I2S VOTES
sôBt pas moins honorés que Taimée précédente. Je crois que si ce sujet, quoique bien puéril, pouvait être approfondi , il nous découvrirait peut-être plus d'une origine curieu3e conservée sous le voile de la tradition ?
« Indépendamment des monumens celtiques en pierres qu'on découvre dans les environs de Chartres, il en est d'une autre espèce dont l'origine remonte aux temps les plus reculés , ce sont les monticules en terre que nous connaissons sous le nom de Motus,
^Putre celles du bois deLëvQjs, de (joiud reville, Thivars» et de l'Étang Vert^ on en voyait une au village de Morancez dans un jardin que l'on appelle encore le Clos de la Motte. Le propriétaire s'occupe depuis quelque temps à détruire ce monument. L'on doit ras-* sembler soigneusement les objets d'antiquité qui pourraient se trouver sous cette masse déterre ; car, d'après l'opinion de M. Legrand D'Aussi , la plupart de ces monticules sont des tombeaux de personnes qui ont joui de la plus grande considération parmi les anciens Celtes et Gaulois. » ( Extrait de V Histoire de Chartres , par M. Cbevard ; tome P' , page loo. )
(21) De r immortalité^'] « Fiogal, chef des hérc^, dit Colmnl mourant, reçois ce b& ton magique ! Mon ame monte sur l'aile du météore , vers le séjour des bons et des braves ; que mon corps soit placé parmi ceux de mes pères ! que nous reposions ensemble dans les îles verdoyantes!
w Les montagnards d'Ecosse sont encore persuadés qu'à leur sortie du corps ^ les âmes se rendent dans l'autre monde de cette manière , et ils croient que 'Certains météores auxquels ils donnent le nom de Dé
DU LIVRE TROISIÈME. ia3
Eugy présagent la mort des personnes d'un» rang élevé« Cette notion, qui leur Tient des druides, est redevable de sa durée à la répétition fréquente des poèmes d'Ossian. » ( Note des poèmes d'Ossian^ traduction de Hill. ) « Aussitôt que le brave toitibe , une étoile scintillante brille dans la nuit qui Tenvirotane ; c'est l'astre de l'immortalité. » ( VEdda mythologique ; Recueil de Sined. Vienne, 1791 ; in-4**- )
(22) hes sorts, ] « Les anciens Celtes coupaient une branche d'arbre qui portait dn fruit , et la partageaient en plusieurs parties sur chacune desquelles ils faisaient des marques différentes ; ensuite ils \e% jetaient pèle- , mêle dans une robe blanche. S'il s'agissait d'une a^ faire qui intéressât l'État , un prêtre faisait la cérémonie ; s'il n'était question que d'une affaire domestique , le père de famille servait de prêtre. Celui donc qui présidait commençait cet acte de, religion en faisant une prière qu'il proférait en tenant les yeux élevés vers le ciel. Apres, il prenait <fes morceaux de branche l'un après l'autre, et formait des prédii:tions sur les marques qu'il avait faites auparavant. Si ces prédictions étaient sinistres , l'affaire qu'on consoltait ne pouvait pas être entreprise ce jour-là; si , au contraire ,* elles étaient favorables , on c<^nsultait encore les augures par le chant et le vol des oiseaux. » ( D, Martin; U P% liv. 1*% page 74.)
(23) Des chastes amours, ] « Cette déesse Aait la Vé^ nus céleste des Grecs et des Syriens ; on l'adorait dans leé Gaules sous la figure d'une belle ifemme dont le corps se terminait en poisson. Sur le frontispice d'un monument à Glermont en Auvergne , on voyait une
belle tête de femme dont le front était surmonté de
deux ailes ; ses oreilles étaient accompagnées de na^ geoires écailleuses , et deux serpens descendaient sur ses épaules comme des bandelettes. »'( Extrait de la Religion des Gaulois^ par Dom Martin ; tome II , chapitre 21.).
(24) L*art de guérir, ] «Belënus était le dieu du soleil et de la médecine; les poètes disaient le blond Phébus; Mélen signifie blond en breton. » (P. St.»Foix; tom. II , page 59. )
a Apollon, Belënus y était chez les Gaulois le dieu de la médecine ; les druides avaient donné son nom à la jusquiame. L'église de Toulouse , connue sous le nom de la Daurade, était le plus beau temple d'Apollon dans les Gaules. » ( D, Martin ; etc. }
Le culte de Belènus ou le soleil , était fort en bon* neur dans la Gaule septentrionale, témoins les noms de ces villes placés sous «on invocation : Beleni^ Blainr ville y petite ville de Lorraine; Beleniacuf; Bulignij village près de Tonl ;Belenodivum; Blenod , bourg de Lorraine ; Tombelene ( ou autel de Belënus ) ; Tomblaine^ village situé au bord de la Meurthe.
Une des fêtes que les Gaulois célébraient avec le
*p1us de solennité, en l'honneur de ^efènz/^ , dieu du
jour, était celle du solstice d'été ; et les feux de là
St.-Jean^ comme le prouve l'extrait suivant, ne sont
eux-mêmes qu'une tradition de cet antique usage.
« Les Gaulois célébraient la fête du solstice d'été, par une illumination générale de tous les temples , et parliculiërema|t du monument de Camac. C'est dans cette nuit qu'ils ajoutaient une pierre à celles qui j étaient amassées depuis des siècles, sur onze lignes, nombre des signes du Zodiaque , avant que les Grecs y
DU LIVRE TROISIÈME, laS
eussent ajouté la Balance. Ces pierres sont au nombre de quatre mille , ce qui annoncerait 4ooo ans de permanence sur le même sol jusqu^au règne de Tibère; et bien plus encore, si'ce monument est le résultat d'un système d'astronomie , puisqu'il ne pourrait appartenir qu'à un peuple déjà fort instruit.
» Suivant la théologie druidique , la Nuit avait enfanté le Jpur. Belène était le dieu de la lumière ; les druides célébraient ses premières apparitions par des solennités , etc. » ( Extrait d'un art. sur les monumens celtiques j jpsLV M. de Camhry ; .Re\^ue philosophique et littéraire , n® 32 ; 8 ao&t i8i5. )
(aS) Aphrodise. ] «« Une inscription trouvée dans la forêt de Belèsme, nous apprend que les Gaulois , avaient, de même que les Romains, des dieux infernaux. Vénus pouvait bien être une divinité infernale chez les Gaulois ; et ce qui marque combien ils comptaient sur les bons offices qu'elle pouvait leur rendre après la mort , c'est le grand nombre de temples et de chapelles qui lui furent érigés dans la Gaule. Près du Heu oii a été trouvée l'inscription des dieux infernaux, devait exister une statue de Vénus considérée comme déesse funéraire, témoin cette inscription ; Aphro^ disiuni. Cette statue remplaçait sans doute' celle appelée à Delphes, Epiijrmbia , oii Ton se rendait pour faire des libations aux morts. »( Religion des Gaulois \ tom. I*' , pag. 235. )
(26) Hésus le terrible. ] « Es us était le dieu qui sème le carnage et l'horreur , qui ôte et ranime le courage dans les combats, et nomme ceux qui doivent être tués. EuZy en breton , veut dire terreur, horreur sa-
i46 NOTES DU LIVRE TROISIÈME. .
crée ; Euz^enes (île à*Ouèssanl y^ île de la terreur , k cause d'un trophée qui y était consacré à Esus » (St.-'Foixjioia. II, pag. Sg. )
« Its adorent le dieu Mars ou Hésus , qu'ils appellent Veffrajrable-y c'était le dieu de la guerre, et il aimait le sang. » {Bern^de Si ^'Pierre ^ Ârcadie....)
Gomme les auteurs diffèrent sur la manière d'écrire le nom de Hésus y j'ai adopté celle de l'auteur de la Religion des Gaulois, suivie par Bernardin de St.-Pierre.
(27) UnboucUer resplendissant, ] « La femme n'apportait point de dot au mari , mais ce dernier à la femme ; les parens assistaient aux noces , regardaient si les pré*sens étaient de qualité requise ; c'était des bodufs accouplés sous le joug, un cheval tout bridé , un bouclier et une lance , une épée ; et réciproquement la femme lui donnait quelques armes. Ces préseiis étaient comme une leçon pour la femme , et lui montraient qu'elle doit être la compagne de tous les travaux et de tous les dangers de son mari , tant dans la guerre que pendant la paix, n (Dom Galmet; Hist, civile deLor,^ tom. I, pag. 38. )
m il I ■! III >i
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U Emissaire} — Le Druide; — L'Hospitalité,
PÊir^ÀiTT que la fille de Dicîomar s'abandonnaii à de justes regrets, Hemdal n'était pas resté oisif. Il avait tout préparé pour qu^ l'asseaiblée du peuple assurât ses projets; et la joie de voir bientôt sou ambition satisfaite avait rendu la vigueur à son corps appesantie
Le chef des druides venait de terminer sa carrière. Dans quelques jours tous les prêtres de la Gaule , avertis par de mystérteux signaux ^ devaient se rendre au pays des Garnutes \ci] > pour lui choisir un succetteur '.
Depuis long-temps Tambitiéux Hemdat as^ pire à la dignité de'sottverain'>-pontife. Il sait
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fét] Pays Chartraia.
128 LA VIERGE D'ARDDÈISE.
que c'est souvent à main armée que les druides s arrachent le bâton augurai et les bandelettes sacrées 9 et pour arriver à son but il a flatté le^ espérances dlsarn^ il s'est fait un parti puis* sant parmi les jeunes nobles ^ en leur faisant connaître de nouvelles jouissances. A diverses époques I des étrangers , introduits par lui dans l'enceinte de ces forêts ^ avaient fait briller l'or corrupteur aux yeux de leurs habitans. Bientôt les armes de leurs pères^ formidables dans leur simplicité^ ne leur suffirent plus : il fallut les revêtir d'un métal brillant et poli. Les produits de leur chasse ne leur parurent précieux que parce qu'ils pouvaient les échanger contre des chaînes d'or ou des vases élégans Ib oublièrent qu'ils po^édaient les vrais biens : la liberté ^ une vie frugale et la crainte des dieux. Ils en étaient venus ^ enfin ^ jusqu'à envier les honteux avantages que leurs frères avaient recueillis de l'esclavage.
A la vérité^ le druide savait qu'il serait difficile d'opérer tout- à -coup un changement dans les mœuvs de la nation y dont la partie
saine avait conservé ses antiques usages et sa noble simplicité % mais il espérait qu'un premier mouveqaent donné entraînerait en: sa faveur la plus grande partie des guerriers.
Telles étaient les idées qui occupaient Fes-^ prit dé l'ambitieux vieillard y lorsque deux étrangers y guidés par son esclave le plus d^-^ voué y parurent à ses yeux. L'un d'eux , enveloppé d'une longue toge^ jette autour de lui des regards furtifs. « Approche^ étranger ^ lui dit le druide ^ eu le reconnaissant pour un envoyé des Romains qui lui avait déjà été adressé : cette enceinte^ redoutable pour tout autre ^ est un lieu de salut pour toi : nul n'oserait franchir la ligne d'arbrisseaux épineux
qui entoure mes domaines ^. Parle sans crainte^
que veulent de moi les vainqueurs de la
terre? »
(( Les fils de Rome , répond l'étranger avec un sourire faux^ t'engagent à proposer leur alliance au peuple qui te révère. Ils géipissent de voir cette brave nation plongée encore dans la barbarie ; et ces présens qu'ils m'ont
i3o LA VIERGE D'A&DUÉMË.
chargé de te remettre sont un gage de leur affection, n II dit^ et prenant un coffret des mains de son compagnon , il en tire des chaînes d'or d'un travail précieux ; emblèmes perfides de celles que la domination romaine apprête k ce peuple échappé jusqu'alors à Vesda* v^ge!
ce Ainsi c'est l'humanité qui les guide et leur fait souhaiter notre alliance ^ répond le druide avec un visage composé : je respecte ce taiolif ; et puisque tes frères dépouillent leur odieuse arrogance ^ je répondrai avec franchise. Je connais ma nation mieux que les fils de Mars , et je sais ce qu'il faut à son bonheur. Ses an« ciens préjugés ont tout pouvoir sur elle : qui voudrait l'en priver s'attirerait sa haine et sa vengeance. Ce peuple brave, quoique ignoré, . ne se soumettra qu'à la voix de la persuasion : plein de respect pour ses druides , eux seuls seront les arbitres de ses destinées. Les prêtres des Gaules s'assemblent à la prochaine lune dans la forêt de Dreux. Vous régn^bz sur les Carnutes : qu'aidé de votre influence , Hemdal
soit revèlii da souverain pouvoir. I^'aUiance des Arduèiiens est à ce prix, m ^ fc Pcmiife des Gauks > dk Tétraifiger eo s'iu-^ clinaot» je te salue ,. si telle est la seule coadilion ({ue tu meta à la paix : le magnanim^^ Druaus m'a dooné fout pouvoir de traiter avec: toi. Que les cluefs de tes guerriers viennent donc avec conQance vers notre géoéi^al. L'il-* lustre Yalérius confiroiera^ U parole d*^ pai^c et d'alliance que je te donne ^ et réalisera tés vceux. M A ces mots flatteurs ^ le coeur du vièiiW lard palpite de joie. II tend la main à 1 étranger^ et n'aperçoit ni son oblique regard, ni son sourire équivoque ; et le conduisant ver9 sa demeure : i< Reçois de moi rhospltalité , ô* étranger ! ^ lui dit-iL Un dieu y sans doute y a dérobé ta marche à tous les yeux, et à guidé les pas dans la forêt. Viens sous mon toit jusqu'à la mtit y mon fils : elle est souvent plus favorable que le jour brillant. Aussitôt que ses sombres voiles tond>eront sur la terre, je veux te donner une preuve de ma fidélité à remplir
les engagemens que je contracte* Cette nuit,
i32 LA VIERGE D'ARDUÈNE.
par mon ordre ^ Télite de nos guerriers se rendra da^s le temple de Hésus. Là y caché à tous les regards, tu seras présent à Fasseitiblée^ et tu entendras les sermens de ceux qui régis^ sent ce peuple sous mes lois. » Il dit , et hâtant sa marche , il rentre dans sa demeure ^ , et ordonne qu'on prépare le bain et le repas destinés à célébrer l'arrivée de l'étranger. A sa voix y la foule nombreuse de ses esclaves s'agite. Les uns apportent et remplissent d'une eau pure la large cuve formée des troncs amincis du hêtre. Par un art admirable et ^onnu. des seuls Gaulois, ses flancs artistement sculptés sont réunis par les branches flexibles «du châtaignier, qui l'entourent d'une triple ceinture ^« Cependant le foyer est allumé ; son sein recèle d'énormes caiUoux, qui*, jetés avec pru* dence dans lé sein de l'onde, lui communi* quent la chaleur dont ils sont pénétrés. La main délicate d une jeune fille en fait l'essai. Avec un doux sourire elle engage l'étranger à venir se délasser de ses fatigues; et tandis que deux de ses compagnes détachent les agrafes
précieuses qui retiennent le$ cothurpes du Ro« main, elle apprête une couche formée des dépomttes moelleuses du chardon; argenté '} de rares fourrures la recouvrent ; un faisceau de fougère, placé près de la cuve, doit recer voir les pieds de rélranger,sort^^»t du bain. Le Romain, élevé dans le sein de la ^reine du monde, s'étonne de ces dj^ice^ étrangères; et, abandonnant un instant I^ hautes pensées qui l'occupent, il se plait. à graver dans sa mémoire les mœurs et l|s usages de ce peuple inconnu.
Quand la douce chaleur de leau a rendu la souplesse à ses membres fatigués, lorsquW paisible sommeil, goûté sur cette couche ri^«tique, a rafraîchi ses sens, il se le ve.ejt, entre dans une salle. Partout le soi est jonché de verdure, partout les murs d'argile sont.cou-^ verts de rameaux de Ipélrç,. dont les tig^, plongées dans de grands vases pleins d eau , y puiseutjane sève étrangère qui sert à conserver leur fraîcheur ^ Cette salle, destinée, aux fesr tins , est {placée près des^ bains , afin que les
i34 I^A VIERGE D'ARDUÊNE.
délices de la table suivent les douceurs du
repos.
Hemdal y entouré de quelques amis inTÎtés à la fête y attendait son bète. Il lui présente la main droite ^ et le conduit au haut de la salle ôÀ le festin venait d'être préparé. Assis sur un ^noticeau tie peaux molles • , 1 étranger est |ïlacé près à\ï d^Ûlde. La table, formée ^nn •lioyer '• antique que la doloire a piolî avee •Soin, est parsemée de fleurs " **, et couverte de vases- d'une formt plus commode qu'élégante : lun d'eux, comme un bassin immense^ continent le dos d'un porc bouilli '* assaisonné d'herbes odoriférantes et des gousses de cette bulbe àànt l'a bh^iûde saveur rehausse le goùt^ fexcîte Vappétit.
Partout l'argile tolorée ■*, l'airain éblouissant eï l'étaîn, dotit l'^éclat imite celui de l'ar- ^^Xi façonnés en loupes, en pateres, oflrent 4UX convives des mets vanés. : l'orge dépouillée ''' de sa rude écorce et bouillie dans du lai^; la blanche scorsonère, ledaucus safrané, dont la saveur sucrée rivalise avec^ le miel, et ces
LlVMf QUATRIÈME. i35
«loîres racines au suc piquant > qui forment la nourriture la plus commune des Gaulois '^.
A.ux extrémités de la table sont placés des poissoqs .du lac> la délicieuse geliue des bois , et Toiseaurdes bruyères > dôQ( l'éclatant plu* mage rappelle à 1 étranger l'piseau du phase , conquis p^r Lucullùs '^«
A cette abondance succède un jeune bélier '^ qui a a point vu d^ux printemps; il s'engraissait sur les coUibâs. parmi les nombreux troupieaux d'Hemdal; nourrie de plantes aromatiques^ si chair délicieuse en cOfiserve le parfum. L'étranger s'étonne, de la délicatesse dVn mets ign<H*é de la voluptueuse jElome , et se promet den enrichir la table de son empereur. Un pain-formé d'orge et d'avoine , que le levain rend plus léger ^ e^t servi avec profusion*
Am coi3fim.encement du festin, on avait pré^ sente , aux c^nviye^ une sorte de pain azime , cuit sous la cendre: ces gâteaux circulaires servent à recevoir les portions de viandes fumantes qui sont destinées à chacun; et, pénétrés de leurs sucs nourrissans , ils deviennent
i36 LA VIERGE D'ARDDÈNE.
eux-mêmes un mets délicieux '7. Pendant le repas y des esclaves attentifs présentent des vases remplis de cervoise frémissante [a].
Hemdal porte à ses lèvres la première coupe , et 4a passe à son h6te; celui-<:i^ instruit des usages gaulois 9 reçoit la longue corne d'uroch qu'enrichit une anse d'or , il se lève , et s adressant ^u druide : « Hemdal , dit-il^ interprète w des dieux, je bois à vous ! » *• cf Que ce breuvage vous soit salutaire , » répond le vieillard.
Bientôt oh enlève les viandes. Elles sont remplacées par des corbeilles de jonc. Les unes contienne nt dix sortes de laitage durci et pénétré d un sel préservateur ; les autres sont remplies des fruits des forêls. L'étranger sourit en y voyant figurer aveé pompe , les grappes rouges* de l'aigre bèrberis [ô] , la tbalaigne dont la chair savoureuse est défendue par une triple écorce ; les faines huileuses
■ I II I— — ^.— — — — ■ —«1^— — ^— — — W^— — — ^— 1— —ii»^
[a] La biërc.
[ô] L'épine vinctt©^.
que produit le hêtre , le fruit de l'humble coudrier , la prune bleuâtre qui semble, couverte de frimas , la noix onctueuse ^ la pomme colorée d'un vif éclat ^ mais âpre et sauvage comme les forêts où elle prit naissance ; les fruits de; l'élégant arboisier '^^ dont les co«rymbes éclatans brillent à travers les feuillages; ceux plus doux du cormier et de l'alise , enfin la nèfle '''' au cœur osseux ^ dont la race est rebelle aux soins de la culture. Dans une autre saison ^ le druide eût offert à son hôte la fraise odorante ^ dont les rézeaux y légèrement pourprés 9 tapissent les lisières des bois; la framboise embaumée ^ la noire merise ^ et les fruits rouges du cornouiller. Au centre des corbeilles s'élève une pyramide de gâteaux triangulaire^^ pétris de lait et de fleur de farine; leur forme parait mystérieuse, etM'étranr ger observe que , distribués par le druide luimême y ils sont reçus avec une sorte de respect **.
L'hôte de Hemdal essaye de goûter, des fruits qu'on lui présente, mais leurâpreté """^ a
î38 LA VIERGE D'ARDUÈNE.
bientôt révolté son palais délicat, ce Pauvra peuple ! 6 ecrie-*t-*il , ces sauvages produit» d'une nature inculte peuvent-ils donc vous suffire ? Ah ! vos frères de la Gaule y dont vous avefe tant de fois déploré le sort^ sont mille fois plus riches en jouissances depuis qu'ils se reposent à Ton^bre de nos aigles. Les marais infects sont desséchés : h leur pUce des mois« sons ondoyantes roulent^ en flots dorés ^ leur blonde chevelure; les patnpi*es qui produisent le divin nectar de Bacchus , couvrent leurs coteaux; la douce olivç en couronne le sommet de son feuillage pacifique; la figue, à l'abri de l'aquilon, laisse échapper son miel^ et larbre du jardin d'Atlas étale l'or de ses fruits, le parfum de ses fleurs, et tout lorgueil de son feuillage. Les rejetons précieux qui se trouvent dafis les forêts, ont été recueillis et plantés avec soin ; et , par les prodiges d'une nouvelle culture , vos frères surpris ont vu naître des fruits inconnus '^ Les pyras, aux formes va* riées; les pommes aux couleurs éclatantes; la cerise, dont les rubis appellent la bouche des
enfans ; le délicieux fruit du pécher , qui offre les doux contours du sein des vierges ; la prune d'Arménie, dont les Ix^tons pourpres annoncent le printemps , et dont la chair délicate craint les meurtrissure3«*«« Mais qui pourrait compter et nommer tous les fruits que produit aujourdlrai la Gaule féconde? ArduèMns, d'autres bienfaits vous attendent ; ;vos cités, jadis couvertes de roseaux, voient aujonrdliui de nombreux palais s élever dans leur enceinte. Les arts de la reine des nations viennent y former de savantes colonies : Massilie [d\y Lug^ dune |]^], Vésonce [e], Cabillone [d]y A magetobrie [e], possèdent des écoles déjà fameuses; l'antique Bibratte {/] porte de nouveau le sceptre sotiverain; elle ne le eède en célébrité qu'à Divio, rtahlecîté [g-], mère des poètes e%
{«] MarseiHe* [^] Lyon.
[c] Besançon.
[d] Chàloofi-sai^Saànt.
[e]Trojrcs. . » ,
[/] Âutun.
[ff] Dijon. • , .
i4o LA VIERGE D'ARDUÈNE.
des orateurs. Depais que notre auguste empereur a donné son nom aux villes soumises et fidèles 9 la prospérité ^ labondance et la paix régnent dans leurs murs '^. Hàtez-vous, peuple généreux et hospitalier ^ hâtez-vous d'imiter ces fortunés exemples ; reconnaissez ^ dans vos vainqueurs 9 les envoyés des dieux , et n'opposez pas à votre propre bonheur une résistance qui serait inutile y peut-être funeste ! »
11 dit 9 et profitant de l'impression que son discours a produite sur les amis de Hemdal , il cherche, par d adroits détours^ à connaître quelles sont les forces, de la nation ^ jusqu'où «'étendeût ses limites et son territoire y quel est l'esprit du peuple et surtout de la jeunesse. L'odieux. rôle d espion ^ dont il n'a pas rougi de se charger^ lui inspire des questions insidieuses ; les Gaulois naïfs se laissent surpren-; dre y et l'étranger renferme une joie perfide dans son sein.
Cependant le soleil descend derrière les collines^' sa lumière n'éclaire plus que le faite des arbres les plus élevés : il est temps de se
rendre au temple de Hésus. Toutefois, avant de partir, Hemdal propose à sou hôte une mesure dictée par la prudence : i< Je redouterais pour toi, dit-il, le premier regard de nos jeunes guerriers; ils haïssent tes frères, et ton habit te trahirait. Consens donc à revêtir celui d'un Gaulois ^ ce déguisement te sera peut-être utile pour retourner vers ceux qui t'envoiefit. »
La fierté romaine se révolta d'abord à cette proposition. Quitter la toge flottante pour l'habit d'un Barbare , semblait humilier l'étranger ; mais ce sentiment ne fut pas de longue durée, et songeant à son message , il consentit à tout.
Le druide le conduisit dans la salle qui renfermait ses richesses ''^. Là, le Romain voit, rangés dans un ordre admirable, des fourrures précieuses , des manteaux magnifiques , des robes de laine aux couleurs bigarrées, et un prodigieux amas de lances et d'épées d'un rare travail ; à la vue de ces arifnes étran-
44a LA VIERGE B'ARDUÈNE.
gères y l'envoyé ^ queslioDue Heoidal sut leur origine et sur leur destination ? a 11 i'imporle peu^ répond le druide , de savoir comment , après différentes guerres^ elles me sont tombées en partage; quant à leur usage , dès ce soir elles seront distribuées aux jeunes braves qui vont jurer de s'attacher à moi : elles me serviront aussi à hâter le succès de ton entreprise. Regarde y écoute , et reporte lout à tes frères^ »
L'étranger s'incline et reçoit du vieillard le d^uisement convenu : il revêt la chausse gauloise^ le sayon de poil de chèvres , et ce long vêtement de lin, teint d'une couleur d'azur foncé ^ que les mains adroites (ks filles d'Arduène y brodaient d'un fil de pourpre '^ Cette espèce de robe sans ouverture y laisse seulement apercevoir le col^ et descend jus* qu'aux genoux ; une ceinture dé cuir fermée d'une agrafe 9 la serre au-dessous du sein. Les cheveux courts de l'étranger sont ramenés sur le haut de sa tête; une graisse odorante, mé-
lée à la cendre du hêtre , en change à l'insiant.. la nuance et leur donne Téclat d*une chevelure gauloise ^'^.
L'étranger rejoint les amis du vieillard , et tous se rendent en silice sur les bords du lac solitaire^ qui sépare la demeure de Hemdal du Mallus y lieu saint et redoutable où la divinité reçoit de$ sacrifices et manifesta quelquefois sa présence '^. Ils entrent dans de légers esquifs amarrés à des, saules^ saisissent les rames et attendent que 1 arrivée du druide^ resté en arrière pour quelques appré^ts mystérieux , donne le signal du départ. ^
tlN DV tlVRE QVATmÀKS.
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(i) vjHoisiR un successeur. ] « Les druides avaient à leur tête une personne de leur corps , qui avait toute rautorité. Après sa mort, celui qui avait le plus de xnërite lui succédait. S'il y avait plusieurs concurrens, l'élection se faisait par la voie des suffrages, oii les seuls druides donnaient leurs voix. Goname il arrivait quelquefois qu'ils ne pouvaient s'accorder , on prenait les armes , et le plus fort l'emportait. » ( Dom Martin; liv. l•^ tom. I", pag. igS. )
(2) Noble simplicité. Ji « De tous les peuples gaulois, les Belges passent pour les plus vaillans. Ce qui contribuait à leur valeur , était leur éloignenient des pays oii régnaient la délicatesse , la politesse , l'abondance; et le peu de commerce qu'ils avaient avec les marchands, qui auraient pu leur apporter les choses propres à les corrompre et à affaiblir leur vigueur. » ( César , Strabon , Tacite. )
(3) Mes domaines. ] <« Les druides faisaient ordinairement leur demeure dans les forets de chênes ; ils y avaient leurs sanctuaires. Les Gaulois n'en approchaient qu'avec une religieuse frayeur , à laquelle ajoutaient encore la hauteur , la majesté des arbres , le
silence du lieu sombre , la solitude ; mais surtout la vénération profonde qu'ils avaient pour les forets, pour les arbres consacrés par leurs- ancêtres ,• et regardés comme le symbole de la Divinité. Les réduits des druides étaient dans d'obscurs enfonceraens ; c'est là qu'ils exerçaient dans la nuit l'art divinatoire, science absurde dont ils s'étaient exclusivement emparés. Ils y pratiquaient aussi la médecine, qui consistait, dans ce temps ^ à traiter les maladies, moins par des connaissances physiques que par le pouvoir des enchantemens et la vertu de quelques herbes. » {Lalour^cC Auvergne ^ tom. I, pag^ i56.)
(4) Reçois rhospitalité, ] « Les Gaulois aiment et pratiquent Thospitalité ; ils invitent même les étrangers à ntanger chez eux, et ne kur demandent qui ils sont et d'oii ils viennent qu'après le repas; en un mot on remarque parmi eux plusieurs vestiges des mœurs antiques des temps héroïques dont parlé Homère. >> (Dom Calme t; Hist. de Lorraine ; tom. I, pag, 4 > • )
(5) Dans sa demeure, ] « Leurs maisons sont faites de bois de chêne entrelacés , d'une forme ronde , et, pour la plupart, couvertes en paille; Strabon dit qiie leurs toitures sont fort élevées , apparemment en pointe à cause de la forme ronde des maisons.
» Les tours rondes qui défendaient jadis nos vieux châteaux forts , étaient sans doute un ancien reste de cette coutume de bâtir. Les Gaulois choisissaient d'ordinaire leur demeure le long des rivières et des forêts , pour éviter les grandes chaleurs. » (Dom Galmet; HUl civile de Lorraine j tom. I, liv. i. )
(6) Triple ceinture. ] ^ Ils assemblent des pièces de
io
i46 NOTES
bois avec une si grande justesse, qu'ils en forment des vases capables de contenir toutes sortes de liqueurs. Ce qu'il y a de plus étrange*, c'est qu'ils savent j faire bouillir de l'eau sans les brûler. Ils font rougir des cailloux au feu et les jettent dans l'eau contenue dans ce va^ de bois, jusqu'à ce qu'elle prenne le degré de chaleur qu'ils veulent lui donner. » ( Arcadie ; page 117. )
Pline -{ittribue aux Gaulois ,1'invention des tonneaux.
(7) Chardon argenté.yLes'p^LuyTes gens ^ en Lorraine, font encore des espèces de lits de plumes avec le duvet du chardon ; ils l'amassent quand il est bien sec , et en emplissent des toiles légères, dont ils couvrent leur lit : ce duvet rustique remplace pour eux le précieux eider-don du Nord.
(8) A conserver leur fraîcheur. ] « Les murs , au lieu de montrer des pierres enduites de chaux , étaient tapissés de lierre ; sur le sol on avait tant semé de fleurs, qu'on croyait marcher dans une prairie émaillée ; les lys argentés y contrastaient avec le pavot de pourpre , et la salle était embaumée des odeurs les plus suaves. » ( Foriunat , cité par M. Legrand D'Aussi ; Histoire de la vie^prisfée des Français ; tome III , page 285. )
Dans le printemps , il est d'un usage presque général de décorer le devant des cheminées et certaines parties de l'appartement avec des branches de hêtre et d'aubépine en fleur , dont les tiges trempent dans des vases pleins d'eau: ce sont les magnificences des villages. On appelle cela des Maies,
Le retour du printemps est fêté avec beaucoup de solennité en Lorraine. C'est à cette époque que les jeunes
t>V LIVRE QUATRIÈME. lAn
< gens de l'un et de l'autre sexe s'amusent d'un jeu ap«
pelé fort improprement sans vert , puisque la verdure en fait le principal objet. Une société convient de porter pendant un mois une branche ou seulement une feuille de l'arbre ou de l'arbuste désigné pour le sans vert. On choisit ordinairement la feuille de l'églantier ou rosier sauvage. Le jeu consiste à se surprendre mutuellement sans vert , soit en faisant apercevoir que les feuillages que l'on porte sont flétris, soit en dérobant adroitement les rameaux mis en réserve pour le jeu. Celui des joueurs qui se trouve en défaut, donne une amende , laquelle , au bout du temps prescrit pour le jeu , sert à payer un festin qui se célèbre dans les bois. Ce jeu existe sous la même dénomination dans le Yendômois , en Bretagne , en Belgique et dans une partie de la Hollande. ,
On garnissait aussi de rameaux verts les murs et les cheminées des appartemens.
«c Le comte de Foix , dit Froissart , entra dans sa chambre qu'il trouva toute jonchée et pleine de verdure fraîche et nouvelle, et les parois d'environ , toutes couvertes de rameaux tout verts pour y faire plus frais et odorant , car le temps et l'air di^ dehors étaient merveilleusement chauds. » ( Histoire de la vie privée des Français , tome III , page i6r. )
(g) De peaux molles. ] « Les Gaulois mangent assis , non sur des bancs et des sièges , mais sur le pavé , ayant sous eux des peaux de loups ou de sangliers. ** ( Dont Calmet. )
« Possidonitts écrit que les Celtes prenaient leurs repas assis par terre , ayant devant eux des tables de bois fort basses. Selon Strabon, les Belges mangeaient
i48 MOTES
la plupart couchés sur des espèces de lits. Enfin , si Van en croit Diod4>re de Sicile, les Gaulois employaient pour sièges des peaux de chiens ou des peaux ae loups. » ( Histoire de la vie privée des Français ; tome III , page 147.)
(10) Noyer antique, 1 Les tables, les armoires et les dressoirs , en Lorraine , sont ordinairement en bois de noyer. Les ménagères mettent leur gloire à les entretenir dans le plus grand éclat. J'ai vu de ces tables et de ces armoires antiques , qui avaient appartenu à plusieurs générations, devenues noires comme Tébëne à force d'avoir été cirées et frottées.
En général, il règne dans les villages une grande propreté; les vases d'étain, qui formaient autrefois la vaisselle du pays, ne servent plus que d'ornement; mais exposés avec gdÛt sur les buffets, ils donnent un air d'ordre et de riclîesse à l'intérieur des habitations.
(10 bis) Parsemée defleMrs. ] « Fortunat, poète du dixième siècle , dans une pièce adressée à La reine Badegonde , décrivant un banquet dans lequel le lieu du fes- Ui> avait été jonché de fleurs , dit :
» Pour la table , elle ofirait seule plus 4^ roses qu'au champ entier; ce n'était point une nappe qui la couvrait , c'étaient des roses. Les mets y reposaient sur des fleurs, et au lieu d'un tissu de lin , on avait préféré ce qui flatte l'odorat et qui couvre de même. » ( Legrand D'Âussy ; Histoire delà vieprwée des Français \ t. III, page 285. )
(11) D'un porc bouilli. ] « Les Gaulois, selon Strabon, étaient grands mangeursde viande , mais surtout grands mangeurs de cochon , tant frais que salé. Ils laissent ea
pletti çhatBvp t ^it-^l 9 même la nuit , ces animaux qui sont d'une taille , d'une force y et d'uQe. légèreté' à la course peu ordiaaire$ ; aussi leur- jrinicontre est-elle autant dangereujie que celle d'un loup* Xa Gaule nourrit tant de troupeaux, et tant do porcs surtout, qu'elle fournit de graisse et de salaisons y nonr^e.ulement Rome, mais toute l'Italie.
» Selon Athénée 9 la Gaule avait la réputation de faire les jneilleurs jambons, » { Legran^d D'Aussy; Histoire de la vie privée des Français ; tome I** ^ page 307. )
(12) Vfitr^ile colorée. ] « Les Gaulois dans leurs repas se servâieilt de vases de terre. Il existe encore à franche ville 9 dans le Lyonnais , .une manufacture de ces potirrieSf qu'une tradition du pays prétend être antérieure à l'invasion des Romains. »> ( Legrand Z>'^i/m ; tom. III, page 200. )" •
« Plusieurs Gaulois ^ dit Possidonius , se servaiei^t do .cuivre pour leurs plats de table. Plus d'une expérience funeste leur apprit à conna.îtrç' la malheui^eiise propriété qu'a ce métal, de devenir un poison mortel par le contact des acides , et ce fut probablement pour s'en préserver qu'ils imaginèrent de le couvrir intérieuremirat d'ùiie couche d'étdin et de plomb alliés ensemble ; cette composition est ce que nous nommons étamage. PJiae avoue que l'inVentiotl.en est due >ux GauJois. i> ( Legrand D'j^usii*, tome III, page 328. )
M Qaoîque selon Pline, Stralxm^ Possidonius et'Dîodare de Sieile , la Gaule possédât des.miif^>d'éta)n et de plomb ,' les auteurs ne noiis apprennent ^pas qu'ils se soient fait une vaisselle avec ces deuic métaux ; on
i5o NOTES ,
les y a employés postérieurement. » (Legrand IfAusii; tome III , page 21216. )
«c II est pourtant probable que le peuple , qui sarait tellement travailler l'étain, qu'il l'employait aux usa- 'ges les plus ordinaires, avait dA s'en servir pour en former des vases propres et commodes.
» L'étain fut long-temps la vaisselle de nos ancêtres ; l'usage s'en conserve encore dans les villages éloignés. Ou voit dans un petit poème écrit en patois lorrain , un père dire , en faisant l'éloge de la propreté que sa fiU entretient dans son ménage :
Cd quan lo jo parait , et qu^Ut tindu let Vmire , Vétain , corne in ergent , brille su lo drassu ; Nat omare dpu cliaire que lo pufin melu , Jémà ny et dans let chambe airanteules ni métes ;
Et quand le jour parait / Et qu'il étend sa lumière ,
L'étain comme l'argent , brille sur le dressoir ;
Notre armoire est plus claire que le plus fin moulu! ( ou Tor moulu. )
Jamais on ne voit dans la chambre ni toiles d'ara ignées ni m^tes. >»
( Du poème Les bruilles ou les querelles ; ^rit en patois messin. )
(i3) Uorge dépouillée de sa rude écorce. } «< Avant noire arrivée les Gaulois mondaient le blé , Torge et l^avoine de leurs ëcorces, en les battant avec des pilons de bois dans des troncs d'arbres creusés, et ils se coi»tentaient de faire bouillir Ces grains pour lear nonrriture. V) iArcadie ^ pag. i52. )
DD LIVRE QUATRIÈME. r5r
• Les Ganloifty ainsi que Us peuples sauvages , yiyaient de bouillie au de fromentée ; de là vient sans doute l'usage de la soupe qui fait encore aujourd'hui la principale nourriture du peuple et du soldat. » ( Essai sur F administration des crains en France; page 57. )
(i4) La plus, commune des Gaulois, ] «« Je trouvais dans les prairies des gousses d'ail , des racines de daucus et de filipendule. » ( Arcadicy lai ; B,de St.'Pierre. )
On peut ajouter à cela la scorsonère dont les prés sont remplis y et les raves qui , selon Pline et César, faisaient la principale nourriture des Gaulois.
<« Pline parle d'une espèce d'oignon et d'une sorte de panais , que les Romains appelaient gaulois y parce qu'ils les avaient tirés des Gaules.
» Columelle fait aussi mention d'une grosse rave dont les Gaulais faisaient leur nourriture , et dont ils nourrissaient leurs bœufs pendant l'hiver. » ( Legrand D* Aussi \ tom. I*', pag. iSa. ).
« Ce même légume est encore employé aux mêmes usages dans l'Auvergne^ le Pérîgord et les Gévennes. » ( Idem , pag. 161.) Dans le pays de Chartres , on mange encore les raves noires cuites comme les navets^
(i5) Conquis par Lucullus,'] Les gelinottes ou poules des bois , qu'on ao^s envoie des Ardennes , soutiennent , ainsi que les coqs de bruyères ou tétras , leur antique renommée ; ce dernier surtout ( le faisan de nos contrées) ^rappelle, par son beau pennage^ celui de cet oiseau célèbre.
(16) Un jeune bélier. ] Tant le monde connaît le mouton d' Ardennes. Sa réputation fut portée jusqu'à
i5a NOTES
Borne : on le Yoit figurer , dit-on ^ dâiM iâ nomenclature des mets servis sur la table d'Apkius .
(17) Un mets délicieux, ] « Gomixie la pâte n'a , en elle-même, rien qui puisse la faire lever, on sent très* oien qu'elle devait former, sans levain, un pain mat et insipide autant qu'indigeste ; pour le mieux cuire , on lui donna d'abord fort peu d'épaisseur. Dans les repas , au Heu de le couper comme aujourd'hui , on le cassait ; et Athénée , décrivant les festins des Gaulois , dit que , par politesse , on l'y servait tout brisé ; panes multos confractos. Cependant , quoique ces mêmes Gaulois eussent trouvé un levain pour leur pâte , la nation n'en conserva pas moins le godt des pains azymes. Il y en avait un surtout qu'on employait ordinairement en guise de plat ou d*assiette , pour poser et couper certains alimens ; humecté ainsi par les sauces et par le jus des viandes , il se mangeait ensuite comme un gâteau. t
» L'usage des iranchoires (c'est ainsi que les siècles postérieurs nommèrent ces pains-assiette , sans doute à cause de leur destination) ^'est maintenu fort longtemps ; il en est mention dans une ordonnance du dauphin Humbert II , rendue en i336. Il veut que tous les jours on lui serve à table des pains blancs pour sa bouche, et quatre petits pains pour lui servir de tranchoirs. >* ( Hist. de la mepris^ée des Français; L^rand D.' Aussi ; tom. I", pag. 81. )
Cet usage et le mot de tranchoirs ^ se conservèrent en Lorraine ; on le voit dans le recueil des anciens Noëk, ou ckanis jojreitx , qui célébraient la naissance du Christ.
DU LIVRE QUATRIÈME. i53
Des bei^rs portent leurs présens à Ift Vierge et k l'Enfant divin : . :
« Une mauvie * lui donna Péronnelle; Margot si Vj donna du lait , Tôt plein une écttelle Couverte dHun tranckoiry etù, »
(i8) Je bois à vouf. ] « Il était d'usage , dans les fes** . t\n^ y que celui à qui on versait la preinière coupe , se levait , saluait son voisin , et l'appelant par son nom , lui portait la santé en disant : Je dois à vous. Celui-ci répondait : Je souhaite que ce breus^qge vous soitsalu^ . taire* Âpres avoir vidé la coupe , qui était une grande corne d'uroch , ou un broc de terre , et avoir donné à connaître , en la goûtant , que la coupe ne renfermait aucun maléfice ,Â\ la remettait à celui qu'il avait salué. Celui-ci en agissait de même avec son plus proche voisin , et la coupe passait ainsi jusqu'au dernier convive ; c'eût été un affront de présenter à boire à quelqu'un , avant d'avoir goûté la liqueur. Cette boisson était de la bière ou de Thydromel.
» En lisant cette description que fait Athénée des. festins desScythes, on croit assister à ceux des Bretons; c'est la peinture la plus vraie et la plus frappante des fêtes de leurs hameaux. » {Latour d'Auvergne , pag. 48. )
M Ainsi , selon Athénée , les Gaulois riches buvaient une bière oii l'on mêlait du miel ; l'autre plus commune était pour le peuple. De nos* jours, l'hydromel de
♦ Mauviette.
i54 NOTES
Metz jouit encore d'une certaine réputation. » (Sfisr, dé radministration de la guerre , par Xavier Audoin; tome I". )
(19) Vélëganl arboisier, ] « Le sorbier des oiseaux se nomme arboisier dans la Lorraine et les Vosges. Cet arbre est remarquable par sa résistance au grand froid, par rélégance de son port , sa verdure précoce , les ombelles de fleurs dont il se couronne au printemps ; les beaux corymbes de ses fruits , successivement verts , oranges , écarlates , qui attirent les grives et des nnées j^'autres oiseaux y et subsistent jusqu'en hiver. » (NoteduPoêmedesJ^osges^'pSLrM. Franc, de Neufchâteau. )
(20) Enfin la nèfle, ] « Un pays froid et sauvage , couvert de marécages et de forêts , tel qu'était anciennement la Gaule , devait avoir peu de fruits indigènes ; cependant Pline dit que , parmi ceux que cultivaient les Romains , il y avait une sorte de nèfle qu'ils nommaient gauloise , parce qu'ils l'avaient tirée de la Gaule. » ( Vie pris^ée des Français / Legrand D'Aussi ; tom. P% pag. 184. )
(21) Ai^ec une sorte de respect »'\ Dans l'arrondissement de Toul y à certaines époques de l'année , on mange des gâteaux triangulaires que l'on nommait autrefois des /ori^i/er/e;. On prétend qu'ils remontent à une haute antiquité , ce que ferait supposer leur forme triangulaire. J'en ai mangé aussi à la fête d'Eumont, petit village près de Pont-à-Mousson. Dans les Ardennes , au pays de Longwi , de Luxembourg , on fait y à Noël , une sorte de gâteau à trois coins , que Ton nomme cueugnons, — Enfin ^ au pays de Chartres^
DU LIVRE QUATRIÈBIE, i55
on fait y ven le temps de Piques, de» g&teauz safranés , dont l'nsage se reporte à une époque trèsreculée.
(aa) Mais leur dpreté. ] « Je revenais quelquefois tout chargé de baies de mirtilles, de faines de hêtres , de prunes y de poires, de pommes, que j'avais cueillies dans la forêt. La plupart de ces fruits ne peuvent se manger crus , tant ils sont âpres ; mais il s'y trouve des arbres qui en produisent d'excellens. J'y ai souvent admiré des pommiers chargés de fruits d'une couleur si éclatante, qu'on les eût pris pour les plus belles fleurs. » {jircadie-y pag. lai.)
(23) Des fruits inconnus, ] « Les Romains , en retour, nous firent vraisemblablement d'autres présens du même genre. Quand ils eurent soumis la Gaule à leur puissance , on ne peut douter que les légions qu'ils y envoyèrent , et que les colonies qu'ils y établirent , n'aient amené avec elles les arts et les fruits de l'Italie. Sans doute les vainqueurs enseign^ent à leurs nouveaux sujets cette nouvelle culture , qui bientôt se propagea de canton en canton ; et ainsi s'expliquera aisément ce passage de Strabon , oii il peint la Gaule narbonnaise produisant gVéralement tous les fruits que produisait l* Italie, » (F'ieprivée desFr, ; Legrand D'Aussi; tom. I**, pag. i&j,)
(24) Dans leurs murs. ] « Durant son séjour dans les Gaules , Auguste fonda plusieurs colonies en diverses villes qull nomma Auguste. De ce nombre sont : VAu^ guste des Trévois , ou Trêves ; P Auguste du Soissonnais , ou Soissons ; F Auguste du Vermandois , ou Saint-Quentin ; FAugustomagus des Senlissiens , ou
iSS NOTES
S«nlîs ; V AugUstojilc àt% Poitevins , ou Poitiers ; PAu^ guftonemhè des Auvergnats , ou Ckrmant ; VAugus^ iodum des Lduens , ou Autun ; à quelques-unes de ces colonies il donna les droits romains , à d'autres les latins f à d'autres les italiques^ » (Mézerai; Hist. de France avant Clovis ; pag. 78. )
(a5) Ses richesses, ] A l'époque que' }'ai ckoif ie , les druides depub long-temps s'étaient relâchés de leur austérité. Les uns étaient tétrarques ou cheb des peuples ; ils n'habitaient plus les antres profonds , ni les «forêts obscuras ; mais ils y célébraient toujours leurs mystères , et y tenaient renfermés , loin du tumulte , W jeunes initiés confiés à leurs soins. Il fallait bien que. leur existence fût heureuse , puisqi^e , au rapport de César f chacun s'empressait de faire entrer ses enfaos dans cet ordre sacré , à cause de tous les avaatages dont il jçuissait*
(26) D'unjil de pourpre, ] « Leurs habits sont la saie 'OU sajron , qui es% le vêtement de dessus ; il est tantôt avec de larges manches , et tantôt sans manches ; tantôt ouvert par-devant sur la poitrine , et tantôt fermé de tous côtés. Cette saie classez courte , et ne descend guère qu'au-dessous des ^loux. La tunique est à manches longues ; eNe est souvent teinte de diverses couleurs. Ils ont aussi des espèces de eulottes et de larges ceintures sur les. reins. Les saies sont souvent rayées ou qrnées de, bandes de pourpre fort étroites. »> {Antirqtiités de MonhEaucop- ; Diodore de Sicile; Tite-Live ; .Strabon*)
(37) Chevelure gauloise.'} « Leurs cheveux sont blonds OU' roQi;. naturellement , et ils les roussissent ezi'-
core par artifice. Quelques-uns se laissent rcrottre un peu de barbe ; les plus nobles portent de longues mous-^ taches. »» ( Ant. de Mont^Faucon. )•
<« Leurs cheveux étaient blonds ; mais pour les renrdre d'une couleur qui leur semblait plus agfréable , ils tâchaient de les roussir avec une pommade de suif de chèvres et de cendres de hêtre.
>» Quelques auteurs prétendent que cette pom-* made les rougissait entièrement , et que ces peuples croyaient qu'une grande crinière couleur de sang , relevée sur la tête , leur donnait un air terrible en marchant au combat » {Essais hist. deSt^^^Foy ; tom. Il, pag, 55. )
(28) Quelquefois sa présence. ] u C'était ordinairement hors des murs et loin des habitations des hommes y dans d'épaisses forêts , sur des lieux élevés, sur le bord d'une rivière, d'une fontaine, d'un lac ou même d'un étang , que les Gaulois avaient coutume de se réunir pour vaquer à leurs exercises religieux. Chacun se rendait avec sa chandelle , ou sa torche allumée qu'on déposait au pied d'un arbre , auprès d'une fontaine , devant une pierre ou tout autre objet visible de U divinité. L'endroit destiné à la célébration du culte , s'appelait mallus , c'est-à-dire le sanctuaire oii la divinité aimait à se manifester d'une manière particulière ; il n'était pas permis d'en approcher sans y faire sa prière ou son offrande. Cet usage se conserva longtemps dans les Gaules, même long-temps après l'établissement du christianisme. Les rois de France et plusieurs conciles condamnèrent ces superstitieux usages. « Vous vous êtes rendus, dit l'évêque de Woi;ms , à une
i58 ' VOTES DU LIVRE QUATRIÈME.
» fontaine , à un carrefour, sous un arbre ou devant M une pierre ; et là , par vënération pour ce lieu , voas » avec alluma une chandelle. » (Extrait de Y Histoire de Chartres , par H. Gheirard ; tome I*', page i88. )
Les petites bougies que les femmes pieuses font brûler devant le tombeau de sainte Geneviève ou devant d'autres chapelles I semblent 4tre on vestige de cette superstition.
Le Sacrifice nocturne}'^ La Pierre du serment.
IlEMDAL ne tarda point à paraître ; il entra dans la nacelle qui portait l'étranger : ses mains étaient chargées des présens qu'il faisait aux dieux du lac^ toutes les fois qu'il traversait ses ondes. Arrivé au milieu du trajet^ il fait un signal, les rameurs s'arrêtent ; le vieillard allume un ambeau de résine et l'élève au-dessus de sa tète : à l'instant une lumière brillante parait à l'autre bord. Douze barques s'avancent et font entendre, en s'approchant, le bruit cadencé de leurs rames agiles. De jeunes bommes , vêtus de longues robes de lin , guident ces barques. Leurs beaux fronts sont couronnés de hêtre ; ils dirigent avec adresse leurs
i6o LA YŒRGË D'ARMIÈMË.
légères nacelles y et viennent en silence former un demi-cercle autour du druide. Celui-ci^dans une attitude grave , se tourne vers l'astre des nuits 9 dont la blanche lumière scintillait sur les eaux : « Chaste Helanus ' • » s'écrie-il d'un ton solennel, (^ soyez-nous favorable !... Et toi, déité inconnue, qui fais ta demeure dans le cristal de ces ondes , reçois mon otfrande accoutumée ! » A ces mots il précipite dans le lac le flimbeaii ardent , un pain de cire, trois gâteaux et du miel *.
Aussitôt les rames sillonnent les eaux y et en pèu.dinstans les barques approchent du rivage. Guidé par un rayon de la lone, le vieillard et sa suite gravissent un rude sentier creusé entre les rochers* De nombreuses cavernes s'offrent aux regards du Romain; il en sort de jeunes Gaulois vêtus coilnme ceux qui ont assisté au sacrifice«du lac, et le druide apprend à voix basse à l'étranger, qu^ ces jeunes néophytes habitent ces lieux solitaires, où il forme leur esprit au silence et à la méditation dés divins préceptes , qui font partie
def d^Qgoica de h religio». Ëo effet ^ c'était dans le$ lletilc déaertSy dans les antres profonds. > loin du tnniiiUe.des vUlss i qtte les druides ioAtruifiaient la jeunesse gauloise^ e( laitmiSHaettaient , après les épreuve» nécessaimes y les trésors de connaissances, que les siècles ont amassés ,. et dont eux seuls possédaient encore le secrat. Là y dans des chaols subiimes > ils re^ vêlaient à cette jeunesse studieuse les lois mystérieuses qui font mouvoir les astres dans )a vaste étendue des cieiix ^. ils lui ensei**gnaient à lirç^ dans ces tables célestes^ Tordre eV la maircbe des saisons^ et d'après les grands sou^ venirs laissés par les Atlantes^ leurs divins an-» cètres , à prévoir les événemens que contient lavenir. Us lui apprenaient à mesurer la grandeur de la terre } quel poôds la retient sur ses pôles ,.«t' quelle influence ki lune exerce sur die. Ces vieux Sarolnides ^ dévoilent aux enfitPS de Celtes^ les sublimes secrets que jadis i^kagdre et les sages de la Grèce vinrent étudier dai|S Isa Gauleç^. Savans dans Tart de guérir^ et connaissant toutes les plantes^ ils di«
i62 LA VIERGE D'ARDUÈNE.
saient à leurs élèves en quel temps il fallait recueillir le selagë qui croit à l'ombre des bois % et la verveine^ dont la vertu magique inspire la joie et concilie les cœurs ; coniment y après avoir offert un sacrifice expiatoire à la terre ^ qui produit cette plante prëdeuse, il fallait la dérober au sol nourricier^ et faire desséchera part ses feuilles et ses fleurs ?. Us leur apprenaient le pouvoir de la bienfaisante samolée % de la noire ellébore , et de la beli-*nuncia vénéneuse ^^ et ces paroles secrètes, qui^ jointes à ces sucs salutaires ^ arrêtent le sang qui coule des blessures ^ font) sortir des chairs les dards acérés ^ et rappellent la vie {)rès de s'éteindre.
A ces doctes leçons, ils joignaient des instructions plus sublimes encore ; souvent prenant la harpe aux cordes d'argent , ces druides, inspirés et pleins d'enthousiasme, révélaient aux initiés les augustes vérités de la religion. Us célébraient , en termes pompeux, la gran-r deur de l'Être des êtres ; ils enseignaient que lame, émanation sacrée de la Divinité, doit
}Ouir d'une vie éternelle, et, après dés temps d'épreuve, entrer triomphante au séjour des héros ". •
Ces hautes révélations , faites avec un grand appareil au sein des forêts consacrées , par des homtdes environnés de la vénération publique > et décorés de toute la majesté deU'àge; le silence, la méditation qui leur succédaient , inspiraient aux jeunes néophytes une gravité sainte , qui , tenant leurs passions captives, les disposaient à parcourir sans obstacles tous les degrés de la sagesse.
Mais un profond mystère couvre d'un voile épais les préceptes des druides, leurs chants et leurs solennités. L'émissaire des Romains, en voyant ' la /foule des jeunes initiés qui se rendaient au temple de Hésus , ose interrogep Hemdal sur des secrets , dont les sages envieront un jour la connaissance, ^impérieux pontife le regarde d'un air sévère : semblable au dieu silencieux que l'Egyptien adore, il pose un doigt sur ses lèvres, et laisse l'indiscret sans réponse.
,64 LA VIERGE D*ARDtIÈ|Œ.
Après plusieurs détours^ on parvient à Teaceinte wçrép qui renferme le templç de Hésus* En approcbant de ces lieux, une terreur pro<fopde parait ^iaireette pieuse jeunesse. Les religieux élèves du druide marchent en silence , ^1 Iq bruit de leurs pas mesurés , interrompt seul ce calme solennel. Ce temple ^ auguste co(pii}f» le Dieu qu'on y adore , n a d autre d6me qua lu HQ^Xe étincelante des cieux, d autre parvis que les forêts vénérables qui l'entourent | car cet peuples primitifs, ccinservant encore une idée sublime de la Divinité , croyaient attenter k sa nn<ijesté , en la renfermant éntrp des tauwillfs "^
$ur une plat^orme isolée , un cirque de pierre '% peu élevé » étend son vaste contoudr. Il touche d'un qoté h la forêt , de Tautro il parait suspendu sur les ondes du lac.
Ce lieu ç|t Itl^Mallua^ où le Gaulois rellgieux: coiisacre à ses dieux le butin des ba** tailles^ et renouvelle seq sermons. Jamais la charrue n a promené son soc nourricier suit ce sol sacré y jamais la hache téméraire n'a
fâîl retentir tés boiS aussi aticièns que lé ittônde! "* Là dés ehéûes séAilaires, objetà de la Tëtiëfdtloti gauloise , |)orient , eûtre letlts branches dépouillées, de§ crades de taiii^eaul, des éiiseigiles conc|Uises sut* rétratigér, et \ts chftiués d'dr, dokis magnifiques que led Tttili-" queurs ont fâils au dieu de la gtierfe. Nulle ïttàîn profane n'ose toucher à ces offrandes t la mort iserait le prix de sbU impiété '^.
Le Romain voit avec surprise les ârbré^ étifciceler d'or^ d airain et de poui'pi^^ il aperçoit ça et là des monceaux énôrmeë dé vases et d armures couverts de mousse et rongés par la rouille et les ans. Ces armes ^ par leurs formes inusitées, rappellent à Tétranger d'antiques souvenirs, et reculent sa pensée dans les profondeurs du passé.
Au milieu de cette enceinte , s'élève le Dolmin , monument sacré dont la masse gigantesque n'a pu être érigée que par la main des génies ou des dieux '^. Trois tables «uJiporteDl dans toute sa longueur la pierre immense et redoutable ; c'est \k que le Gaulois jure ta paix
i66 LU VjlERGE D'ARDUÊNE.
et la guerre, oflre à Hésos le saog des captifs OU les prëmicee de ses champs '^. Derrière ce( autel mystérieux^ de noirs sapins chargés de colliers d'or^ et un vieux chêne frappé de la foudre ^ auquel sont appendues des dépouilles sanglantes 9 servent de sanctuaire. Le druide^ suivi de deux eubages et de quelques vacies '% pénètre en frémissant sous Tombrage sinistre. Les jeunes initiés demeurent à l'entrée ; leurs yoix tremblantes s'élèvent en cb^œur, et font entendre l'hymne consacrée aux divinités redoutables '^.