CHANT DE LA TERREUR
« Niorder ! roî des vents '9 , est-ce ta yoîx bruyante qui gronde au sein des chênes consacrés? Une maih impie a-t-elle ravi à tes autels les prémices, des naufrages? ou, dans Ijeurs courses lointaines , les qàutonniers gaulois auraient-ils oublié de t^adresser leurs' vœux ? O Niorder , dieu des teknpètes! »
c( Thor f messager des célestes vengeances ^| as4a
saisi tes. gantelets de fer , et ceint reSroyable bau« dner qui excite ta foreur? As-tu lancé du haut des airs ta massue redoutable? Tbor, messager des célestes vengeances !»
a Swidrerl toi dcmt Forgueil se plaît à mériter les titres d'ipcendiaire, de père du carnage ^'^ t'élèves-tu avec les tempêtes^ pour réduire en cendres , i)Os cités , nos hameaux et nos forêts saintes ? O Swi* drer , père du carnage ! »
« Dieu taciturne^ mystérieux Widaros "*! toi qui te plais aux complots , aux machinations secrètes, planes-tu dans ces noirs nuages qui se traînent pesamment devant )a face brillante de la lune ? O Widaros, dieu. du secret! »
« Aveugle Hoéder '^, qui , malgré ta cécité , remportas la victoire -, armé du gui redoutable , tu vainquis Balder Tinvulnérable , le fils d'une déesse! Aspirant Todeur des victimes, exiges-tu de nouveaux 'sacrifices , aveugle Hoéder ?»
« Que demandez-vous, divinités formidabfes 9 et
i68 LA VffiRGE D'ARDUÈNE.
q«iel sang ictoit encore rougir vos AutnU ? O Iflorâer I 6 Swidrer I ô Thor ! ô Widâroft ! ô Hoéderl Boeder ! »
Cependant un feu s'était allumé sur Faute! ; des eubages aux regards farouches rentretiennent en jiilant dans son sein les branchas résineusdS du sapin. Sa flamme rougeâtre ^ com-* battant les effets des pales clartés de la lune, donne aux objets de hideuses apparences. Peu à peu les sièges de pierres se remplisseilt de guerriers dont l'arrivée n'a été ahnoncée par aucun bruit; en peu djnstahs le conseil est asS;eniblé.
tJn Gaulois, d une haute stature, au regard superbe j aux armes étincelantes^ se présenté devant l'autel. Son front, que rien n'intimide, supporte sans pàlîr la sainte horreur qui l'environne, et son regard audacieux semble défier le dieu qu'il vient implorer. Il }ette dans la flamme trois blanches toisons^ en s'écriant : u Hésus^ reçois mon offrande ^ et exauce le vœu secret que mon cœur a formé; avant que
Hélamis ait doublé son croissant y Isarne , fils
LtVBB ÉINQtJtËMÈ. 169
de Thcirdâl^ te Cùtïikccètk cùùi dilpouillés ^ém*' blablw* » n dit y tel êeê Mtnpagnons àpptàu^ dissent. Mais de sotiràs gëttiissètnètis répon^ dent h leurs clàtneuts ^ et viennent glacer lear courage^ Un ffidrae silence règne an sein de rassemblée ^ iBt l'astre des ntiils qui sô voilé de sombres tiuâges5 ajoute encore k l'horrettr de cet instant. Tottl-4i^coup Hénidal sort avec effroi du sanctuaire; les eubages l'accompagoenté Les uns portent les saints gâteaux, lé miel et la cire odorante ; les! antres,- Teau lus-^ trâle et les vases du sacrifice. Celui qui suit lé druide, porté, entouré d'un voile^ le vàse qui contient le sang de la victime qui a été immolée
dans Tombre : ce sang doit être consumé dans
lés flammes. Le druide avance d'un pas in^al ; et le redoutable couteau, encore ensanglanté, arme sa main sexagénaire '*^. Il monte sur une l*oebe . escarpée près de laquelle l'autel est élevé *^ , et s'adresse ainsi aux guerriers- saisis d'une terreur secrète : w Jeunes héros, troupe VaiUànle et chère aux immortels, un intérêt pressant m'a fait vous convoquer dans ce lieu
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redoutable. Instruit de l'ordre des dieux , j'ai voulu voir le futur mouarque d'Ardue ne : il est parpi vous, et celui qui a présenté la première offrande à Hésus le terrible '^^ est le béros qu'ils destinent à cet illustre rang. » A ces mots, Isarne se lève, et ses^compagnons baissent un front humilié , car le seul fils de Tbordal a fait une offrande à Hésus le terrible.
u Approche , mortel chéri des dieux, reprend l'artificieux vieillard ; vieps consommer le sacrifice. Honte et malheur à ceux qui voudraient s'opposer à ta glorieuse destinée ! Que l'angoisse , J'épouvante , accompagnent leurs pas ! que les enchantemens fassent périr leurs troupeaux , embrasent leurs rnoissons ! que devant l'ennemi se glace tout-à-coup leur courage ! qu'ils craignent le courroux de Teutalès et la vengeance de Hésus! »
A ces terribles imprécations, à ces acçens formidables , à l'éclat du couteau qui, par les mouvemens violens du druide, brille dans l'pbscurité comme l'éclair précurseur de la foudre, les compagnons d'Isarne, saisis d'une
terreur religieuse, se jettent à ses pieds : « Fils
de Tbordal^ s'ocrient-ils, tu es le héros choisi par les dieux pour régner sur Arduèue ! Nous promettons .qu'à rassemblée du peuple^ nous tirerons nos épées contre ceux qui voudraient te disputer leiirônede Diciomar! »
Isarne reçoit ces homm^pes avec fierté.
Hemdal triomphe ; cependant il contient sa joie^ et ajoute avec une feinte douceur : a L'as^ sembléc^énérale confirmera sans doute votre choix; puisse-t-il faire votre bonheur et votre gloire ! Mais afin que le fils de Thorilal recon-, naisse les braves qui lont déjà proclamé ^ approçhez tous et recevez de ma main ces pré* sens honorables. »
Prenant alors derrière l'autel des armes ' magnifiques y il donne à chaque guerrier deux javelots d'airain^ un baudrier enrichi de doux brillans et une forte épée. Celle qu il remet à Isarn , précieuse par son travail , est suspendue à une chaîne dor dont les larges anneaux , enlacés avec art^ résisteraient aux plus violens efforts;
Qikatid les guerriers ont aditiîré cée armes éclatantes^ Hemdal s'écrie i u Heliretix Ar-duénens ! le letnpB approche où dé pak^eilles magnificences ne vous seront plus étrangères : le choix de votre nouveau monarque en est le fortuné présage. Vous ne repoussere* poifM avec une rudefte sauvage les préftens et le$ offres d'alliance que vous fait en ce moment un noble peuple. Les douceurs de la paix enfanteront ches vous des merveilles ; tt quaod vous ite:t à la guerre y soutenus par de puis* sans alliés y vous acquerreaft de la gloire et des richesses. Veue» donc, jeunes héros, vertes jUî^t sûr la pierre du pouvoir "' que, vous soutiendrez le choix des dieuic , et que vous seconderez toutes les entreprises de voti'e nouveau souverain. »
Leè guerriei*s de lèvent en tumulte. Le fils de Thordal est près du druide, qui, à voix Basse, lui adresse ces motÉ t « Il faut qu'une alliance soit conclue avec les Ronriâins ; que le^ premiers de nos guerriers soient envoyés par toi vers le noble Valerius le jour de rassetti-*
WYRE CINQUIÈME. 15$
h\ée du pQiipl§^».. h^ trône d'^rdiièœ et la infini d'Mpïae ffoot à ce prÎK ! t»
(f Je jur^ obéî^Aiice m àvm^e H^md^l , \h repH^ le 6U 4^ Thor4ail ^tf tquclumt da so»
glaiive la pî^iT? du «çrmQBt [a], et ^efi levvn$ «ii^ur^Rt; I9 ço^p^ fi?»Pglwte dépwée sur 1>^^
tçlt H«md4J ert ^^ti^f^it ^ çpr 1^ G^ujo» §«4
à tour ; iU i^^àte^t lew proqa^^ QP p^«»l leur épée sur la pierre redoutable , et en goûtant de Taffreuse liqueur.
Hemdal jette alors dans le feu le sang de la victime y ainsi que les autres offrandes ; la flamme les dévore^ et les tourbillons d'une noire fîimée s'élèvent jusqu'aux cieux.
Cependant' un initié , placé sur une éminence y signale par un cri le lever de l'étoile du matin. L'aurore parait : Hemdal congédie l'assemblée y qui aussitôt se disperse en silence par les divers sentiers de la foret.
[a] Voyez le chant des Bardes , Gaule poétique de M. Marcbangî.
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Le druide prend la main de l'étranger encore troublé dû spectacle de ces sombres soient nités; et le conduisant hors de l'enceinte :
H Romains ^ lui dit-il y le nouveau monarque d' Arduène sera votre allié ; songez à vos promesses, à vos sermens, Hemdal sera fidèle aux siens. » Ensuite il le remet aux soins de l'es-» clave dévoué qui doit le guider, ainsi que son tCMnpagnon , dans les sinuosités de la montagne et dans les détours de la forêt.
(i) (chaste Hhlanus. ] « Le mot celte hhlanus y tépond aux mots grecs qui signifient lampe , lumière , splendeur , lune , etc. C'est sous ce nom que les Gaulois adoraient Tastre des nuits. » ( Dont Martin, )
('2) Trois gâteaux et du miel, ] « Les Celtes hono^ raient la reine des nuits dans les étangs , et leurs druides se plaçaient ordinairement au bord des lacs et des eaux profondes pour faire leurs observations , rendre leurs oracles et mettre en œuvre tous les prestiges qui étaient de leur ressort.
» Grégoire de Tours rapporte que dans le Géyaudan j il y avait une montagne appelée Hhlanus , au pied de laquelle était un grand lac , ; à certaines époques dé l'année , les villageois s'y "rendaient de toutes parts pour y' faire des festins , ôfirir des sacrifices et jeter dans le lac , pendant trois jours , une infi^nité d'offrandes de toute espèce. Quand ce temps était expiré, un orage mêlé d'éclairs et dç tonnerre, s'élevait, lequel jetant suivi d'un déluge d'eàu et dé pierres , faisait que chacun désespérait en échapper. Ces scènes durèrent jusqu'à la fin du quatrième siècle j qu'un évéque fit bâtir dans ce lieu une église à saint