‹ La vieillesse de SedaineChapitre 2 sur 13 · NON REPRÉSENTÉ, PAYÉ DOUZE MILLE LIVRES. - SECONDE PIÈCE · texte numérisé non relu

NON REPRÉSENTÉ, PAYÉ DOUZE MILLE LIVRES. - SECONDE PIÈCE

RUSSE. — Second présent de huit mille livres.

Venons à la correspondance échangée, à ce propos, entre Grimm et l'Impératrice de Russie (^). Catherine écrit, le 7 décembre 1778 ;

Envoyez-moi, au plus tôt, la comédie de Sedaine, car ie suis si ennuyée des comédies françaises que j'ai déjà été trois fois à la comédie allemande, et deux fois à l'opéra-comique italien. . . Le dormir me vient a la plupart des pièces françaises, parce que cela est froid comme glace et manière a périr. Il n'y a point de nerf ni de sel à tout cela. '

(i) Tome XV, 527.

(2) Je vais indiquer en une fois les passages que j'y emprunterai • Grimm

i'm"o::J TT'r ""'"''T /V-'^T ^^'" '" ''"'^'- ^' ^^'^' ^^^

paeés 7 ''7'^'/«'-M«« Grot. Samt-Petersbourg. 2- édition, 1886, in-4°, pages 54, 3S> 36, 38, 72, 74, 77, 93, i43, 151, 182, 247, 252, 312; -

Grimm répond, le 15 février 1779 :

Enfin, Madame, cette comédie en cinq actes, en prose, et même par-ci par-là en vers, la voilà. Il a fallu plus de temps pour persuader à l'auteur que l'Impératrice de toutes les Russies lui commande une pièce, comme on commande un tableau à un artiste, que pour la lui faire faire.

Sedaine ne comprend pas qu'une souveraine, occupée de tant et de si grandes choses dans son empire, ait pu songer à lui demander une comédie de sa façon. Il en perdra « les trois quarts de la tête ».

Je me garderai bien, Madame, de dire à votre Majesté Impériale, ce que je pense, moi, de la pièce de maître Sedaine (0; c'est une « Épreuve inutile » que je veux m'épargner. La pièce est au pied du trône de son juge, et attend son arrêt. L'auteur s'attend à un arrêt de mort, et s'y prépare; il dit qu'il y est résigné. Votre Majesté verra, par un des billets originaux de l'auteur que je joins ici, que, pourvu qu'il lise sa condamnation de la propre main impériale, il mourra content. En lui lisant le passage qui le concerne, dans une des lettres de Votre Majesté, je n'ai jamais vu un homme plus frappé , plus étonné , plus enthousiasmé. Cela le prenait aux jambes comme moi, et il fallut qu'il se promenât dans ma chambre, en long et en large.. . Heureusement la pièce était faite, sans quoi tout était dit; la lecture de la lettre aurait détraqué ce qui restait de la tête du poète.

Je ne suis pas précisément l'ami de Sedaine ; je n'ai jamais eu grande liaison avec lui (2); mais c'est un homme dont j'estime prodigieusement le talent et le caractère. Si j'étais sorcier, je ferais en sorte que l'Impératrice eiJt la tête tournée de cette pièce, et que l'auteur reçût une récompense capable de fixer sur lui l'attention du public. Car je suis surtout enchanté lorsque les grâces de mon Auguste Souveraine servent à la fois de récompense et de leçon , de récompense au mérite,

Catherine II, Lettres à Grimm... Saint-Pétersbourg, 1878, in-4°, pages 118, 129, 146, 150, 167, 201, 204, 206, 215, 251, 257, 272, 4(8.

(i) Le détour est fort habile pour ne pas donner une appréciation plus ou inoins analogue à celle que la Correspondance littéraire donnera par la suite. Grimm, forcé de s'expliquer, aurait fait tort à son ami ou à la vérité.

(2) Ici, Grimm n'est pas fort sincère. Surtout depuis le Philosophe sans le iavoir (1765), Sedaine est bel et bien son ami. et ces relations ont été resserrées par l'intimité de M"" d'Lpinay avec M"»'' Sedaine (1767). Pardonnons à l'habileté diplomatique du correspondant de Catherine.

avec un bon soufflet sur la joue des aveugles, qui l'ont à côté d'eux sans s'en douter. . . A mon avis, Scdaine est aujourd'hui le seul homme en France qui connaisse véritablement le théâtre, qui ait du génie et de l'invention. Cependant nos faiseurs de phrases et de couplets métaphysiques sont bien éloignés de s'en douter('). On pilerait plutôt les la Harpe et les Dorât, et tant d'autres faiseurs de tragédies essentiellement froides, dans un mortier, que de leur apprendre à donner le tour à une pièce, à une scène même, à la Sedaine; et cependant, parce qu'il est simple et modeste, sans intrigue et sans cabale, ils le regardent, de la meilleure foi du monde, du haut de leur grandeur, comme des nains, qui, marchant sur des échasses de huit pieds, se croiraient dix pieds de hauteur.

11 n'a reçu aucune récompense, et, si le frère de Mme de Pompadour, dans les temps qu'il était le Betsky de la France, c'est-à-dire qu'il y avait le même département, ne lui eût donné la place de secrétaire perpétuel de l'Académie royale d'Architecture, il n'aurait jamais joui d'aucune faveur du Gouvernement, parce qu'il n'a jamais imaginé qu'on dût demander quelque chose, encore moins poursuivre ce qui ne vient pas au-devant de vous(^).

Le 28 mars, Catherine raconte d'une façon fort piquante la discussion qu'elle eut avec son conseiller, au sujet de la pièce nouvelle; comment elle dut se tenir pour battue, renoncer à la parole et la refuser à Sedaine. Le sentiment du lecteur sera, sans doute, qu'elle déposa facilement les armes; la pièce était, comme Betsky le dira plus loin, « irreprésentable », et aussi bien à la cour de Russie qu'à la cour de France, et certaines parties ne devaient pas moins choquer l'Impératrice que son cercle. Elle veut pallier l'effet de sa prétendue capitulation, en invoquant le grand nom de Montesquieu ; mais lui aurait-elle permis plus qu'à tout autre, par exemple, de bafouer la noblesse et de nier son courage? Un mot, enfin, nous prouvera qu'elle

(i) M"' du Deffand a écrit : « Sedaine va droit au cœur, et laisse là tous les détours d'une métaphysique que je trouve détestable en tout genre. » [Loc. cit., I, 175.)

(2) Sur la nomination de Sedaine, comme secrétaire perpétuel de l'Académie d'Architecture, par Abel-François Poisson, marquis de Marigny, on consultera utilement les Mémoires de J.-N. Dufort, comte de Cheverny. Paris, 1886, 2 vol. in-8°, I, 362.

demandait à Tamuseur de Trianon sa gaieté, et non sa philosophie. Voici, au surpkis, l'incident :

Vous voulez que je vous dise tout le bien et le mal que j'en penserai [de Rainiottd V, que Catherine appelle, comme Grimm, l'Epreuve iiiutiJe]. Allons, soit : ce fut Betsky^O, qui m'en fit la lecture; il ne savait ni de qui elle était, ni d'où elle venait; il en lut très indifféremment le premier acte ; après quoi il trouva que Raimond avait peu de ressources dans l'esprit, qu'il aurait pu dire qu'il avait reçu la pièce par la poste; je le laissai dire; maître Gavaudan lui plut; mais, dit-il, c'est faire la leçon aux princes : « Qjai est-ce qui a à faire de cela ? » Je me taisais ; il continua, et ne lut que trois actes, ce jour-là ; il grommelait entre ses dents : « Cela est choquant pour bien des gens ». Je fis semblant de ne pas comprendre ce qu'il disait; il prenait un intérêt vif à ce qu'il lisait : pas un mot ne lui échappait, chose qui ne lui arrive pas quand il fait une lecture qui l'ennuie. Le lendemain, il n'eut rien de plus pressé que de recommencer, ou plutôt de finir sa lecture ; par-ci, par-là, il se fâchait en lisant, et, lecture finie, il dit que cette pièce était irreprésentable, parce qu'elle choquerait trop de monde. Je lui dis que la pièce était écrite avec force, qu'elle était excellente ; il me répondit que la comédie devait amuser et divertir les spectateurs, que celle-ci, représentée au milieu d'une cour, peinerait les assistants, et que le maître y faisait un rôle peu imposant. Je lui répondis : « J'aurais envie de la faire représenter, ne serait-ce que pour montrer que j'ai plus de crédit chez moi que Raymond. » Il me répartit : « Soit! mais vous plairezvous dans un cercle oia tout le monde sera blessé? » Ici, je fus obligée de me taire, parce que la comtesse de Boulogne ne m'avait rien promis. C'est une pièce qui fait rêver (2). Die Kaiserl : Prûjungen sind hier eben so wenig wie anderswo ausgebliebeii . Je la crois très comique; mais elle ne fera guère rire, je crois. Tout ce que dit Gavaudan, et surtout dans la 6^ scène du Ve acte, est digne de Montesquieu, et toute la pièce est écrite avec force : il paraît que la tête de l'auteur est une machine nerveuse, ce que sa comédie démontre. Je lui dois bien des remerciements de la complaisance qu'il m'a marquée, en s'occupant, selon mes désirs, à composer une comédie pour moi ; instruisez-moi avec quoi je pourrais lui faire plaisir, à mon tour

(i) Betsky (Ivan-Ivanowitch), conseiller privé de l'Impératrice.

(2) La princesse de Salm était donc mal informée, quand elle prêtait a Catherine ce langage, dans son Élof^e historique de Sedaine : « Mes ministres s'opposent à ce qu'on joue la pièce de Sedaine ; mais je m'en venge en la leur faisant lire. » Elle disait la phrase extraite d'une lettre de l'Impératrice à Grimm ; il est aujourd'hui prouvé qu'elle ne l'avait pas lue. Elle fut mieux renseignée sur le présent de 20000 livres dont il sera question plus loin.

On n'a pas la réponse de Grimm à cette lettre. Catherine poursuit, le i" juillet 1779, sur le même sujet, en des termes que j'abrège :

Remerciez bien Sedaine, de ma part, du désir qu'il marque de prendre sa revanche, et dites-lui bien que s'il faisait, au lieu d'une, deux ou trois pièces, cent pièces, je les lirais toutes avidement. Vous savez que, après la plume du patriarche [Voltaire], il n'y en a point que j'aime tant à suivre que celle de Sedaine.

• Et voici le triomphe de Grimm et de sa diplomatie :

Donnez à Sedaine douze mille livres des fonds qui sont à Paris et dont je peux disposer; sa pièce n'est pas tombée du tout; elle est très bonne, mais n'a pas été représentée, par précaution, afin d'empêcher les grommeleurs de grommeler... Qu'il vous donne tout ce que sa tête enfantera.

Le 5 juillet, l'Impératrice glisse ces mots, dans un sujet qui leur est tout à lait étranger : « Donnez-nous donc au plus tôt du Sedaine, du Sedaine gai, car je n'aime pas le triste. » Le « Sedaine gai », j'ai annoncé que c'était celuilà surtout qui plaisait.

Grimm, le 27 octobre suivant, en même temps qu'il envoie à sa souveraine le Théâtre à l'usage des jeunes personnes de M"^ de Genlis, les Epoques de la nature de Buffon, et les Récréations dramatiques de M. Tronchin (des Délices, non pas le médecin), lui écrit :

Le brave et simple Sedaine est resté d'autant plus pétrifié du bienfait de Votre Majesté Impériale, que tout ce qu'on tire ici d'une pièce de théâtre, on le reçoit du public de Paris... et que la cour ne donne rien. On a bien l'honneur d'être représenté devant elle, à Versailles ou à Fontainebleau; quelquefois même. Messieurs les premiers gentilshommes font l'honneur à un auteur de lui demander une pièce pour la Cour; mais cet honneur paye tout, et Paris paye ensuite en argent,. . Cela attire à Votre Majesté une lettre de sa part [celle de Sedaine] ; ce sont des inconvénients inévitables. Cela attire aussi à Votre Majesté une nouvelle pièce, qui est actuellement sur le métier, et qui sera achevée avant la fin de l'année , . .

Nous passons ici à la seconde « pièce russe », dont le nom, finalement, n'est pas prononcé dans cette correspondance. L'Impératrice répond simplement, à ce sujet, le 7 décembre : « J'attends la pièce de Sedaine avec impatience. » Puis elle cesse d'en parler pendant plusieurs mois.

Le i8 août de l'année suivante (1780), Grimm annonce que « maître Sedaine reparaîtra incessamment sur l'horizon de Minerve l'hyperboréenne » avec l'œuvre nouvelle. Ce ne fut cependant pas avant le 27 février 1781 que l'événement se réalisa.

Votre Majesté trouvera la comédie de maître Sedaine, à la réception de laquelle j'ai eu l'honneur de la préparer depuis longtemps. Je suivrai ma méthode, et ne dirai pas à Votre Majesté ce que j'en pense. Ce que je sais, c'est que si celle-ci n'est pas jouée sur le théâtre de Pétersbourg, ce ne sera pas par la raison qui a privé la pièce précédente des honneurs de la représentation. Maître Sedaine serait bien tenté de faire hommage à son auguste bienfaitrice d'une copie de sa tragédie en prose Paiis sauvé. Celle-là n'a pas été faite pour l'Impératrice; il y a plus de douze ans qu'une suite de catastrophes non interrompue l'empêcha d'être jouée (0. Lorsque le roi de Suède vint en France, il y a dix ans, il en entendit la lecture, et, lorsqu'il devint roi, il demanda à l'auteur une copie. L'auteur en offre une à notre Auguste Souveraine , et moi j'attends son agrément pour l'accepter ; si ces pièces sont jamais imprimées, elle ne pourra échapper à l'épître dédicatoire que l'auteur lui destine.

A quoi l'Lîipératrice répond^ le 19 mars :

Je passe sur le corps à vos lamentations allemandes. . . pour vous dire que la comédie de M= Sedaine est très bonne, et qu'on va la jouer incessamment sur le théâtre de Tsarskoé-Sélo, oii je veux aller dimanche qui vient; je l'ai lue avec le plus grand plaisir, et l'auteur me fera un cadeau que de m'envoyer sa tragédie en prose de Pmis sauvé, et, s'il le veut, je la ferai jouer tout de suite, au risque de ne pas échapper à l'épître dédicatoire.

(i) Reçue en 1771, il n'y avait pas plus de dix ans que cette pièce attendait l'autorisation nécessaire.

Puis, le 30 avril :

La comédie de maître Sedaine a été jouée avant-hier ici, et elle a reçu des applaudissements sans fin ; mais ce qu'il y a de plaisant, c'est que la ville, qui, nota bene, n'a pas vu la comédie, dit que c'est moi qui l'ai faite.

Elle insiste, le 24 mai :

La comédie Sedaine a été jouée et rejouée, et moi accusée de l'avoir faite. L'ambassadeur de Venise a fait mourir de rire notre parterre.

Réplique de Grimm, le 6 juin :

Maître Sedaine a bien de la peine à se persuader que sa pièce a été jouée avec succès. Comme il n'en avait pas entendu parler depuis quatre mois, il la croyait tombée sans ressource, et le benêt s'imaginait que je n'osais lui aimoncer ce désastre.

Puis Texcellent ami, pour enfoncer dans la tête impériale que les louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise, et qu'il y faut mêler du solide, ajoute :

Votre Majesté a si magnifiquement récompensé M. Sedaine d'une pièce à qui elle n'a pu accorder les honneurs de la représentation, qu'il est manifeste que la seconde pièce, jouée avec succès, doit être beaucoup moins magnifiquement payée. Si Votre Majesté permet l'impression de ces pièces et qu'on mette son nom auguste à la tête de Paris sauvé, j'attendrai des ordres, pour savoir ce qu'il faudra donner à un homme qui a eu la gloire de travailler par son exprès commandement...

Sedaine entre et m'apporte ses dessins et son épître. Il m'enjoint expressément de les mettre aux pieds de son immortelle bienfaitrice (combien de personnes, dil-il, ne lui doivent pas ce nom!); après lui, sa femme, ses enfants, ses pièces, tout veut être à ces pieds. Et il dit comme cela que, si l'Impératrice désire de garder ces pièces quelque temps, dans son portefeuille, sans qu'elles soient imprimées, elle n'a qu'à dire un mot, et elle sera obéie ; il n'est pas pressé d'imprimer.

Catherine, après avoir écrit le 11 juillet : « Dites à Sedaine qu'il est le maître de faire imprimer ses pièces et de mettre mon nom à la tête », mande, plus de six mois après, le 25 février 1782, à son correspondant :

« J'ai donné à M. Betsky la lettre de maître Sedaine pour l'Académie des Beaux-Arts, et je lui parlerai d'agréer maître Sedaine ; donnez-lui les huit mille livres que vous me proposez. »

Enfin voici un honneur officiel ajouté à l'argent; nous en sommes informés par la lettre de Grimm du 15 juillet de la même année :

Cette Académie [des Beaux- Arts, Académie impériale] vient de nommer maître Sedaine pour remplacer, parmi ses associés honoraires, feu maître Gabriel, premier architecte du Roi de France. Maître Sedaine se prosterne devant le trône des Miséricordes, et dit que c'est à moi de l'y conduire. Il dit qu'il doit tout à ce trône : gloire, aisance. . . mais, si je le laisse dire, il n'aura jamais fini, ni moi non plus(').

Qu'était-ce, cependant, que la pièce de Sedaine représentée, à Tsarskoé-Sélo, le 28 avril 178 1 ? Je ne sache pas que la question ait jamais été posée, publiquement au moins. Sans doute, l'Impératrice profita de Toffre que l'auteur lui avait faite de conserver sa pièce en portefeuille; mais il avait dit « quelque temps », et ce fut toujours. Il n'était « pas pressé d'imprimer » ; parole imprudente, il n'imprima jamais. Dans le dénombrement donné, à sa mort, de son œuvre entière, M™^ de Vandeul dit « qu'il fit aussi deux pièces pour l'Impératrice de Russie », et, en les rapprochant de Maillard, quelques lignes plus loin, elle ajoute que « les deux pièces russes ne sont pas connues du public '^^ ». La première, — cela ne fera aucun doute pour le lecteur, — est Raimond V. Quant au titre de la seconde, il m'a fallu essayer de le découvrir à Saint -

(i) 11 est encore question de Sedaine eu trois passages de cette correspondance. Les deux premiers n'ofFrent pas d'intérêt. Le troisième est daté du 13 janvier 1789. Sans doute Paris sauvé, qui a été imprimé en 1788, venait d'être adressé à Catherine; elle écrit à Grimm : << J'envoie à Sedaine la médaille que vous me demandez pour sa tragédie de Paris sauvé. » On voit que Grimm demandait toujours.

(2) Notice. . . Correspondance littéraire.

Pétersbourg. Un intermédiaire obligeant, auquel je rends grâces, a copié pour moi, dans le Journal des fourriers de la cour, ce compte rendu du spectacle à la date intéressante : « On a joué la comédie française Journaliste , laquelle a commencé l'après-midi, à sept heures, et s'est terminée par un ballet, après neuf heures. »

^me jjg Vandeul a donné ce titre, — sous une forme un peu différente et qui doit être la bonne : les Journalistes, — mais simplement comme celui d'une comédie inédite de Sedaine, et sans allusion à son origine ^'\ Si l'histoire en est éclaircie, malheureusement elle-même nous manque. Elle paraît avoir été égarée dans un transfert d'archives de Tsarskoé-Sélo au Palais d'hiver, et il n'en existe pas, croit-on, d'autre manuscrit *'^ Quel dommage cette perte cause-t-elle à la renommée de Sedaine ? Faible, j'imagine; une belle œuvre ne fût pas restée prise dans les glaces. L'auteur avait été, en tout cas, gratifié magnifiquement, et bien au-delà de ce qu'il avait pu rêver. On n'admira pas moins l'honneur fait à l'architecte que le don au poète. A Gabriel, l'auteur de l'École miUtaire et des belles colonnades de la place de la Concorde, assigner pour successeur, dans une académie, Sedaine, qui, avec une modestie à peine exagérée, se traitait de maçon, il y avait de quoi exciter l'envie de quelques-uns et le sourire de tous.

Un jour de détresse, il soupirait à la fin d'un sonnet :

Oh ! Muse trop cruelle, Reprenez cet esprit qu'on admire en tous lieux. Je meurs de faim, hélas ! rendez-moi ma truelle.

(i) Sedaine laisse en portefeuille : la Trompe noctuttie, Pagamin de Monaigiie, Philémon et Baucis, Cèltstin, Robert, Gil Blas. en quatre actes, Basile, Marion, y Amoureux goutteux et les Journalistes, en cinq actes {Ibid., p. 246,). — M""° de Girardin a écrit une comédie intitulée V Ecole des Journalistes.

(2) C'est ce qui ressort d'une lettre de M. Bilbassow, l'auteur d'une Histoire de Catherine II, à mon aimable correspondant ; il lui dit, en outre, que, s'étant occupé de la recherche des Journalistes , à la demande du correspondant du

Il ne connaîtrait plus désormais l'angoisse d'une pareille alternative. Sa fortune prenait une face nouvelle : Betsky le vengeait de Papillon de la Ferté, et le retard des Monsigny, des Grétry, des Philidor ne le mettrait plus en péril. Catherine, honorant toute sa carrière, récompensait l'ancien labeur de la truelle et la veine récente de « cet esprit qu'on admire en tous lieux ». Et ce fut, au total, par 12 000 livres en 1779, par 8 000 en 1781, auxquelles joignez un don intéressant de 50 louis du prince Henri de Prusse. Bref, voilà Sedaine à la tête d'une petite fortune.

Dictionnaire Larousse, il n'y avait point réussi, et avait appris qu'elle avait déjà été faite pour M. Grot, membre de l'Académie des Sciences, l'éditeur de la correspondance de Catherine et de Grimm.

Page 1