainsi rétabli la fortune de la France, va

la représenter à Rastadt pour y conclure la paix.

Quelques mois plus tard, le 22 juin 1714,

Villars était admis à l'Académie française,

te où il opina toujours, dit d'Alembertg, avec

autant de goût que de dignité sur toutes les

questions agitées devant lui. » Enfin, à quatre--

vingts ans, « toujours jeune de cœur et entier

de zèle, » il partit pour l'Italie, en qualité de

généralissime des armées de France, d'Espagne

et de Sardaigne, unies contre les forces de

l'Empereur, s'empara de Milan, et, à la suite

d'un désaccord avec le roi de Sardaigne, revint

à Turin, pour y mourir dans son lit le 17 juin

1734, en enviant la mort glorieuse de Berwick,

le héros d'Almansa, emporté quelques jours

avant par un boulet devant Philipsbourg.

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