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€ate et difficile. C'était la grande capitale d'une nation méditerranéenne, non plus seulement la solennelle . et mélancolique Rome des Césars et des Papes qui s'offrait à ses yeux, et la ville nouvelle, hâtivement et magnifiquement édifiée au cœur de l'antique, pouvait lui dérober la vue du passé, étouffer sous la rumeur de ses grandes avenues bruyantes la voix des choses séculaires et des civilisations ensevelies. J'étais tout disposé, avant d'ouvrir ce livre, à plaindre ce jeune homme, doué d'un si beau talent, qui n'avait pu contempler, étant né trop tard, la Rome de Pétrarque, de Claude Lorrain, du Poussin, du Piranèse, de Chateaubriand et de Stendhal, la Rome de Pie IX et du cardinal Antonelli. Il n'a vu ni le camp prétorien, dans l'encadrement sinistre des vieux remparts, ni le Forum antérieur au déchaînement des archéologues, tel que l'avaient lentement façonné les brutalités de l'histoire, les caprices de la nature et la familiarité des mœurs populaires ; ni les régions inquiétantes de la Regola, du Transtévère et du Ghetto, ni la prairie plantée de mûriers qui allait de Saint-Jean-de- Latran à Sainte-Croix-de-Jérusalem, ni les soHtudes ombreuses aboutissant à la Porte- Saint- Jean, à la Porte-Majeure, à la Porte-Saint-Laurent. Il n'a point parcouru l'étonnante rue délie sette Sakj qui reliait Sainte-Praxède à San-Piero-in- Yincoli, une rue dépourvue de maisons, toute en angles brusques entre de hautes murailles, où il n'était pas prudent de s'aventurer à l'heure de
midi. Et la vie ecclésiastique qui depuis trentecinq ans se dérobe progressivement aux regards, pareille à un lac dont les eaux fuient, ne manquerait-elle point aux impressions du touriste attiré par la grandeur de la relique latine et païenne, intéressé et amusé par le mouvement italien de la jeune capitale? La Maison de Savoie, debout sur le Quirinal, ne masquerait-elle point à ses yeux la vieille majesté pontificale du Latran ou du Vatican ?
M. Schneider possède heureusement les dons les plus précieux du voyageur lettré : il a la foi, je veux dire le sentiment profond de la dignité historique et de la noblesse poétique attachées à chacun des sites qu'il visite, à chacune des ruines dont il pénètre les ronces ; il tient en sa mémoire la chronique complète de Rome, depuis les jours du bon Evandre, jusqu'aux grands Papes de la Renaissance ; il sait retrouver les couches successives d'événements, ou de fonctions originales accumulées par les siècles sur le plateau des Sept Collines, et, des brumes du passé, il réveille, avec une aisance admirable, de longues théories de fantômes, consuls, tribuns, empereurs, impératrices, figures terribles, empourprées de sang, capitaines chargés de lauriers, courtisanes effrénées^ anachorètes pacifiques, Messaline et sainte Hélène^ Néron et le Pape Sylvestre II, Virgile et Michel-Ange.
En vérité, il voit peut-être mieux la Rome présente que nous autres, les hôtes vieillissants de la